Le Makhzen s’enlise dans les scandales d’espionnage : Maroc, de Pegasus à Team Jorge

30/05/2023 mis à jour: 00:59
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Le Maroc a acquis le logiciel Pegasus pour espionner plusieurs pays - Photo : D. R.

Créée par d’anciens militaires de l’armée sioniste dans le secret le plus total, l’officine Team Jorge, qui a ouvert des succursales au Maroc, est depuis 2022 célèbre pour son implication dans de vastes campagnes de manipulation et de désinformation en Afrique.

Le Maroc se lance dans une nouvelle opération d’espionnage en s’appuyant sur son allié israélien. Selon le journal El Espagnol, qui a publié dans son édition du 25 mai les résultats d’une enquête menée par Dounia et Adnane Filali, un couple d’influenceurs marocains en exil, la société israélienne de cyberespionnage Team Jorge s’est installée au Maroc, avec la bénédiction du roi Mohammed VI.

Créée par d’anciens militaires de l’armée sioniste et spécialisée dans la désinformation globale, cette société, basée dans la banlieue de Tel-Aviv, a bien ouvert deux succursales : une à Rabat et l’autre à Agadir.

Entreprise fantôme jusqu’à la révélation de son existence, pour la première fois en 2022, par un groupe de journalistes d’investigation relevant de la plateforme Forbidden Stories, Team Jorge est désormais célèbre pour son implication dans de vastes campagnes de manipulation de masse menées à l’aide de logiciels espions et de programmes malveillants.

Pour les besoins de ses activités subversives et propagandistes, elle dispose d’une plateforme intelligente  appelée «Advanced Impact Media Solutions» qui génère, diffuse et gère de faux profils, de faux comptes en ligne et de fausses informations sur les réseaux sociaux.

Selon les données collectées par le groupe de journalistes membres du réseau de l’association Freedom Voices Network, dont dépend la plateforme Forbidden Stories, cette société clandestine est dotée d’une véritable armée de trolls. Les mêmes sources avancent le chiffre de 30 000 profils automatisés de fausses personnes utilisés dans la manipulation de l’opinion ciblant essentiellement des pays africain.

Dans son article intitulé «Marruecos, de Pegasus a Team Jorge : los hackers israelíes que operan con la tolerancia de Mohammed VI (Maroc, de Pegasus à Team Jorge : les hackers israéliens qui opèrent avec la tolérance de Mohammed VI)», le média El Espagnol a souligné que Team Jorge travaillait directement avec les services secrets marocains. Sa mission principale est de surveiller le peuple marocain et tout le voisinage de ce pays qui s’enlise dans de scabreuses affaires d’espionnage.

Surveillance de masse

La succursale de Rabat est orientée, selon le même média, vers la surveillance et l’espionnage des partis politiques, des associations, des opposants, des journalistes et de toute autre structure au Maroc ou à l’étranger susceptible de contrarier les intérêts et la politique expansionniste du makhzen.

Le deuxième bureau de Team Jorge, installé à Agadir dans les contreforts de l’Anti-Atlas sur la côte atlantique sud, cible toutes les personnes qui parlent le «hassanya» ou chez certains «hassani», un arabe propre aux populations vivant au sud du Maroc, en Mauritanie, au Sahara occidental et dans le nord du Sénégal. «Toute personne parlant ce dialecte et originaire de ces régions peut gêner ou intéresser le régime marocain», a précisé El Espagnol en citant Adnan Filali, l’un des enquêteurs.

Autrement dit, le Maroc s’offre les services de cette officine sioniste pour tenter de brider non seulement la société marocaine mais aussi les populations sahraouies et tous ceux qui leur apportent aide et assistance.

La révélation de l’installation de Team Jorge au Maroc intervient trois mois après la publication de plusieurs médias internationaux de l’enquête menée par le collectif de journalistes Forbidden Stories, sur cette officine de désinformation massive.

Largement médiatisée, cette enquête publiée en février dernier a provoqué un véritable séisme et soulevé beaucoup de colère et d’inquiétudes, plus particulièrement dans le bassin méditerranéen où cette société secrète est opérationnelle.

Selon cette enquête, Team Jorge est déjà impliquée dans «la manipulation d’élections à grande échelle et l’espionnage de responsables politiques africains». Les journalistes, qui ont fait éclater cette affaire, font état de pas moins de 33 campagnes présidentielles qui ont été ciblées en Afrique, dont 27 ont été couronnées de succès.

Cela renseigne sur l’armada mobilisée par cette société souterraine qui semble avoir une nouvelle mission propagandiste à accomplir dans la région du Maghreb.

Coups tordus du Makhzen

Le scandale suscité par cette nouvelle affaire d’espionnage et de piratage à grande échelle a emporté dans son sillage Rachid M’Barki, présentateur à la chaîne française BFM TV. Ce journaliste franco-marocain a été licencié pour avoir relayé des informations erronées sur le Sahara occidental, qui auraient été commandées par Team Jorge pour le compte du makhzen.

Le groupe Altice, détenteur de BFMTV, a mis fin à son contrat de travail le 21 février dernier, après avoir examiné la véracité des faits qui lui ont été reprochés et identifié «plusieurs séquences, entre 2021 et 2022, qui ont été diffusées sans respect des processus de validation et de la ligne éditoriale».

«Ces manquements sont de la seule responsabilité d’un journaliste qui n’a pas respecté les règles en vigueur au sein de la rédaction», a précisé le groupe qui a décidé de «renforcer ses dispositifs et contrôles actuels pour permettre une meilleure sécurisation des processus d’intégration de contenus et de suivi du contrôle de l’antenne».

Ces nouvelles révélations ne font que confirmer cette dangereuse collusion entre le makhzen et Team Jorge. Cette dernière semble œuvrer par des moyens de manipulation technologiques à étendre l’influence du Maroc dans la région en infusant des récits créés de toutes pièces. Le makhzen n’est pas à son premier coup tordu.

En 2022, il a été éclaboussé par l’affaire Pegasus qui continue de faire des vagues dans plusieurs pays. «Pegasus» est un logiciel développé par l’entreprise israélienne NSO et fourni, entre autres, au Maroc, lequel l’a utilisé pour espionner des responsables civils et militaires, des hommes politiques, des députés et des journalistes de plusieurs pays, dont l’Algérie.

Selon l’enquête du consortium Forbidden Stories et Amnesty International, des milliers de numéros de téléphone appartenant à des responsables et citoyens algériens figuraient parmi les cibles de Pegasus.

Incapable d’apporter des solutions aux nombreux problèmes socioéconomiques dans lesquels patauge le pays, le makhzen continue de débourser des sommes faramineuses dans l’acquisition de systèmes d’espionnage auprès de son allié sioniste pour faire aboutir ses desseins inavoués.

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