Tunisie : Kamel Feki nouveau ministre de l’Intérieur

19/03/2023 mis à jour: 22:52
AFP
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Le préfet de Tunis Kamel Feki, un proche du président Kaïs Saïed, a été nommé ministre de l’Intérieur en remplacement de l’influent Taoufik Charfeddine, a rapporté hier l’AFP citant la présidence.

Le président a émis deux décrets, le premier mettant fin aux fonctions de T. Charfeddine et un deuxième nommant Kamel Feki à la tête de l’Intérieur, a indiqué la Présidence dans un communiqué dans la nuit de vendredi à samedi. Diplômé en droit, K. Feki est un ancien cadre du ministère des Finances. Il a occupé le poste de préfet de Tunis depuis fin 2021.

Il fait partie du cercle très proche du président Saïed, et défend fortement ses décisions. T. Charfeddine, 54 ans, a annoncé vendredi à la presse qu’il a demandé au président de mettre fin à ses fonctions, indiquant vouloir se consacrer à ses trois enfants après le décès de son épouse en juin 2022 à la suite d’un incendie causé par une fuite de gaz dans leur résidence.

Cet ex-avocat était l’un des piliers de la campagne électorale qui a conduit Kaïs Saïed à la présidence en 2019. T. Charfeddine a brièvement occupé le portefeuille de l’Intérieur entre septembre 2020 et janvier 2021.

Il en a été écarté sous la pression du parti d’inspiration islamiste Ennahdha, à l’époque principale force au Parlement que le chef de l’Etat a suspendu lors de son coup de force de juillet 2021. Nommé de nouveau à l’Intérieur par K. Saied en octobre 2021, il a depuis joué à ce poste un rôle de premier plan au côté du chef de l’Etat.

Notamment dans la mise en place d’un nouveau système hyper-présidentialiste, décrié par ses détracteurs comme une dérive autoritaire qui a sonné le glas de la démocratie née des révoltes de 2011. Des ONG tunisiennes ont ainsi appelé le 8 mars T.

Charfeddine à s’excuser après un discours «violent et dangereux» lors duquel il a qualifié de «traîtres» des médias, des syndicalistes, des hommes d’affaires et des partis politiques.

Dans une déclaration au vitriol la veille lors d’un déplacement à Ben Guerdane, près de la frontière avec la Libye, le ministre s’en est pris aux «mercenaires des médias, hommes d’affaires, syndicalistes et partis qui ont vendu la patrie». «Ce sont des traîtres», a-t-il ajouté, appelant les Tunisiens à soutenir le Président, «un homme honnête et patriote».

Dans un communiqué conjoint, plus de 30 organisations, dont la centrale syndicale UGTT et la Ligue tunisienne des droits de l’homme, ont dénoncé un «discours minable», «sectaire» et qui «crée la division». Fustigeant «le langage de menace et d’intimidation» employé, elles ont estimé qu’il s’agit d’«un discours populiste dangereux qui présage un Etat policier» rappelant le système en place sous la dictature de Zine El Abidine Ben Ali, renversé en 2011.

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