Plan d’action à moyen terme (2023-2026) pour réformer l’économie nationale

06/07/2022 mis à jour: 23:35
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Photo : D. R.

Un nouveau modèle de développement économique et social est indispensable. Le défi est colossal car il s’agira ni plus ni moins que de sortir de l’immobilisme actuel et mettre sur pied au cours des trois prochaines décennies une nouvelle économie décarbonisée tirant sa croissance de sources différentes dont, entre autres, le numérique, le vert, le bleu et le savoir pour faire passer l’Algérie de pays en développement à revenu intermédiaire à celui de pays émergent à l’horizon 2050.

Ceci implique des réformes profondes et cohérentes avec cette vision à long terme et servant de socle à la première stratégie décennale 2030 dont les objectifs intermédiaires sont de jeter les bases d’une économie dynamique, diversifiée, ouverte et inclusive. Cette stratégie permettra d’articuler le premier plan d’action quadriennal couvrant la première période 2023-2026. Cet article va discuter du contenu de ce dernier.

Les défis internes

1. Restaurer la viabilité des finances publiques et la résilience aux chocs extérieurs. En effet, en l’absence de réformes macroéconomiques et structurelles, les perspectives à l’horizon 2026 font ressortir : (1) des finances publiques insoutenables : (déficit global, hors CNR aux environs de 12 % du PIB), financé par de la dette intérieure; (2) des comptes extérieurs affaiblis (aux alentours de 6% du PIB) financés par un recours aux RIC dont le niveau baisserait progressivement à environ $12 milliards en 2026 (3 mois d’importations) ; (3) une croissance économique atone qui sera d’environ 1 % en moyenne sur le moyen terme ; et (4) une accélération de l’inflation (qui devrait progresser à 15% % en 2026), résultat de la persistance des déficits budgétaires financés par de la création monétaire et de la faiblesse de l’offre.

2. Maîtriser l’inflation. Sinon il est impossible de mener des réformes et d’avoir une adhésion de la population à ces dernières.   

3. Maximiser la croissance économique : en prenant appui sur les atouts du pays (nappe phréatique du Sud, énergie solaire, sous-sol minier, facteur travail abondant) et en renforçant l’efficience de l’économie (levée ordonnée des restrictions commerciales, renforcement judicieux de l’intégration aux chaînes de valeurs mondiales et au système financier international et élimination des rigidités structurelles (accès au financement, faible gouvernance favorisant la corruption, transparence et concurrence insuffisantes, barrières à l’entrée élevées, marché du travail rigide et climat des affaires inadéquat).

4. Mobiliser des financements en appui d’un programme de réformes macroéconomiques et structurelles incontournables : l’absence d’épargne budgétaire et la chute continue du niveau des RIC contraignent un processus autonome de réformes ambitieuses. La mise en œuvre de ces dernières implique désormais la mobilisation de l’épargne étrangère et par conséquent la disponibilité de bons dossiers et d’un plan d’action à moyen terme pour intéresser des partenaires (bilatéraux, entreprises internationales et institutions régionales et multilatérales).

Les défis extérieurs

Dont la prise en considération permettra de concevoir une stratégie opérationnelle. Ils incluent   

1. A court terme, la montée des risques d’une récession mondiale en 2023 : compte tenu de la flambée de l’inflation, des fortes hausses des taux d’intérêt et du ralentissement de la croissance en Chine. Les banques centrales ne pourront pas réduire la hausse des prix et organiser un atterrissage en douceur en même temps.

2. A moyen terme, de nouveaux trends géostratégiques : qui ne manqueront pas d’influencer la nouvelle stratégie de l’Algérie, notamment la montée de l’Asie comme région économique dominante du monde ; la poursuite de la globalisation car les échanges extérieurs sont source de richesse pour tous les pays du monde et un vecteur de lutte contre la pauvreté (une fragmentation des chaînes de valeur sera porteuse de hausse des coûts, de chute de productivité et de baisse de croissance pour tous); la transition énergétique quand bien même celle-ci serait ralentie; une accélération du commerce des services grâce à l’intelligence artificielle ; et une montée des cryptomonnaies banques centrales.

Les objectifs stratégiques (2023-2030)

Conformément à la vision 2050, ils viseront à : (1) réduire le déficit budgétaire hors hydrocarbures ; (2) contenir le déficit du compte courant de la balance de paiements ; (3) stabiliser la dette publique à moyen terme ; (4) relancer la croissance économique et créer des emplois ; et (5) moderniser et diversifier l’économie du pays.

