Célébration du double anniversaire du 20 Août 1955 et du 20 Août 1956 : Des hommes, de l’audace et de la clairvoyance

20/08/2023 mis à jour: 01:20
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Photo : D. R.

Par Hacène Arab (*)

S’inscrivant résolument dans la trajectoire du 1er Novembre 1954, l’offensive du 20 Août 1955 est un véritable sursaut révolutionnaire qui a donné plus d’ampleur et plus d’efficacité  au processus libérateur dans sa dimension nationale.

Après cette offensive diurne, tout est bouleversé en Zone 2, en particulier, et dans les autres zones où les djounoud de l’ALN ont, plus que jamais, touché, saisi, voire palpé le souffle de Novembre. «Au lendemain du 20 Août 1955, écrit justement Messaoud Maadad, tout est rentré dans l’ordre révolutionnaire tracé par le 1er Novembre.

Le programme, les objectifs et les moyens de les réaliser n’ont connu aucune modification». Le seul changement reste le timing choisi pour mener les opérations. Zirout Youcef, par hardiesse et par défi, a préféré agir en homme sans masque, en plein jour, à midi, pour en finir, une bonne fois pour toutes, avec l’idée selon laquelle les maquisards de l’ALN «étaient des hommes qui agissaient dans la nuit».

Ce choix est dicté, à la fois, par la volonté du chef de la Zone 2, future Wilaya 2 historique, Zirout Youcef, de marquer les esprits et de convaincre ceux qui hésitent encore à s’impliquer dans le feu de l’action.

C’est aussi un choix qui traduit la perspicacité d’un homme chez qui le génie politique côtoie harmonieusement le génie militaire, un homme dont l’esprit et l’action ont façonné l’histoire de la lutte de Libération dans tout le Nord constantinois, même après sa mort en septembre 1956.

C’est pourquoi, l’on ne peut comprendre aujourd’hui la portée du soulèvement du 20 Août 1955, sans revenir sur le parcours de Zirout Youcef.

Zirout entre en scène

C’est dans un contexte à la fois complexe et difficile que l’enfant de Smendou va surgir sur la scène de l’Histoire. En effet, lorsqu’il succède à Didouche Mourad, tombé au champ d’honneur à Oued Boukerker, le 18 janvier 1955, à la tête de la Zone 2, il avait déjà à son actif plusieurs prouesses politiques et miliaires.

Il a connu, tout à la fois, les luttes politiques, la prison et surtout le maquis bien avant le déclenchement de la guerre de Libération nationale. Zirout Youcef, forgeron de son état, adhère dès son jeune âge (17 ans) au Parti du peuple algérien (PPA) qui commençait, à peine, à structurer ses premières cellules dans le Constantinois en 1938. Son activisme et sa vivacité n’ont pas manqué de susciter l’intérêt, de plus en plus grandissant, des responsables du PPA à son égard.

Il s’impose alors, très vite, comme un militant actif sur lequel l’organisation peut compter dans sa région natale où il sera élu, sur les listes du PPA/MTLD, conseiller municipal lors des élections  de 1947. «Son siège, il ne l’a pas volé», aurait dit ses compagnons, dans un contexte connu pour le trucage des urnes tous azimuts, trucage que l’administration Naegelen appuie avec ferveur, notamment quand il s’agit d’éliminer les nationalistes algériens.

En dépit de ses activités d’élu, Zirout Youcef mène un intense travail dans la clandestinité au profit de l’OS, l’organisation paramilitaire mise en place lors du congrès du MTLD de 1947 pour servir de fer de lance au déclenchement de la lutte armée.

Cette organisation est découverte suite à un malheureux incident à Tébessa, avant qu’elle ne soit complètement démantelée en 1950. Zirout Youcef est alors arrêté et emprisonné, à l’instar de plusieurs autres militants de cette organisation clandestine.

Enfermé à la prison d’Annaba, il va s’évader de manière spectaculaire avec trois autres compagnons de lutte, à savoir Amar Benaouda, Abdelbaki Bekkouche et Slimane Barkat. Très habile quand il s’agit d’utiliser ses mains, Zirout Youcef a fabriqué lui-même la clé de l’évasion. Il va ainsi confectionner un passe-partout à partir d’une gamelle. Le clou de l’histoire ne réside pas dans l’évasion elle-même, mais dans l’itinéraire suivi lors de sa fuite. 

