Staouéli ou le souvenir du grand marabout de la côte ouest d’Alger

16/08/2023 mis à jour: 16:04
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Photo : D. R.

 

Staouéli (*), une commune située à une vingtaine de kilomètre à l’ouest d’Alger, 2 km seulement séparent son centre-ville des plages. Cette agglomération du littoral algérois, qui était prévue par le plan de Guyot en 1842, ne sera officiellement créée qu’en 1855. Placée à mi-chemin entre Sidi Fredj et Bouchaoui, celle-ci est demeurée depuis son instauration sous la tutelle de la commune de Chéraga jusqu’en 1887, date à laquelle elle fut élevée au rang de commune de plein exercice. Les deux villages voisins de Sidi Fredj et Zéralda lui étaient annexés, dès sa fondation. La façade maritime de Staouéli forme une bande d’une longueur se développant sur 8 kilomètres, constituée de plusieurs plages telles que Moretti, les Pins, Palm Beach, Azur, El Menzah et Erriadh. A l’origine son nom était composé de deux mots : (Ousta : le maître, Oueli : le saint), ce qui se traduit par le maître des saints, une sorte de marabout des marabouts, les Occidentaux diraient le pontife. Au fil du temps, l’expression d’Ousta Oueli s’est transformée en Staouéli. C’est surtout depuis la bataille de Staouéli que cette contrée a commencé à faire parler d’elle. On se souvient qu’au lendemain des hostilités, les deux armées s’établissaient dans de nouvelles positions. Les Algériens érigeaient leur bivouac à Sidi Khalef non loin de Chéraga. Les Français s’installaient dans un camp établi pratiquement sur les lieux mêmes, où quelques années après surgissait le bourg de Staouéli, construit primitivement pour des migrants amenés d’Europe.

Le paysage qu’offrait la région était constitué d’immenses prairies sauvages où paissaient les animaux d’élevage pendant la belle saison. Seuls quelques petits sentiers, se faufilant à travers champs, permettaient le déplacement à pied ou sur monture.
A une certaine époque, la broussaille qui y régnait constituait un refuge aux sangliers, panthères, hyènes, et autres bêtes sauvages. Seules émergeaient naguère de la verdure des taches blanches de tentes de Bédouins, plantées parmi une riche végétation arrosée de fontaines ou de cours d’eau se précipitant vers la Méditerranée.

La première église du bourg date de 1869, l’école de 1877, la mairie de 1888 auparavant installée dans une simple petite salle de classe. Au tout début du projet, une fontaine et un abreuvoir où se déversait l’eau acheminée depuis l’oued Boukara furent aménagés dans le hameau primitif. Dès sa création, trente familles paysannes d’origine européenne, tirant leurs ressources de l’élevage des animaux et la culture de légume et de fruits, sont venus occuper le centre historique de Staouéli.

Staouéli est aujourd’hui l’une des localités algéroises les plus visitées, son centre-ville est très animé notamment en période estivale. Sa position sur la côte ouest d’Alger est l’un des atouts qui lui ont permis d’exercer son pouvoir d’attraction sur les estivants. La nuit, les habitants de la banlieue s’y rendent nombreux en famille, pour déguster les glaces, les poissons et les brochettes de viandes servies sur les terrasses bordant la grande avenue menant à Sidi Fredj.

Tout près de cette rue commerçante, un vieux carrefour régule la circulation, autour duquel la cité prit son essor. Là se croisent les routes allant de Bouchaoui vers Sidi Fredj (W133) et d’Alger à destination de Zéralda (RN11).

Cette dernière qui fut rebaptisée rue Gaci Amar, était dans le passé empruntée par le tramway, dont la station voisinait avec l’ancienne église et le siège de mairie qui s’y trouve toujours. La chapelle fut démolie pour faire place à une mosquée appelée El Falah, flanquée d’un haut minaret et agrémentée d’un petit jardin.  

La place publique qui porte le nom de Gasmi Ali est répartie en quatre petites esplanades formées par le croisement des deux principales artères qui traversent l’agglomération.

L’une de ces placettes est décorée d’un grand bassin renfermant des sculptures représentant trois magnifiques dauphins. Une seconde petite place adjacente est agrémentée d’une statue à l’effigie d’un dignitaire turc qui se tient dans la position debout avec sabre accroché à la ceinture et le regard orienté en direction de la presqu’île de Sidi Fredj.

