La dernière marche

05/07/2023 mis à jour: 00:42
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Les chiffres du secteur de l’éducation en Algérie donnent toujours à réfléchir. Depuis l’indépendance, les efforts de l’Etat se sont concentrés sur la démocratisation de l’enseignement au profit de millions d’enfants de toutes les couches populaires. 

Cette gratuité avait aussi permis à l’Etat de former des milliers de cadres couvrant ses énormes besoins dans tous les domaines. Des décennies après, la théorie du nombre dans le secteur de l’enseignement ne tient plus face aux impératifs de la modernisation et des nouvelles technologies. L’aspect qualitatif dans l’enseignement est devenu un énorme souci pour un pays confronté aux défis des temps modernes. Comment exploiter ses ressources humaines de façon à se hisser aux niveaux sans cesse croissants de l’évolution technologique ? 

Comment réussir ce saut qualitatif dans un pays qui traîne encore les conséquences des politiques antérieures ? Il y a quelques jours, et lors d’une conférence d’évaluation des acquis des élèves du primaire, le directeur de l’enseignement primaire au ministère de l’Education nationale a résumé l’ampleur des débats, en lâchant un chiffre qui ne devra pas passer sans analyse. Le taux des élèves du primaire qui atteignent le lycée, c'est-à-dire la dernière marche pour l’obtention du bac, est inférieur à 17%. Soit moins d’un élève sur cinq. 

Cela veut dire qu’en neuf ans, les 4/5es d’une classe de première année primaire, dans n’importe quelle école en Algérie, vont se perdre, sans même avoir la chance d’atteindre le niveau du BEM. Que signifiera alors ce taux de réussite de 90% à la 5e année primaire, si ce n’est que des contingents d’élèves vont stagner au CEM et connaître l’échec, tant camouflé, pour ne pas avoir eu la base nécessaire leur permettant d’aller plus loin ? 
 

L’école algérienne se contentera ainsi de cumuler des «doublants», qui ne manquaient pourtant ni d’intelligence ni de capacités de suivre et de comprendre. La faille était pourtant bien connue depuis des décennies et les spécialistes n’ont cessé de réclamer une refonte radicale de l’enseignement primaire, qui demeure la base de toute l’opération éducative. Certains s’interrogent même sur l’utilité de changer les programmes cinq fois en quarante ans, alors que les méthodes pratiquées dans les classes sont toujours les mêmes. 

La refonte passera inévitablement par tout revoir au primaire, à commencer par les critères de recrutement des enseignants, souvent embauchés à la hussarde, sans formation pédagogique, ni méthodologie de travail, ni bagage scientifique, ni même maîtrise des matières qu’ils vont enseigner. Des parents sont confrontés à des situations inexcusables quand leurs enfants se plaignent de ne pas assimiler les cours. 

Des failles qui s’accumulent au fil des mois et qui aboutiront à des ratages dans les tests des acquis, puis des retards en fin d’année. Pourtant, des élèves en difficulté passeront en classe supérieure avec leurs défaillances et insuffisances, pour se retrouver désarmés au CEM.

 Là où ils ne pourront plus compter sur leurs enseignants en classe. Les mêmes enseignants qui leur proposeront des cours de soutien, sans résultat assuré. En fin de parcours, ce sera l’échec qui les attendra, les privant de passer au moins à la dernière marche.

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