Alors que Bruxelles envisage un plafonnement des prix du gaz : Les entreprises énergétiques européennes affichent leur refus

15/02/2025 mis à jour: 19:54
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Les groupes industriels mettent en garde contre une atteinte à la «confiance» dans le marché européen

Face à la flambée des prix du gaz, qui ont atteint des records sur le marché Title Transfer Facility (TTF) d’Amsterdam, principal centre de négociation des prix du gaz en Europe, la Commission européenne envisage d’introduire un plafond temporaire sur les prix du gaz, dans le cadre du «Clean Industrial Deal», que l’Exécutif européen devrait présenter le 26 février.
Parallèlement au plafonnement des prix, Bruxelles évalue également la possibilité d’étendre l’obligation pour les Etats membres de l’UE de remplir les installations de stockage de gaz à 90% avant le 1er novembre de chaque année. 

Le plafonnement envisagé, selon le modèle adopté en 2022 et jamais utilisé, pourrait «mettre en péril l’approvisionnement à long terme des pays concernés, car il porterait atteinte à la crédibilité de l’Europe en tant que client sérieux sur le marché mondial du gaz», s’inquiètent les sociétés énergétiques, les banques, les fournisseurs de liquidités, les Bourses et les chambres de compensation. 

Les acteurs du marché ont ainsi exprimé leurs «fortes inquiétudes concernant l’inclusion potentielle d’un plafond de prix» dans une lettre conjointe adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Les groupes industriels mettent en garde contre une atteinte à la «confiance» dans le marché européen. 

«Nous pensons que cette mesure, si elle est annoncée, pourrait avoir des conséquences négatives de grande ampleur sur la stabilité des marchés européens de l’énergie et la sécurité de l’approvisionnement sur tout le continent», ont déclaré 11 groupes, dont Europex, l’Association des Bourses européennes de l’énergie et AFME, dans la lettre adressée à Ursula von der Leyen. 

«La mise en place d’un plafond artificiel des prix ne permettrait pas de remédier aux changements sous-jacents des valorisations mondiales du gaz, induits par l’évolution de la dynamique de l’offre et de la demande.

 Au contraire, cela risque de nuire à la confiance dans le TTF et d’inciter la communauté mondiale du gaz à se tourner vers d’autres prix de référence, libres de toute contrainte et donc plus représentatifs, situés principalement en dehors de l’UE», indiquent les entreprises citées par la presse.

«Mécanisme de correction du marché»

Selon d’autres sources citées par le Financial Times, un diplomate de l’UE a déclaré que certains Etats membres étaient «réticents» à l’idée d’instaurer un plafonnement des prix. L’Allemagne et les Pays-Bas figuraient parmi les pays opposés au plafonnement précédent.
Le débat en Europe se déroule alors que l’industrie continue de souffrir de prix de l’énergie beaucoup plus élevés par rapport à ses concurrents, les entreprises perdant ainsi en compétitivité en raison des prix du gaz européens qui sont jusqu’à quatre fois plus élevés que ceux des Etats-Unis, dans un contexte de temps froid et de stocks qui s’épuisent rapidement.

L’UE avait proposé un premier plafond similaire, appelé «mécanisme de correction du marché», au plus fort de la crise énergétique du bloc qui faisait face à la réduction des approvisionnements en gaz de la Russie, mais le plafond de 187 dollars (180 euros) par MWh pour le TTF n’a jamais été appliqué.

S’appuyant sur cette expérience, l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a appelé l’année dernière à ce que la Commission ait le pouvoir d’introduire des «plafonds dynamiques» pour les situations où le prix du gaz de l’UE diverge des prix mondiaux de l’énergie. «Nous étudions en détail les recommandations de Draghi sur cette question spécifique», a déclaré un responsable de l’UE.

«L’Europe devrait mettre l’accent sur l’acquisition de suffisamment d’énergie pour faire fonctionner ses industries et chauffer ses maisons», a déclaré Amund Vik, conseiller principal chez Eurasia Group et ancien secrétaire d’Etat norvégien à l’Energie, cité par The Financial Time. «Fixer un plafond de prix sur le marché de gros ne résoudra pas ce problème lorsque le problème sous-jacent est le manque d’énergie», soutient le même responsable.

Ces derniers jours, les prix du gaz ont atteint un record à 58 euros le MWh, impactés par le resserrement rapide des stocks, actuellement à 47%, le temps froid et la faible production d’énergie éolienne.

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