La réalisation de ces objectifs impliquera de nombreuses réformes étalées dans le temps et un sequencing approprié (vu qu’elles sont complexes et interdépendantes et ne manqueront pas de créer des résistances de la part d’intérêts bien enracinés dans le pays). En outre, cela permettra de répartir le coût des ajustements qui peuvent être très élevés et préserver ainsi l’appui du public.

Le plan d’action quadriennal 2023-2026

1. Les ajustements macroéconomiques :

• Les finances publiques : compte tenu de la durée de vie de nos réserves pétrolières et en gaz actuelles, le déficit budgétaire hors hydrocarbures (le point d’ancrage de la politique budgétaire) soutenable est de 10% du PIB hors pétrole, en comparaison d’un taux projeté de 30,2 % du PIB hors pétrole en 2022. Soit un ajustement de 22 points de pourcentage du PIB hors pétrole. Un ajustement considérable qui demandera du temps.

• Le secteur extérieur : Vu l’évolution des indicateurs-clés d’analyse de la viabilité extérieure (déficit de la balance des comptes courants, niveau des réserves, écart entre le taux officiel et le taux parallèle, dépréciation du taux officiel), et en raison d’un compte courant normatif de 5% et un déficit prévu de passer à 6% du PIB en 2022, l’ajustement serait de 1 point de pourcentage (première étape pour renforcer la résilience de la balance des paiements) ;

•  Taux de change officiel : pour ce qui est du taux de change du DA, les analyses de viabilité du secteur extérieur estiment la surévaluation à environ 30%.

2. Les politiques publiques :  s’articuleront autour de 3 grands axes complémentaires et cohérents.

Axe macroéconomique : a pour objectif de retourner à un budget sous contrôle, une inflation maîtrisée et un déficit de la balance des paiements viable, éléments nécessaires pour favoriser l’investissement, la croissance, l’emploi et réduire les inégalités.

Concrètement, il s’agira de procéder à une réduction progressive du déficit budgétaire, accompagnée d’une dépréciation du taux de change (fondamental pour une meilleure gestion des ressources extérieures et de la demande globale) et d’une gestion rigoureuse de la liquidité créée par la monétisation du déficit budgétaire pour contenir l’inflation. Le financement du déficit budgétaire doit établir un équilibre entre le besoin de retour à la viabilité des finances publiques et réduction du déficit budgétaire et celui de la préservation de la croissance.

En cas de recours au financement monétaire, il devra être temporaire et encadré strictement (plafonds quantitatifs, taux du marché et stérilisation adéquate). Alternativement, citons le recours à l’émission de papier public (ce qui impliquerait la mise en place d’un marché obligataire souverain) et/ou la mobilisation de ressources extérieures (à condition que le pays se donne les instruments nécessaires à cet égard).

Axe structurel : Un axe structurel complémentaire et cohérent qui comprend les réformes macrostructurelles visant à renforcer la qualité de la politique macroéconomique et les réformes ciblant les structures du système économique.

• Actions macrostructurelles : les réformes viseront : (1) les statistiques macroéconomiques ; (2) les finances publiques, notamment : (i) les recettes (niveau de recouvrement, incohérence de certains impôts ; prolifération des avantages fiscaux et douaniers ; et faiblesse de l’administration fiscale et douanière) ; (ii) les dépenses (structure et efficacité des dépenses publiques courantes et en capital) ; et (iii) le processus budgétaire (cadre budgétaire pour réhabiliter le budget en tant qu’outil de le gestion macroéconomique) ; (3) la politique monétaire (déblocage du canal de transmission des taux d’intérêt, gestion de la liquidité, communication sur le rôle et les objectifs de la politique monétaire et amélioration de la supervision bancaire) ; (4) le développement du secteur financier) ; et (5) la politique de change : double action de réforme du marché officiel (revoir le fonctionnement du marché interbancaire des devises) et de mettre fin progressivement au marché parallèle (d’abord réduire l’écart entre les marchés officiel et parallèle par des réformes techniques et des nouvelles politiques macroéconomiques pour préparer l’élimination à terme de la dualité des marchés).

• Réformes des structures : afin de relancer l’investissement privé productif (simplification des formalités administratives et transparence pour stimuler l’activité du secteur privé), accroître le taux de participation des femmes, améliorer l’accès au financement, moderniser le système financier, réformer le secteur des entreprises publiques et lutter contre la corruption pour rétablir la confiance de la population vis-à-vis des pouvoirs publics et s’approprier les réformes.

