Palestine, prémices d'une troisième Intifadha ?

31/01/2023 mis à jour: 02:09
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La question palestinienne est une blessure ouverte, un drame toujours d'actualité, malgré les vœux pieux et les résolutions onusiennes, gelées et non appliquées, depuis plus d'un demi-siècle. Dix personnes sont mortes, cette semaine, suite à une opération militaire israélienne au camp des réfugiés palestiniens de Jénine. L'Autorité palestinienne a dénoncé aussitôt un «massacre» et suspend sa coopération sécuritaire avec Tel-Aviv. Si les chancelleries occidentales se distinguent par leur silence coupable et réagissent, parfois, du bout des lèvres, leurs médias passent en boucle cet «exploit», agrémenté de menaces du Premier ministre israélien, qui promet une riposte forte et des représailles après l'attentat de Jérusalem-Est – perpétré par un jeune âgé de 21 ans – galvanisé par le jusqu'au-boutisme de ses amis, de la coalition à majorité d'extrême droite, qui affiche clairement sa volonté de renforcer la colonisation en Cisjordanie occupée. Volonté exprimée par les six partis de l'Exécutif, le Likoud, l'extrême droite et les ultra-orthodoxes, qui sont sur-représentés au gouvernement, alors que les femmes en  sont tout simplement écartées. Avec ces intentions belliqueuses et provocatrices, on est loin de la seule et vraie issue, préconisée depuis des années, après les Accords d'Oslo, en septembre 1993, à savoir que la seule et vraie solution c'est deux Etats vivant en paix, côte-à-côte, dans la reconnaissance et le respect mutuel. Au lieu de cela, on est en passe de construire une relation de guerre déclarée, qui se f... du souci et des considérations éthiques, en imposant une occupation qui tend à se développer et qui constitue le moteur d'une violence sans fin. La rue à Tel-Aviv l'a compris et l'a démontré en dénonçant, cette semaine, par milliers, Netanyahu et ses amis, coupables de porter atteinte à la démocratie, en bridant les libertés et en voulant mettre au pas l'appareil judiciaire. L'extrême droite israélienne, ouvertement raciste, incarnée par Ben Gvir, le nouvel homme fort de l'Exécutif, a annoncé la couleur et ses intentions «d'annexer totalement la Cisjordanie», ne croyant plus à la solution des deux Etats et allumant les braises d'une situation sécuritaire très dégradée ces derniers mois. La nouveauté, c'est que la révolte, cette fois-ci, ne vient pas de Ghaza et du Hamas et ses «terroristes», mais de Cisjordanie, où ces dernières semaines, on a annoncé la constitution d'un groupe armé composé de jeunes, dénommé «La fosse aux lions», fédérant toutes les factions Hamas, Fatah et Jihad islamique.

Hait Al Omari du «Washington Institute», analyste politique, bien au fait du dossier palestinien, estime «qu'à cause des échecs de la diplomatie et de la solution à deux Etats, les jeunes générations n'ont connu jusque-là que le pire côté de l'autre camp. Elles sont persuadées qu'aucun partenariat n'est possible entre Palestiniens et Israéliens. Quand les voix de la paix se taisent, ne restent que les rumeurs de la guerre. Et la crainte d'une troisième Intifadha». De la nouvelle donne, on retient que la ruminance de la mauvaise conscience occidentale, qui se souvient du Ghetto de Varsovie de la Shoah et des exterminations, qui sont de son fait, encourage le laisser-faire de ceux qui adoptent les mêmes abominables procédés et infâmes pratiques du passé. La vérité, malgré tous les cas de figure préfabriqués, c'est qu'il n'y aura pas de paix, avec la poursuite de la colonisation, pis encore, on sera dans un engrenage bien plus compliqué, aux lourdes et imprévisibles conséquences.

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