Johnny Marr, des Smiths à Billie Eilish : Il n’a toujours pas «marre» de la musique

26/02/2022 mis à jour: 03:26
AFP
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«Quand j’avais 14-15 ans, j’étais déjà dans des groupes du genre élitiste. Blondie, je les écoutais, ils étaient géniaux, Debbie avait la bonne attitude, était cool, une femme à suivre…»

Avec ce musicien, on peut parler de tout. Sauf de Morrissey, son ex-complice des Smiths, groupe phare du rock indépendant anglais, en activité au milieu des années 1980.

 Marr n’a cessé de prendre ses distances avec le chanteur au discours aujourd’hui réactionnaire (Morrissey s’était notamment produit en 2019 dans une émission américaine avec un badge d’un parti d’extrême droite britannique). 

Après un dernier échange acide via leurs réseaux sociaux cet hiver, Marr ne dit plus un mot sur l’autre «M» de la formation qui fit sa gloire. Sans doute pour ne pas ébrécher la zen attitude qu’il cultive patiemment. «Je lis la Bhagavad-Gita (un des textes fondamentaux de l’hindouisme, aux racines du yoga) tous les jours, c’est Chrissie Hynde qui me l’avait offert quand j’avais des hauts et des bas à un moment dans ma vie», raconte à l’AFP le guitariste, lors d’un entretien en visio-conférence. 

Blondie, «Killing Eve» 

Avec différents groupes, dont les Pretenders de Chrissie Hynde, dont il est resté proche. L’occasion de l’interroger sur les femmes artistes inspirantes qu’il a croisées dans sa carrière. La dernière en date, c’est Billie Eilish, puisque c’est sa guitare qu’on entend sur la chanson-titre de No time to die («Mourir peut attendre»), le dernier James Bond, chantée par l’artiste américaine. «La vie de musicien dans un studio d’enregistrement, je connais depuis que j’ai 18 ans (il en a aujourd’hui 58) et, quand Billie est en studio, au bout de cinq minutes, vous n’avez plus devant vous une jeune fille. 

C’est une grande musicienne, elle sait canaliser son énergie, prioriser ce qui doit l’être. Elle est impressionnante, elle est là pour longtemps», confie-t-il. Le parallèle vient tout seul avec Debbie Harry, la chanteuse de Blondie. «Quand j’avais 14-15 ans, j’étais déjà dans des groupes du genre élitiste. Blondie, je les écoutais, ils étaient géniaux, Debbie avait la bonne attitude, était cool, une femme à suivre, comme Billie aujourd’hui». 

Billie, Debbie, ou comme cette actrice, Jodie Comer, de la série Killing Eve, sont talentueuses et parlent à toutes les femmes de 14 à 65 an, développe-t-il encore. La boucle est bouclée puisqu’une tournée commune de Blondie et Marr est prévue pour avril-mai. Il pourra y défendre sur scène les titres de son double-album Fever Dreams Pts 1 - 4, qui sort vendredi. 

Black Lives Matter 

Ce titre cryptique («Rêves fiévreux Pts 1 - 4») colle à l’énergie de Marr, qui se réveille en sursaut «à 4 heures du mat’, avec ma femme qui dit : ‘Mais qu’est-ce qui se passe encore ?’ (rires)» car il vient de trouver le titre d’un morceau. 

Le rockeur filiforme a gardé la même coupe de cheveux en forme de casque du temps des Smiths et n’a rien perdu de son sens du riff. Sa six cordes se fait élégiaque («Lightning People»), chirurgicale («Sensory Street») ou emphatique («Tenement Time»). Les textes qu’il chante sont parsemés de références artistiques comme Salvador Dali ou Marcel Duchamp («The Whirl»). 

Ces esprits affranchis, qui appelaient à penser autrement -il cite aussi l’écrivain Aldous Huxley-, sont conviés pour souligner par opposition le «recul incarné aujourd’hui par des gens comme Donald Trump». 

La chronique sociale et politique transpire aussi quand Marr évoque la mort de George Floyd et le mouvement Black Lives Matter dans Night and Day («Just wanna breathe in the hot spots»/ «Je veux juste respirer dans les situations critiques»). 

Mais le natif de Manchester aime aussi surprendre et se fait canaille sur «Receiver», souvenir de ces ambiances «à trois heures du mat’ dans des bars, quand une personne émet un signal érotique à destination d’une autre». 

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