Le chantre de la chanson algérienne d’expression kabyle, Lounis Aït Menguellet, est monté à nouveau sur scène lors d’un concert à guichets fermés, animé vendredi à Alger devant un millier de spectateurs.
Accueilli avec enthousiasme à l’Opéra d’Alger Boualem Bessaïh, dans le cadre de son programme d’animation pour le mois de Ramadhan, Aït Menguellet a charmé son public avec une prestation de deux heures et demie, durant laquelle il a interprété ses plus grands succès, repris en chœur par ses fans. Au grand bonheur de ses admirateurs, Aït Menguellet a puisé dans son ancienne discographie pour faire revivre des souvenirs de scène des années 70-80, en rendant des titres célèbres comme Ayabrid, Mliyid, Urgigh (J’ai attendu..), Ur di tagga (Ne me quitte pas) ou encore Telt ayyam (Trois jours de ma vie).
Assis sur une chaise, guitare appuyée sur la jambe, l’artiste de 75 ans est apparu en bonne forme, au milieu de ses musiciens dont fait partie son fils, Djaffar, également interprète et musicien (flûte), qui a dirigé d’une main de maître l’orchestre qui accompagne sur scène son père ces dernières années. Avec Yanis (fils de Djaffar), également chanteur et membre de l’orchestre, le spectacle a réuni trois générations sur la même scène.
La voix douce, posture droite malgré le poids des années, le chanteur a enchaîné, après une brève pause, avec des chansons célèbres et émouvantes notamment Ameddah, Sber ay uliw (Patience, mon cœur..), Ghef y-ismim et Ruh ad qimegh (Pars, je reste), pour terminer en beauté cette soirée musicale. Avec plus de 50 ans de carrière, Lounis Aït Menguellet compte à son actif un répertoire musical riche en textes poétiques profonds et chansons qui évoquent la patrie et l’amour.
A l’issue du spectacle, le directeur général de l’Opéra d’Alger, Abdelkader Bouazzara, a indiqué en se félicitant de la réussite de la soirée, que se produire à guichets fermés est «une preuve du succès» du spectacle de ce «grand artiste» dont les concerts drainent toujours des foules d’admirateurs.
La puissance des chansons de Lounis
Pour rappel, Lounis Aït Menguellet est né le 17 janvier 1950 à Ighil Bouammas dans la commune d’Iboudraren, daïra de Ath Yenni en Algérie. Il est poète et chanteur algérien d’expression kabyle. C’est l’un des artistes les plus populaires de la chanson berbère contemporaine.
Nombreux sont ceux qui considèrent que la carrière de Lounis Aït Menguellet est scindée en deux parties, et ce, les thèmes traités : la première, plus sentimentale de ses débuts, où les chansons sont plus courtes et la seconde, plus politique et philosophique, caractérisée par des chansons plus longues et qui demandent une interprétation et une lecture plus approfondie des textes.
C’est vers la fin de l’année 1966 et le début de 1967 que le parcours artistique de Lounis a commencé, dans l’émission les chanteurs de demain, «Iɣennayen uzekka» animée par Cherif Kheddam où il avait participé avec sa première chanson intitulée Si tu pleures – Ma truḍ, ce titre phare avait a eu beaucoup de succès à l’époque. Ay agu (Brume), Iḍul s anga a nruḥ (Le chemin est long), Nekwni s warrac n Ledzayer (Nous, les enfants d’Algérie) : Aït Menguellet a fait un choix : celui de choisir délibérément dans ses concerts récents de chanter ces poèmes, plus longs et plus composés, comme une invitation lancée à son public à une réflexion et à une découverte.
Il sort un nouvel album Yennad Umɣar (Le sage a dit), et fait remarquer que la sagesse qu’il chante dans ses chansons est puisée chez les petites gens qu’il côtoie. La puissance des chansons de Lounis réside dans la qualité de ses textes, la force du verbe. Chanteur à textes, Lounis Aït Menguellet a introduit une recherche musicale très élaborée dans ses chansons depuis que son fils Djaffar Aït Menguellet, musicien lui-même, fait partie de son orchestre, qui ne dépasse pas quatre membres (deux percussionnistes, un guitariste et son fils qui joue au synthétiseur et à la flûte).
A propos de la chanson kabyle, Lounis Aït Menguellet considère qu’elle se porte plutôt bien, dans la mesure où il y a toujours de jeunes artistes qui émergent. «Il y a d’un côté, la chanson rythmée que demandent les jeunes, mais il y a aussi le texte qui reste une chose fondamentale dans la chanson kabyle», souligne le poète pour qui la chanson engagée est avant tout une liberté d’expression. Il est à noter que de nombreux ouvrages et études ont été consacrés à son œuvre en tamazight, en arabe et en français.