Le tissu urbain en plein cœur de la ville conserve une bonne partie de son aspect d’origine, avec ses quelques maisons basses de style colonial chapeautées de tuiles rouges. Les bordures des chaussées sont garnies de beaux arbres, le saule pleureur et le ficus sont les plus représentés.

La commune est réputée pour sa station balnéaire surnommée « Le club des Pins », abritant le complexe du palais des nations, lequel avait, à de multiples occasions, accueilli des conférences internationales historiques. Ce petit village de villégiature dispose de nombreuses infrastructures hôtelières côtoyant une série de villas élégantes érigées le long des plages qui bordent la côte.

Le territoire de Staouéli est formé d’une mosaïque de lotissements constitués de cités résidentielles et d’immeubles de logements collectifs qui ont poussé un peu partout. Les constructions contemporaines mêlées au vieux bâti donnent à la ville l’apparence d’une cité qui n’en finit jamais de se métamorphoser. Malgré la croissance urbaine, il s’y trouve toujours quantité d’habitations qui voisinent avec de vastes champs de culture.

Au nombre des quartiers qui s’y sont développés depuis la fondation de cette localité, l’on peut citer : Cité HLM, Cité Serra, Pazo, Club des Pins, La Côte, Les Mimosas et la Cité des abattoirs.

Par le passé, on pouvait observer quantité de fermes de campagne isolées installées en périphérie de la ville. L’un de ces domaines qui existe encore est celui qui s’implante en bordure de la route de Zéralda. À l’entrée de cette ancienne exploitation agricole, se dresse toujours une bâtisse veillotte datant de 1904, qui arborait jadis en haut de sa façade principale l’inscription «Haouch Maqtaâ Essfa», littéralement le passage à gué probablement de la clarté.

Ce fut une exploitation agricole prospère abritant jadis d’immenses cultures où poussaient aubergine, tomate, poivron, haricot vert et pomme de terre. Ces produits étaient à l’époque fournis en abondance dans toute la banlieue algéroise et même à l’étranger.

L’importance de l’espace qu’occupait l’haouch faisait de lui un grand canton, annexé à la commune de Chéraga dès 1856, au même titre que les agglomérations d’Aïn Benian, Staouéli, Baïnem et Sidi Fredj.

L’activité de l’agriculture qu’on lui connaissait par le passé n’est plus qu’un vague souvenir, rares sont aujourd’hui, les familles qui y vivent exclusivement du travail de la terre.  A l’indépendance, le domaine fut baptisé sous l’appellation de «domaine Hadjiri».

Le toponyme de Staouéli évoque le souvenir de la célèbre bataille éponyme qui s’y déroula le 19 juin 1830. Mais à ce sujet, il convient tout de même de préciser que les chroniqueurs d’alors qui ne connaissant que très peu la région, avaient effectivement attribué à l’endroit théâtre de ladite bataille, le nom de « bataille de Staouéli ». Pourtant le gros des hostilités, mieux encore, le dénouement des opérations militaires avaient lieu à Bouchaoui, sur un terrain plat limitrophe à la plaine de Staouéli.

Dans les croquis qu’il avait lui-même réalisés en 1808, l’agent secret Boutin, dont on a si souvent parlé, avait désigné l’emplacement actuel de Bouchaoui par le plateau des tentes. Cette appellation avait sans doute était inspirée par le camp de toile autochtone qui avait laissé place en 1843, à un village à vocation agricole qui reçut le nom de La Trappe.

Ce dernier avait été originellement fondé pour les trappistes, il sera connu au sortir de la guerre d’indépendance sous une dénomination qui perpétue à nos jours le souvenir de Bouchaoui Amar, un martyr de la guerre d’indépendance.

Deux des six palmiers légendaires subsistent encore, à l’endroit même où s’érigeaient, lors de la bataille de Staouéli, les luxuriantes tentes de l’agha Ibrahim et des émirs des beyliks du Titteri de Constantine et d’Oran. A cet endroit, les moines trappistes on fait construire un monastère qui tient toujours debout, en dépit de son état de vétusté.

Du petit hameau romain qu’elle était, la ville de Bouchaoui est devenue aujourd’hui une importante agglomération rattachée à la commune de Chéraga dont elle ne s’éloigne que de 4 km.  

 

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