Comment apaiser la population ?

24/02/2022 mis à jour: 01:29
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Exit le hirak ? Par peur, épuisement ou absence de perspectives, les manifestants d’antan n’ont pas jugé utile de descendre dans la rue, en ce troisième anniversaire du mouvement citoyen, ce qui a arrangé les dirigeants en place n’ayant pas eu à recourir massivement aux forces de l’ordre, comme ce fut le cas auparavant.

Toutefois, se pose à eux, encore, la question des arrestations, çà et là, d’anciens hirakistes comme le problème des centaines de détenus d’opinion. Si elle n’est pas d’actualité, une politique d’apaisement reste toujours le vœu de la population exsangue sur tous les plans et qui veut que soit définitivement tournée la page de la crise actuelle. Parce qu’il y a aussi une autre urgence, les dures conditions économiques et sociales qui affectent de plus en plus d’Algériens, qui vont en s’aggravant, comme en témoignent ces jours-ci les files interminables de jeunes devant les portes, à demi-ouvertes, des agences pour l’emploi pour bénéficier de l’allocation mensuelle de 13 000 DA fixée par l’Etat.

Une somme, certes, dérisoire mais toujours utile à prendre pour les adolescents et les jeunes adultes en plein désarroi, sans ressources, ne pouvant même plus compter sur la solidarité familiale affectée elle aussi par l’érosion économique : la nourriture la plus basique tend à devenir hors de portée, en attestent ces longues queues devant les distributeurs de lait subventionné et les marchands de pomme de terre, produit redevenu essentiel dans le modèle de consommation des Algériens, rivalisant avec le blé, ce séculaire aliment de survie que l’Etat tente difficilement de rendre disponible, car importé à grands frais.

Pour de larges pans de la société algérienne, le quotidien se résume à de la survie avec toutes les conséquences que l’on devine pour les jeunes : recrudescence de la délinquance, traversée illégale à hauts risques de la mer, basculement massif vers l’informel et pour les diplômés, départs sous des cieux plus cléments.

Pour faire face au pessimisme et au découragement ambiant, les autorités ont tenté quelques mesures, parmi elles le déblocage de plusieurs projets industriels longtemps gelés par l’administration et la main tendue en direction du patronat privé, associé désormais à un partenariat avec le secteur public économique.

Mais l’effort de l’Etat se résume pour l’instant à du volontarisme. Les réflexes bureaucratiques sont encore tenaces, l’exemple le plus criant étant la loi de finances 2022 conçue uniquement pour aggraver la pression fiscale au lieu d’être un puissant instrument de création de richesses. Il a fallu que le président de la République rectifie le tir en gelant diverses taxes et impôts, mais ce qui l’attend est plus fondamental, au moins dans deux directions.

La première est le démantèlement de l’arsenal bureaucratique du pays qui s’est sédimenté depuis des décennies, au point de s’ériger en culture prédatrice, s’alimentant d’une autre plus néfaste, celle de la rente, à laquelle il faut substituer une culture de création de la richesse par le travail et l’investissement productif.

La seconde direction est l’apaisement de la population pour susciter son ralliement et son adhésion, une œuvre strictement politique qui consiste à démocratiser la société en lui assurant le respect strict de toutes les libertés individuelles et publiques. Car beaucoup reste à faire en ce domaine, voire tout est à faire. La bonne gouvernance économique ne peut se passer de la bonne gouvernance politique, elle en est même tributaire. L’une se nourrit de l’autre.

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