Risque climat

16/07/2023 mis à jour: 02:40
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Les pics de chaleur, qui rendent pénible le quotidien des Algériens depuis plus d’une semaine, constituent un événement en soi dans la mesure où tout concorde à dire que des records historiques de température viennent d’être battus. L’épisode ne devrait pas être pris à la légère et ignoré une fois passé.

Concrètement, la démonstration est faite, peut-être plus tôt que prévu, que la région de l’Afrique du Nord est l’une des plus concernées par les manifestations du réchauffement climatique, tel que prédit par les scientifiques. Les projections climatiques annoncent ainsi une augmentation globale des températures moyennes sur l’année, mais surtout des hausses particulières pendant l’été.

Selon ces scénarios, l’Algérie et les pays voisins pourraient connaître des hausses de températures estivales deux fois plus importantes que les moyennes attendues à travers la planète, d’ici la fin du siècle.

«Dans de grandes parties du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, le climat pourrait changer à l’avenir de manière si radicale, avec de fréquents jours de chaleur affichant des températures maximales quotidiennes supérieures à 50°C, que certaines d’entre elles pourraient devenir inhabitables pour certaines espèces, y compris l’homme», consigne un rapport prospectif de l’Organisation international pour la migration (OIM), anticipant les mouvements humains futurs.

Pendant plusieurs jours, l’ensemble du territoire algérien a été touché par le phénomène, dont ces villes pieds dans l’eau que la façade marine prémunissait jusqu’ici des emballements du thermomètre.

Alger a certainement été parmi les villes les plus chaudes du pays durant la journée du mardi 11 juillet, avec des pics frisant les 47 degrés à l’ombre dans certaines stations météo de proximité. Plus bas, dans les Hauts-Plateaux du Centre, dans la région de Bouira notamment, un inquiétant record a été enregistré, 48,5°C à l’ombre.

Comme effets immédiats, les canicules étalées sur plusieurs jours épuisent les humains, provoquent des dégâts sur les cultures agricoles et mettent à mal des activités professionnelles et des installations, comme le réseau électrique national. 

Dans la journée du mardi 11 juillet, les services des urgences médicales à Alger, pas spécialement habitués à une mobilisation particulière en contexte de chaleur, ont été fortement sollicités par des malades, généralement âgés, indisposés par le stress thermique.

Des décès ont été déplorés. Il faudra s’attendre également à un impact négatif dans le secteur agricole, déjà fragilisé par une année pluviométrique des plus ingrates, et une sursollicitation de la ressource hydrique. 

Enfin, le réseau de distribution d’électricité, ayant bien résisté pendant quelques jours, avec des records de consommation qui ont dépassé les 18 000 mégawatts, a commencé à céder sous la charge de l’explosion de la demande.

Plusieurs villes du pays, dont la capitale, ont connu des coupures et des pannes dues à la surchauffe des installations. Le plan spécial de la société a résisté pendant quelques jours, mais la longévité des périodes d’alerte canicule impose manifestement des seuils de résilience industriels autrement plus robustes.

Ce n’est donc plus qu’en termes de désagrément estival que les nouvelles réalités climatiques doivent être appréhendées, mais comme un nouveau front de risques qui nécessite la mise en adéquation des ripostes et beaucoup d’innovation et d’audace dans la recherche des solutions.

Ferhat Aït Ali, ancien ministre, pense lui, dans un post Facebook, qu’il est peut-être temps pour les Algériens d’envisager d’investir le sud du pays, comme lieu de vie et de travail, maintenant que le paramètre dissuasif du climat chaud connaît un nivellement structurel, le Sud des grands espaces, des cultures agricoles rentables, pour au moins cesser de concentrer 40 millions d’habitants dans une bande côtière étroite, bétonnée et en stress hydriques, écrit-il en substance. 

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