Sur les traces de Don Quichotte

20/06/2022 mis à jour: 08:55
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La philosophie de base qui doit objectivement guider un partenariat dit «stratégique» entre deux Etats doit nécessairement tendre, en toutes circonstances, vers une convergence de vues sur les questions d’intérêt commun, sur les dossiers vitaux intéressant les deux parties.

Soucieux de soigner l’image du pays à l’international, gage de légitimation politique interne des régimes autocratiques, le règne de feu Abdelaziz Bouteflika s’était distingué par la multiplication des accords de partenariats stratégiques et autres «traités d’amitié, de bon voisinage et de coopération» avec de grandes puissances étrangères, à l’image de celui signé avec l’Espagne et gelé suite à la crise diplomatique opposant Alger à Madrid ; une crise générée par le revirement de la position de l’Espagne, sous la conduite du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, sur le dossier du Sahara occidental.

A l’épreuve des réalités, il est apparu, clairement, que certains traités signés par l’Algérie avec des Etat tiers ont fait les frais d’une vision volontariste de la coopération internationale ou (où) l’exaltation de l’ego du pouvoir en place, nourrie au mythe de la respectabilité internationale autosuggérée, a souvent pris le pas sur le pragmatisme et la défense des intérêts supérieurs du pays.

Le partenariat stratégique est un palier supérieur de la coopération internationale qui a ses exigences, impose des règles de fonctionnement qui ne sauraient être transgressées sous quelque prétexte que ce soit, par des actes, des décisions susceptibles de nuire aux intérêts de l’une ou l’autre partie. Les crises successives ayant opposé ces derniers mois l’Algérie à la France, et présentement à l’Espagne, posent la problématique de la nécessaire évaluation de ce type de partenariat conclu entre l’Algérie et ses partenaires étrangers.

Un type de coopération censé être exemplaire, fondé sur la confiance et le respect mutuels, reposant sur un socle doctrinaire solide, inaltérable, transcendant les surenchères politiques des majorités gouvernementales au pouvoir.

S’estimant trahie au plus profond de son âme, l’Algérie n’a pas fait dans la dentelle en termes de représailles pour rappeler la partie espagnole à ses responsabilités historiques par rapport à la question de la décolonisation du Sahara occidental, mais aussi au respect du traité d’amitié signé entre les deux pays et foulé aux pieds par l’implication directe du gouvernement espagnol dans le conflit avec toutes ses conséquences sur l’aggravation du climat de tension dans la région.

En tentant le coup de force de se jeter dans les bras du Maroc, tout en feignant filer le parfait amour avec l’Algérie, le gouvernement espagnol a sous-estimé la réaction d’Alger du fait d’une mauvaise appréciation des enjeux du conflit du Sahara occidental sur la paix et la sécurité dans la région.

Même si la comparaison n’a pas lieu d’être, s’agissant de deux conflits de nature différente, peut-on imaginer un seul instant Madrid demeurer impassible et insensible à un geste politique de soutien de l’Algérie au mouvement indépendantiste catalan ?

S’il est difficile d’envisager dans le court terme un retour de l’Espagne au plan onusien dans le dossier du Sahara occidental, l’Algérie, pour sa part, joue la montre et parie sur la mobilisation des forces vives espagnoles éprises de paix et de liberté, qui sont montées au créneau pour déjouer les manœuvres complotistes du gouvernement espagnol face à cette seconde forfaiture de l’histoire du fait colonial sahraoui.

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