Nouvel épisode des luttes internes en Tunisie : Rached Ghannouchi devant la justice pour atteinte à la sécurité de l’Etat

05/04/2022 mis à jour: 01:09
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Photo : D. R.

Le président du mouvement Ennahdha et président déchu de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Rached Ghannouchi, a comparu une 2e fois, en trois semaines, devant le juge d’instruction ; cette fois, avec les députés putschistes, pour complot contre la sûreté de l’Etat, en liaison avec la réunion du 30 mars 2022 de l’ARP gelée. La 1re comparution a eu lieu le 11 mars 2022 en liaison avec le financement étranger de son parti Ennahdha. Son gendre, Rafik Abdessalem, fut alors entendu dans la même affaire. 

L’étau se resserre autour des islamistes tunisiens qui ne bénéficient plus de la même clémence qu’auparavant devant la justice. Ce changement de comportement des magistrats à l’égard des islamistes confirme la tendance générale attestant que la magistrature sert le pouvoir en place. 

Les temps ne sont plus propices aux islamistes tunisiens. Rached Ghannouchi fut récemment traduit devant la justice pour «complot contre la sureté de l’Etat», malgré sa prudence. Ce n’est pas lui qui a signé la convocation à la réunion de l’ARP gelée du 30 mars 2022 et il n’a pas, non plus, présidé ladite réunion. Néanmoins, c’était lui qui a présidé, lundi 28 mars 2022, la réunion du bureau de l’ARP, qui a décidé la tenue de la plénière du 30 mars, dont l’ordre du jour consistait à annuler les mesures exceptionnelles décrétées le 25 juillet par le président de la République. «Il s’agit d’un appel à la sédition, qui aurait pu entraîner des confrontations sanglantes s’il était suivi», a souligné le président Saïed, lors de sa déclaration annonçant la dissolution de l’ARP.

121 membres de l’ARP dissoute ont été convoqués à comparaître depuis vendredi 1er avril devant l’Unité d’investigation dans les crimes terroristes de Bouchoucha pour «formation d’une entente en vue de comploter contre la sécurité intérieure de l’Etat». 

Cette comparution va dans le sens des accusations proférées par le président Saïed à l’égard de l’ARP de «coup d’Etat avorté et de complot contre la sécurité intérieure et extérieure de l’Etat». Il est clair que le président Saïed a saisi au vol cette erreur tactique des islamistes, champions de l’esquive, qui ont fourni au Président la bonne justification pour les écarter, ainsi que leurs alliés, du Dialogue national qu’il compte organiser incessamment. 

«Le dialogue ne se fera pas avec les putschistes», a déclaré Saïed, lors de ses rencontres respectives avec les bureaux exécutifs de l’UGTT, de l’UTICA, ainsi que le bâtonnier des avocats. Le président Saïed sort enfin de son isolement, puisqu’il n’avait pas trouvé auparavant d’alibi, acceptable surtout par l’étranger, pour écarter ces composantes politiques (Ennahdha, Qalb Tounes et Qarama). Les décisions de la réunion du 30 mars lui ont fourni cet alibi. 

Manœuvres

Les développements depuis le coup de force du 25 juillet 2021 montrent clairement qu’il y a des manœuvres, de part et d’autre, entre le président Saïed et les islamistes d’Ennahdha. 

Le long processus de mainmise sur le Conseil supérieur de la magistrature(CSM) le montre clairement. Il avait fallu la neutralisation de Noureddine Bhiri, l’homme à tout faire d’Ennahdha dans la justice, pour réaliser ce manège. Bhiri cinq semaines en résidence surveillée, les magistrats se sont pliés à la volonté du Président et ils n’ont pas suivi les instructions de débrayage lancées par leur Association. 

Il est clair que des manipulations souterraines ont fait taire les récalcitrants. Tout d’un coup, et après moult campagnes de dénonciation, plus personne ne parle d’atteinte à l’indépendance de la justice, à peine un mois après l’installation du nouveau CSM. 

Les islamistes étaient prudents après le 25 juillet 2021, pour éviter les représailles. C’étaient plutôt leurs alliés d’un jour qui animaient le devant de la scène, à l’image de Jawher Ben Mbarek, l’animateur du groupe ‘‘citoyens contre le complot’’ ou Néjib Chebbi, l’éternel opposant sous Bourguiba et Ben Ali, cherchant éternellement la présidence de la République. Chebbi espérait que les islamistes pouvaient le mettre au palais de Carthage. 

Les islamistes manipulaient derrière les rideaux. L’équipe de Saïed observait à distance. Il avait fallu cet ‘‘écart de conduite’’ de la réunion du 30 mars pour que le Président se saisisse de l’opportunité et dissolve l’ARP. La guerre des tranchées entre le président Saïed et les islamistes se poursuit en Tunisie.

Tunis
De notre correspondant  Mourad Sellami

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