Axe sectoriel : visera à moderniser et diversifier l’économie algérienne par le biais de stratégies sectorielles cohérentes ambitieuses prenant appui, inter alia, sur l’agro-industrie, les énergies renouvelables, le numérique et le vert afin d’accroître la productivité et la valeur ajoutée. Des voies qui permettront au pays de bénéficier du génie créateur de sa jeunesse.

Les objectifs quantitatifs du plan d’action. Prenant en considération les réformes ci-dessus, les principaux indicateurs macroéconomiques à fin 2026 visent :

• Un taux de croissance devant atteindre 6,5 %.

• Un taux d’inflation à 4 %.

• Un déficit budgétaire hors hydrocarbures de 20,2 % du PIB hors pétrole soit une baisse de 9.6 points de pourcentage du PIB hors pétrole repartie entre les recettes (+3,3 points de pourcentage du PIB hors pétrole) et une baisse des dépenses totales (-6,3 points de pourcentage du PIB hors pétrole). Ce déficit devrait être couvert par du papier public et des prêts projets.

• Un déficit du compte courant de la balance des paiements contenu à 3 % du PIB grâce à des efforts de diversification et de libéralisation de l’économie qui généreront une légère augmentation des exportations hors hydrocarbures, des IDE et des recettes touristiques vers la fin de la période de projection.

Le financement des réformes

1. Estimation des besoins et de l’écart de financement à trouver :  En tendance actuelle, en dehors de toute réforme, nos besoins de financement (investissements publics et renforcement des réserves internationales de change) sont d’environ $100 milliards sur quatre ans (2023-2026).

Les réformes budgétaires et monétaires, la diversification des exportations et une dépréciation nominale du DA d’environ 30% (gain d’environ $20 milliards) combinées aux réserves internationales de changes disponibles à fin 2022 (environ $45 milliards) réduiraient ces besoins en financement à environ $35 milliards sur 4 ans soit environ $9 milliards annuellement.

2. Options de financement de l’écart : (i) la finance islamique locale et extérieure ; (iv) les créanciers officiels multilatéraux et bilatéraux ; (v) l’endettement extérieur pour financer des projets et mobiliser de l’aide budgétaire ; (vi) le crédit syndiqué pour financer les infrastructures, les projets énergétiques et l’industrie extractive ; et (vii) les obligations souveraines internationales.

Les conditions de succès du plan d’action 2023-2026

1. La disponibilité d’outils de pilotage : notamment un cadre macroéconomique à moyen terme (qui fixe les objectifs chiffrés macroéconomiques et structurels), le cadre budgétaire à moyen terme (CBMT) et les cadres de dépenses à moyen terme (établis sur la base du CBMT et décomposant sur une période minimum de trois ans les grandes catégories de dépenses publiques, par nature, par fonction et par ministère) et des indicateurs varies pour évaluer et projeter les performances économiques et financières actuelles et futures.

2. Une gestion rigoureuse : qui implique : (i) un suivi constant de la réalisation les objectifs macroéconomiques ; (ii) une réactualisation régulière, en conséquence, des projections macroéconomiques de pays et des outils qui les sous-tendent ; (iii) une réadaptation, si besoin est, du plan d’action pour s’ajuster aux changements éventuels sur le plans domestique et extérieur ; et (iv) une diffusion de l’information économique.

3. Un cadre institutionnel de conception, d’exécution et de contrôle. Ceci suppose un comité technique de mise en œuvre les réformes (CTR), regroupant les représentants les diverses administrations économiques et opérant sous l’autorité d’un comité politique stratégique (CPS) dont le rôle est de définir la stratégie et amender, le cas échéant, les politiques at programmes d’action. Le CTR produit mensuellement un tableau d’indicateurs économiques et financiers de base et les rapports trimestriels sur l’exécution les réformes.

Ces documents sont transmis au comité politique afin de briefer les autorités politiques, la nation et les partenaires.

4. Une politique de communication : vis-à-vis de la population, des partenaires domestiques et internationaux sur toutes les reformes entreprises, les résultats obtenus et les perspectives à moyen terme.

Une politique sociale : destinée à protéger les couches vulnérables de la population qui seront affectées par les réformes structurelles au moyen d’une politique sociale intégrée et globale. Cette dernière est intégrée au cadre économique à moyen terme. 

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