Dans un contexte économique où la sécurité de l’approvisionnement en eau demeure une priorité nationale, la production locale de charbon actif, indispensable au traitement de l’eau, est aujourd’hui menacée par une concurrence déloyale.
Bien que le charbon actif bio produit en Algérie porte l’étiquette «Made in Algeria» et bénéficie d’une garantie de 10 années, des importations de produits étrangers continuent d’affluer sur le marché. Ces produits importés sont organiques et assortis d’une garantie ne dépassant pas deux ans, se vendent à des prix quatre à cinq fois supérieurs, créant ainsi une distorsion concurrentielle préjudiciable.
Depuis 2017, la SARL Bitume Oxyde de l’Est, seul producteur national de charbon actif, alimente l’Algérienne des eaux (ADE) et satisfait l’ensemble des besoins du pays, avec jusqu’à 2000 tonnes produites par an. Toutefois, outre la concurrence déloyale, l’entreprise fait face à d’importantes difficultés financières.
Selon son directeur général, M. Hadjadji : «En 2022, sur instruction du PDG de l’ADE, elle a fourni le charbon actif nécessaire à la station de traitement des eaux de Oued Othmania, dans la wilaya de Constantine. Malgré la livraison effective et la réception finale de la station il y a plus d’un an, une créance de 72 millions de dinars reste impayée. Le refus de dialogue du PDG de l’ADE, désormais confronté au nouvel administrateur d’Amenhyd SPA désigné par le ministère des Finances, paralyse toute perspective de règlement et menace la survie de l’entreprise.»
Remise en cause des efforts de l’État
Ce blocage administratif n’est pas sans conséquences sur l’approvisionnement en eau potable de plusieurs régions du pays. En effet, un ralentissement de la production nationale de charbon actif compromet la qualité et la continuité du traitement des eaux, remettant en cause les efforts de l’Etat pour sécuriser ce secteur stratégique.
Ces enjeux se font d’autant plus pressants que le président Tebboune, engagé dans une politique de souveraineté économique et de gestion durable de l’eau, vient d’inaugurer trois stations de dessalement d’eau de mer, dont la plus récente dans la wilaya d’El Tarf, renforçant ainsi les ambitions nationales de modernisation du secteur hydrique. La situation actuelle de la SARL Bitume Oxyde de l’Est, victime d’importations abusives et d’un recouvrement de créances défaillant, va à l’encontre des orientations politiques affichées par le chef de l’Etat, qui prône le soutien à la production nationale et la réduction de la dépendance aux produits importés.
Une protection efficace des produits locaux est indispensable non seulement pour préserver l’industrie algérienne, mais aussi pour garantir la pérennité d’un approvisionnement en eau de qualité, essentiel au développement économique et social du pays.