Avec ses trois complices, il se retrouve à un certain moment sur le toit de la prison, un ancien couvent réaménagé en maison d’arrêt, avant de remarquer qu’une fenêtre du palais de justice mitoyen était ouverte. Les quatre évadés décident de s’y engouffrer.

Et là, ils se rendent compte très vite qu’ils sont exactement dans la salle où les dossiers des militants de l’OS du Constantinois sont déposés. Le hasard fait bien les choses. Ils saisissent cette opportunité pour détruire tous les dossiers avant de prendre la fuite. Un geste qui a rendu service à plusieurs militants qui seront acquittés, faute de preuve.

Après son évasion, Zirout Youcef va rejoindre directement la région des Aurès où il s’établira jusqu’au déclenchement de la guerre de Libération. Dans les Aurès, il va subvenir à ses besoins grâce toujours à l’habileté de ses mains.

Il fabrique des sièges en osier qu’il propose aux marchands locaux. La clandestinité dans laquelle vit désormais ce militant infatigable n’est nullement une contrainte pour lui.

Au contraire, il suit de très près l’évolution politique de son pays malgré sa situation de recherché, qui l’oblige souvent à séjourner dans les maquis des Aurès. En 1954, Zirout Youcef prend part à la fameuse réunion des «22» avant de regagner Condé Smendou où il participe activement à la préparation du déclenchement de la guerre de Libération nationale.

Vers le 20 Août

Adjoint de Didouche Mourad dès le 1er Novembre 1954, avec son riche parcours et son charisme, Zirout Youcef s’impose, dès janvier 1955, comme un chef incontestable et incontesté de la Zone 2 à la place de Didouche tombé au champ d’honneur. Aucun de ses compagnons, selon les historiens, n’a contesté le fait qu’il soit à la tête de la Zone 2.

C’est en étroite collaboration avec Lakhdar Bentobal et Amar Benouada, qu’il entame un travail  de fourmis dans le Nord constantinois. A ce propos, Azzedine Bounemeur, écrivain (auteur notamment de L’Atlas en feu et de Les  Lions de nuit, éditions Gallimard) et ancien moudjahid très proche de Bentobal m’a confié, il y a quelques années, que Zirout  Youcef a entamé un travail de structuration et de restructuration de la Zone 2.

Avec Bentobal et Benaouda, il organise ainsi le Nord constantinois en 3 secteurs, Nahias. N’ayant pas suffisamment d’armes, ils se sont lancés dans une perspective nouvelle, celle d’œuvrer dans le sens de gagner les faveurs du peuple.

Ils se sont dit, «il vaut mieux structurer que se lancer dans des attaques aveugles qui risqueraient de compromettre toute possibilité d’asseoir les bases d’une organisation solide». Le travail de l’ombre, qu’ils ont privilégié, les a progressivement rapprochés de la population.

Ils prêchaient la bonne parole. Ils allaient chez les gens, et quand ils trouvaient des différends, ils essayaient de les régler par tous les moyens. Il leur arrivaient de passer un temps fou pour résoudre des petits problèmes de copropriété, de divorce et autres.

Ils se mêlaient de tout. Les gens commençaient ainsi à avoir confiance dans le Nidham, alors qu’au départ, ce n’était pas le cas. Parallèlement  à ce  travail, le triumvirat (Zirout, Bentobal et  Benaouda) attendait vainement l’établissement de contacts avec les autres Zones, et ce, jusqu’au jour où un émissaire de Chihani Bachir, Messaoud l’Auréssien, arrive en provenance des Aurès solliciter l’aide de Zirout à qui il a demandé d’agir afin de desserrer l’étau sur la zone des Aurès-Nememcha asphyxiée par un dispositif militaire impressionnant.

C’est, nous semble-t-il, à ce moment précis, que l’idée d’un soulèvement général a germé dans l’esprit du chef de la Zone 2, qui ne tarde pas à en faire part à ses principaux adjoints. Avant de réunir l’ensemble des responsables du Nord constantinois dans son PC de Condé Smendou pour discuter de cette initiative, Zirout Youcef décide, au début du printemps 1955, de passer l’action dans les centres urbains.

Il ordonne à Messaoud Boudjeriou, dit Messaoud Ksentini, à  Leïfa Mehdjoub et à Salah Boubnider, dit Sawt El Arab d’organiser des attentats dans leurs villes respectives, Constantine, pour le premier et Oued Zenati, pour les autres.

