Les dernières Perspectives mondiales du financement du développement durable appellent à une refonte majeure du système mondial afin de mobiliser des ressources pour bâtir un avenir durable pour tous. C’est ce qui ressort du nouveau rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Selon le rapport, dix ans après que la communauté internationale a pris, à Addis-Abeba, l’engagement d’accroître les financements à l’appui du développement, le fossé qui sépare les sommes mobilisées par les économies en développement et émergentes et celles dont elles ont besoin pour atteindre leurs objectifs, qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars, ne cesse de se creuser.
Et de souligner qu’en l’absence de réformes de «grande ampleur», le déficit de financement devrait s’aggraver, pour atteindre 6400 milliards de dollars d’ici à 2030, année d’échéance des Objectifs de développement durable (ODD).
Soulignant les disparités de revenus qui se creusent entre les pays, l’OCDE indique que, depuis 2015, l’écart de richesse entre les pays à faible revenu et les pays à revenu élevé s’est creusé de 1,1% par an. «La charge grandissante de la dette et l’accès limité à des financements durables ont aggravé les inégalités, mettant en péril des décennies de progrès dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la résilience climatique», ajoute la même source.
Et de considérer que «les défis mondiaux – transitions écologique et numérique, tensions géopolitiques, conflits – risquent d’accentuer la fragmentation géoéconomique, laissant les pays à faible revenu encore plus à la traîne».
D’autre part, et à en croire les estimations de cette organisation internationale, le volume des financements nécessaires chaque année pour atteindre les ODD dans les pays en développement et émergents a grimpé de 36% entre 2015 et 2022, en partie sous l’effet de besoins supplémentaires découlant du changement climatique, tandis que les ressources n’ont augmenté que de 22% sur cette période. Le déficit de financement annuel qui en découle s’est accru de 60%, passant de 2500 milliards de dollars à 4000 milliards de dollars, selon la même source.
Et d’estimer que le changement climatique, les conflits localisés et l’incertitude géopolitique – qui touchent de manière disproportionnée les pays en développement – continuent d’alimenter ces besoins de financement.
L’aide publique au développement, une source vitale mais pas suffisante
Le rapport de l’OCDE a estimé, par ailleurs, que l’aide publique au développement (APD) est une source vitale, mais, à 223 milliards de dollars en 2023, elle n’est pas suffisante pour combler le déficit de financement de développement dans le monde.
Outre l’amélioration des recettes fiscales intérieures et des envois de fonds des migrants, un meilleur alignement des investissements mondiaux sur les objectifs de développement pourrait faire une grande différence, note le rapport. Et d’ajouter que les 21% d’actifs financiers mondiaux détenus dans les pays en développement ont le potentiel de contribuer aux progrès social et économique.
Sur la lancée, l’OCDE estime que même un léger rééquilibrage des priorités d’investissement dans le reste du monde, conjugué à un ajustement de la réglementation, pourrait avoir un impact significatif sur les flux de capitaux en faveur du développement dans les pays pauvres.
Autres actions possibles, recommandées, celle d’aligner une partie des subventions aux combustibles et à l’énergie avec les objectifs environnementaux, ou créer les conditions pour attirer des investissements socialement responsables et bénéficiant aux communautés locales.
Enfin, il est recommandé de confier aux pays en développement un rôle moteur dans la réforme du financement mondial et d’appuyer la mise en œuvre des stratégies définies par les pays, en créant des ponts entre les différentes plateformes internationales de coordination, entre acteurs bilatéraux, banques multilatérales et secteur privé. Comme il est mis l’accent sur la qualité des financements, et pas uniquement sur leur quantité.