Ultime redressement

19/06/2022 mis à jour: 16:00
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Le 60e anniversaire de l’indépendance sera un moment de recueillement et de reconnaissance envers les générations passées ayant payé un lourd tribut dans la lutte victorieuse contre le colonialisme, mais aussi une halte rétrospective avant d’appréhender un avenir qui s’annonce des plus tumultueux à travers le monde. 

De redressements proclamés à des réformes mal engagées, d’ouverture politique éphémère à des périodes de glaciation prolongées, l’histoire récente est un condensé de rendez-vous manqués avec le progrès et l’émancipation véritable à laquelle avaient rêvé les artisans de l’indépendance. 

Les systèmes de gouvernance successifs ont multiplié les ingrédients des crises diverses, en réussissant toujours à les rendre effectives, et en réunissant les conditions de l’explosion, en la rendant possible à plusieurs reprises ces dernières décennies. 

La plus grave épreuve ayant résulté de la gestion chaotique et irraisonnée a été la décennie noire, les années 1990, dont seule la loi en vigueur empêche d’en ouvrir les pages sanglantes et d’évoquer les traumatismes enfouis. 

Cette «tragédie» qui avait fait vaciller les institutions a été provoquée par une autre catastrophe, latente et non encore dépassée, celle qui a frappé le système éducatif, miné moins d’une quinzaine d’années après l’accès à l’indépendance. 

La réforme de l’école, pour revenir simplement aux bases d’un enseignement bâti sur la science et la rationalité, est l’un des chantiers qui attendent d’être engagés sous le sceau de l’urgence. 

Les signaux d’alerte n’ont pas manqué ces derniers temps, et ont culminé avec les actes de saccage dans les établissements à la fin de l’année scolaire, ou les regrettables épisodes de fraude aux examens et la cascade de condamnations à la prison, signant la faillite totale de la pédagogie. 

Le pays connaîtra un sursaut salvateur quand il renouera avec la modernité et les sciences dans les programmes scolaires mais aussi, et surtout, la démocratie dans la vie publique et politique. 

L’unanimisme qui se réinstalle insidieusement n’est ni rassurant ni prometteur. Il est porteur de risques de résurgence de l’allégeance et du clientélisme qui ont amené, ces vingt dernières années, à la plus grande opération de dilapidation de deniers publics et à un cycle infernal de corruption jamais connus depuis l’indépendance. 

La protection des richesses du pays ne peut s’accommoder que d’un mode de gouvernance s’appuyant sur la transparence, la compétence et le mérite, autant d’attributs d’un système démocratique. 

Les partis de cette mouvance, en cours de restructuration et de réappropriation de leurs repères, auront nécessairement un rôle à jouer dans l’avenir immédiat. 

Une perspective aussi souhaitable qu’incontournable dès lors que leur projet recoupe grandement les aspirations de la majorité de la population, en attente d’idées nouvelles et d’une impulsion positive et décisive en faveur du développement. 

Les gestions passées ont montré que le pouvoir peut explorer pendant des années la voie de l’autoritarisme, de l’hégémonie et de la répression erratique, avant de se convaincre que le sauvetage du pays passe par une ouverture en direction des forces du progrès. 

Si la désillusion économique a été aussi cinglante, c’est parce que la nébuleuse prédatrice, maffieuse et illettrée, avait été adoubée et des opérateurs aguerris dans la création d’entreprises et de richesses ont été poussés à la marge. Affaiblies et réduites à la survie, toutes ces forces continuent de nourrir la même ambition pour leur pays et savent qu’elles ne peuvent déroger au devoir patriotique pour une réelle et ultime chance de redressement national.

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