Conséquemment, les premières actions dans les milieux urbains du Constantinois sont perpétrées le 30 avril 1955. Ce jour-là, les fidaïs de la ville des Ponts suspendus ciblent un inspecteur des renseignements généraux qui a été grièvement blessé par balles. Ensuite, ils plastiquent le Casino du centre-ville, ex-Place Lamoricière. L’explosion n’a pas fait des victimes.

Toutefois, elle a provoqué un sentiment de panique, voire de terreur dans les milieux européens. Les Européens vivaient, jusque-là, dans une certaine quiétude pensant que la guerre se déroulait loin d’eux, dans les djebels, dans les Aurès.

Ebranlée par ces attentats, l’administration coloniale charge le colonel Ducourneau, chef d’un régiment de parachutistes, de mener des opérations de ratissage dans les maquis du Constantinois. A partir de Smendou où il installe son QG, Ducourneau lance une terrible campagne de répression, ciblant principalement des douars et des populations isolées.

Ses parachutistes vont se livrer à toute sorte d’exactions : viols, assassinats, arrestations, bombardements des dechras. Un véritable déluge de feu va s’abattre sur les campagnes du Constantinois, en ce mois de mai 1955, où l’on signale l’arrivée du général Parlange à qui l’on a confié les pleins pouvoirs civils et militaires sur toute la région, désormais en état d’urgence.

«Tout ceci constitua, aux yeux des dirigeants de la Révolution, écrit Messaoud Maadad, non pas un plan de sécurité comme l’avaient dénommé les autorités françaises, mais un plan de guerre pour la déstructuration de la Révolution dans l’Est algérien et la reprise en main de la population, d’abord par la violence, ensuite par les moyens politiques.

Cette offensive allait réellement juguler le mouvement révolutionnaire dans toute la région orientale du pays qui, jusque-là, constituait le véritable front, et permettre à Soustelle de tirer, parmi les représentants politiques des anciens partis ou autres des interlocuteurs valables», c’est-à-dire des éléments dociles à ériger en troisième force».

Perspicace, Zirout Youcef a compris très vite l’enjeu de ces manœuvres des civiles et des militaires  français. Pour les déjouer, il fallait qu’il agisse vite, très  vite même. Il convoque alors une réunion de ses cadres pour préparer une action spectaculaire.

Réunion de Zamane

Vers la fin du mois juin début du mois de juillet 1955, plus de 150 moudjahids et cadres de la Zone 2  arrivent à Boussator dans la région de Sidi Mezghiche. Les premiers pour prendre part à une importante réunion, les autres  pour sécuriser la région.

Parmi ceux qui ont participé à ce conclave, on peut citer, Zirout Youcef évidemment, Lakhdar Bentobal, Amar Benaouda, Ali Kafi, Salah Boubnider, Abdelmadjid Kahlras, Messaoud Boudjeriou, Amar Talaa, Zigad Smain, Zadi Cherif et autres.

L’entame des travaux de cette réunion sera interrompue à l’annonce d’une embuscade dans cette région de Collo. Zirout décide alors de se rabattre sur la région de Zamane à 17 kilomètres de Skikda pour poursuivre les travaux.

A Zamane, le charismatique chef de la zone 2, avant de présenter l’ordre du jour de la réunion a tenu d’emblée à lancer une boutade face à ses hommes : «Celui qui a le peuple a la révolution», annonce-t-il.

L’objectif de cette réunion étant l’examen des voies et moyens de lancer un soulèvement général dans tout le Nord constantinois, il fallait d’abord recenser les armes disponibles dans chaque secteur, recenser aussi les Algériens qui travaillaient dans les mines et dans les carrières pour leur demander de subtiliser éventuellement des explosifs.

Zirout, qui n’a dévoilé la date et l’heure de l’offensive à ses principaux adjoints que trois jours avant le jour «J», n’a pas manqué par contre d’expliciter la finalité de son initiative qui se résume notamment à soulager les Aurès, à œuvrer pour impliquer le peuple dans la bataille et enfin à  sensibiliser l’opinion internationale sur la nécessité d’inscrire la question algérienne à l’ordre du jour de l’assemblée générale des Nations unis prévue pour le 30 septembre 1955. 

Après l’explication des principaux objectifs, Zirout a défini clairement les cibles. Il s’agit de s’attaquer à l’ensemble des symboles de la colonisation. Des décisions politiques sont également prises. Elles concernent les élus algériens qui continuent à siéger au sein des assemblées coloniales faisant ainsi fi de l’appel du 1er Novembre. Comme il a été décidé d’adresser des avertissements à tous ceux qui tentent de jouer la carte de Jacques Soustelle et sa fameuse «troisième force».

