L'économie informelle : s'intégrer ou... disparaître ?

22/01/2023 mis à jour: 03:49
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La mémoire collective a bien retenu, il y a quelques semaines, l'attitude choquante du wali d'Oran, en interpellant un marchand de rue clandestin d'une manière peu élégante, condescendante et arrogante, qui lui a valu une volée de bois vert de la part des internautes, qui avaient pris le parti du jeune contrevenant, enfreignant certes la loi, mais qui n'avait pas besoin d'être humilié de la sorte, comme l'a massivement contesté la Toile. Il faudra néanmoins reconnaître que ce commerce prohibé a grandi, depuis des années, sous l'œil bienveillant de l'administration, peu regardante sur les dépassements de ce secteur, qui allait s'installer et prospérer sans gêne. Il avait d'abord fait son nid, de manière apparente, lors du passage d'une économie administrée à une économie de marché, ayant déteint négativement sur le secteur public qui a transformé, du jour au lendemain, des milliers de travailleurs besogneux en chômeurs perdus et désargentés. De fait, les places marchandes sont devenues plus visibles, sous l'effet de la marchandisation transnationale, du déplacement international des marchandises même par les «cabas», de la crise économique, du chômage croissant et de la libéralisation anarchique de l'économie. Ici et ailleurs, le phénomène s'est installé durablement, «timidement» perturbé par les officiels. On se souvient qu'il y a plus d'une dizaine d'années, un Tunisien, Mohamed Bouazizi, jeune vendeur de fruits et légumes, s'est immolé par le feu et est mort de ses blessures. Agé de 26 ans, ce diplômé chômeur s'était aspergé d'essence, devant la préfecture de sa ville Sidi Bouzid, après s'être fait confisquer sa marchandise par la police municipale parce qu'il vendait dans l'informel, pour subvenir aux besoins primaires de sa famille, il pratiquait la vente sans autorisation. Son geste de désespoir a été à l'origine d'une vague de manifestations, sans précédent, dans toute la Tunisie, ce qui a valu son poste au président Ben Ali, qui a dû fuir le pays pour sauver sa tête. Ici, on met en exergue le rôle socioéconomique clé du commerce informel comme source d'emplois et de survie quotidienne pour nombre d'individus. Ces exemples qui symbolisent, chez le citoyen, le commerce informel à son plus bas étage, s'il traduit le rapport, qu'il entretient avec les mutations politiques et économiques des trois dernières décennies, au plan national et international, posent la problématique de son rapport et apport au commerce officiel. Car les échanges informels, qui constituent un poids important et une masse non négligeable d'argent, ne peuvent s'autogérer à l'ombre du circuit officiel et ses démembrements, notamment le fisc, qui enregistre des pertes considérables. D'où la volonté affichée par les pouvoirs publics de les ramener vers les circuits légaux de l'économie nationale. Des efforts louables ont été consentis, en mettant en place des mesures d'intégration, d'incitation et de contrôle devant contribuer au transfert de l'activité informelle vers le secteur officiel. Ainsi, dans le but d'attirer les commerçants activant dans l'informel, le plan d'action du gouvernement de Benabderrahmane s'est attaché à «accorder des facilitations aux acteurs du secteur informel, les invitant à se présenter spontanément avant la fin de l'année 2022 aux services fiscaux, pour s'identifier et bénéficier ainsi d'une amnistie fiscale». Le texte avertit toutefois : «Les personnes physiques et morales, qui ne se manifesteront pas avant cet échéancier, seront passibles de sanctions fiscales. Une opération de contrôle sera déclenchée au-delà de la date limite.» La valeur des fonds de l'économie informelle serait de près de 90 milliards de dollars, soit l'équivalent de 10 000 milliards de dinars. Un bon pactole.

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