 Avant de lever la séance, les responsables qui devront mener et encadrer les attaques sont désignés : Lakhdar Bentobal : la région de Mila - El Milia - Jijel, Amar Benaouda : la région d’Annaba, Salah Boubnider : El Khroub,  Leifa Mehdjoub : Ain Abid, Rabah Beloucif : Oued Zenati, Messaoud Ksentini: Constantine ville, Abdelmadjid Kahlras : Smendou, Ali Kafi : Sidi Driss, Zigad Smain et Amar Talaa : Skikda, Zadi Cherif et Bakhouche Abdeslam : Guelma,  Amar Chetaibi : Collo et Derradji Larbi : El Harrouch. A la fin de la réunion, au moment où Zirout Youcef s’apprête à monter sur son cheval pour quitter Zamane, il lance cette phrase à ses compagnons : «Si le 1er novembre, nous avons lancé les opérations à minuit, le 20 août prochain, nous agirons en plein jour à midi.»

L’offensive et la répression

A midi, le 20 août 1955, le temps chronologique semble s’arrêter brusquement dans tout le Nord constantinois, pour céder la place à celui du mythe, non pas le mythe des dieux et des demi-dieux de l’antiquité, mais celui des hommes, les vrais, ceux qui ont décidé de tordre le coup à l’un des systèmes les plus abjectes que l’humanité ait connu : le colonialisme. Ils sont des centaines, ils sont des milliers, armés de fusils de chasse, de sabres, de couteaux, de gourdins ou encore de haches à surgir brusquement sur la scènes de l’histoire pour se lancer dans une offensive générale ciblant tout ce qui représente le système colonial.

A Skikda, El Alia, Flifla,  Oued Zenati, Ain Abid, Smendou, le même spectacle de feu et de sang s’offre aux yeux. Partout, les mêmes gestes se répètent : des groupes d’Algériens, encadrés par les djounouds de l’ALN, brulent les fermes et les commerces des colons, s’attaquent à la gendarmerie, aux casernes militaires, à tout ce qui rappelle l’oppression coloniale.

Partout, on brûle, on assassine, on sabote. Partout, c’est la violence qui déferle. Il s’agit d’une violence révolutionnaire légitime. Frantz Fanon, le premier à avoir théorisé la violence du colonisé, ne dit-il pas que le colonisé n’a pas d’autres choix possibles, face aux exactions des colons, que la violence qui devient l’unique voie du salut.

Complètement bouleversée par ce soulèvement massif, brusque et inattendu, l’administration coloniale va réagir avec une extrême brutalité, qui rappelle, non sans aucune exagération celle du 8 Mai 1945. 
C’est le sinistre et sulfureux Aussaresses, appuyé par des colons constitués en milice, qui se charge en partie du massacre des Algériens à Skikda.

Pendant plusieurs jours, l’armée française et les milices des colons vont se livrer  à une véritable «chasse à l’Arabe» dans tout le Nord constantinois.  Des femmes, des hommes, des enfants, des vieilles, des vieux, des jeunes, des moins jeunes sont massacrés froidement. Il y a des cas comme à Ain Abid où des familles entières sont complètement exterminées.

L’extermination des familles El Hadef El Ouki, Benboualia et la famille Aggoune reste l’exemple le plus éloquent qui illustre le paroxysme d’un système colonial aux abois. Même les voyageurs qui venaient de débarquer sur le port de Skikda, qu’on ne pouvait pas d’ailleurs soupçonner d’avoir participé au soulèvement,  n’ont pas échappé au massacre. Ils sont tous assassinés à bout pourtant.

Leurs cadavres ont été exposés aux côtés des autres victimes au stade de Skikda où une fosse commune est creusée pour dissimuler l’ampleur du massacre.

En tout, ils sont 12 000 à avoir perdu la vie brutalement lors de la répression qui a suivi le soulèvement du 20 Août 1955. Avec ces féroces représailles, le fossé déjà assez large qui sépare le peuple algérien des colons européens se creuse davantage.

Une rivière de sang partage désormais les deux communautés. C’est le point de non retour. L’esprit de novembre et sa logique de vaincre ou mourir prennent tout leur sens  dans le constantinois en ce 20 août 1955.

On doit dire, en somme, que malgrè l’énorme sacrifice consenti lors de cette offensive, tous les objectifs (sans exceptions aucunes) tracés au départ  par le stratège Zirout  ont été atteints. Le peuple a exprimé définitivement son choix, celui de la lutte de libération.

Choix qui se traduit par son adhésion totale et massive à la démarche du FLN/ALN. Ainsi, avec l’offensive du Nord constantinois du 20 Août 1955, la révolution est effectivement mise sur les rails. Elle sera organisée et dotée de toutes ses instances, une année plus tard, lors du congrès de la Soummam du 20 Août 1956.

La Soummam

Le principe d’une rencontre d’évaluation et de concertation a été, faut-il le rappeler, retenu lors de l’ultime réunion du 23 octobre 1954 qui a regroupé à La Pointe Pescade les six figures historiques qui ont déclenché la guerre de libération. A l’époque, ils (Boudiaf, Benboulaid, Ben M’Hidi, Krim, Bitat et Didouche) se sont mis d’accord pour se revoir vers le début de l’année 1955, pour faire le point.

Mais cette réunion ne se tiendra jamais, et ce, pour des raisons objectives : mort de Didouche Mourad en janvier 1955, arrestation de Benboulaid puis de Rabah Bitat en mars de la même année et absence de contact entre les différentes zones.

Dans ce contexte, Zirout Youcef, en tant que nouveau chef de la zone 2, va réussir grâce à Mahfoud Bennoune, d’établir un lien avec Alger. Alger, à ce moment-là, était confiée à Abane Ramdane qui sera vite rejoint par Larbi Ben M’hidi ; à deux, ils vont entamer un travail de renforcement de l’organisation. Donc Zirout Youcef va suggérer la nécessité de réunir les principaux chefs de la révolution. A partir de là, l’idée d’un congrès va faire son chemin.

Ce congrès devait se tenir initialement en Zone 2, mais pour des raisons de sécurité, on a opté pour la zone 3, plus précisément la Qalaa des Béni Abbes, l’ancien fief d’El Mokrani. Malheureusement ou heureusement, un incident survient à la dernière minute (la fuite de la mule qui transportait les documents de la délégation d’Alger suite à un accrochage dans la région d’Allaghen) obligeant ainsi les organisateurs à délocaliser leur réunion.

Le choix se porte alors sur la Vallée de La Soummam, plus exactement  le site d’Ifri  non loin d’Ouzallaguen. Ce site recommandé par Amirouche Ait Hamouda offrait plusieurs possibilités  de replis en cas d’alerte. Il faut ajouter à cela la loyauté des habitants de la région complètement acquise à la cause nationale.

Les travaux du congrès sont lancés vers le 10 août en présence des principaux responsables de l’intérieur, Ben Larbi M’hidi pour la Zone 5, Amar Ouamrane pour la Zone 4, Krim Belkacem pour la Zone 3, Zirout Youcef et Lakhdar Bentobal pour la Zone 2 et Abane Ramdane, architecte de ce congrès représentant du FLN.

On notera  l’absence des représentants de la Zone 1 (mort de Benboulaid) et des représentants de la délégation extérieure pour des raisons dont les contours demeurent à ce jour encore indéfinis véritablement suscitant ainsi à chaque fois des polémiques infernales.

Là n’est pas la question. Car l’importance de congrès, fruit d’une entreprise unitaire entre un stratège, Ben M’hidi, et un visionnaire, Abane,  ne peut être envisagée qu’en dehors de tous les clivages, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui.

Ce congrès est couronné par l’adoption d’une plate-forme qui fixe la configuration  de la révolution et qui définit ses principes politiques avant d’entrevoir la future organisation de l’Etat algérien avec comme fondement le principe démocratique et social.

S’inscrivant dans la continuité de la proclamation du 1er Novembre 1954, cette première charte de la guerre de Libération nationale qui vise la restauration de l’Etat algérien a également gravé dans le marbre des  constances intangibles telles que l’unité du peuple algérien et l’intégrité du territoire nationale.

Les hommes qui se sont réunis à Zamane autour de Zirout Youcef pour préparer l’offensive du 20 Août 1955, et ceux qui se sont réunis à Ifri autour de Abane Ramdane et de Larbi Ben M’hidi, une année après, le 20 août 1956, partagent non seulement la même vision et la même lucidité dans leur perception de l’action révolutionnaire, mais aussi le même idéal indépendantiste et surtout la même passion qui a pour nom l’Algérie. H. A.

(*) Journaliste et universitaire  

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