Invasion de l’Ukraine par la Russie : La Biélorussie accueille les premiers pourparlers russo-ukrainiens

01/03/2022 mis à jour: 07:13
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Le chef de la délégation russe, le conseiller du Kremlin Vladimir Medinski, a espéré trouver un accord avec Kiev dans l'intérêt des deux parties

Des délégations russe et ukrainienne ont entamé, hier en Biélorussie, des pourparlers pour mettre fin au conflit en Ukraine. Ces premières négociations, qui ont débuté vers 11h GMT, interviennent au cinquième jour de l’invasion russe. 

La Russie de Vladimir Poutine fait face, pour l’instant, à une vive résistance de l’armée ukrainienne et à des sanctions économiques occidentales d’une ampleur inédite. Selon la présidence ukrainienne, Kiev comptait demander lors des discussions – organisées dans une résidence du président bélarusse, Alexandre Loukachenko, à la frontière ukraino-bélarusse – «un cessez-le-feu immédiat et le retrait des troupes (russes) du territoire ukrainien». 

Le président Zelensky, qui ne participe pas aux négociations, la délégation ukrainienne étant conduite par le ministre de la Défense, Oleksiï Reznikov, a appelé les soldats russes à «déposer les armes». Le chef de la délégation russe, le conseiller du Kremlin Vladimir Medinski, a lui espéré «trouver un accord» avec Kiev «dans l’intérêt des deux parties», sans révéler ce qu’il entendait mettre sur la table. 

L’agence de presse d’Etat bélarusse Belta a diffusé des images des négociations, autour d’une longue table couverte d’une nappe blanche, et les drapeaux des trois pays dans le fond. Les pourparlers semblent aller dans le bon sens, puisqu’un négociateur ukrainien a fait savoir, hier en fin de journée, que la Russie et l’Ukraine prévoient un «deuxième round» de pourparlers. 

La Biélorussie, où sont stationnées d’importantes forces russes, est l’un des principaux alliés de Moscou. Son président, Alexandre Loukachenko, a fait ratifier dimanche par référendum des amendements à la Constitution ouvrant la porte à une nucléarisation du pays, et à l’accueil d’armes nucléaires russes sur son territoire. 
Epargner les civils Les pourparlers ont démarré sur fond de combats pour la deuxième ville du pays, Kharkiv (1,4 million d’habitants), proche de la frontière russe. 

Au moins onze personnes ont été tuées dans des bombardements russes sur des quartiers résidentiels, selon le gouverneur régional, qui a dit craindre des «dizaines de morts». Il a qualifié l’offensive de «génocide du peuple ukrainien», tandis que le porte-parole du Kremlin affirmait que l’armée russe s’efforçait d’«assurer la sécurité des civils». 

Le président français, Emmanuel Macron, président en exercice de l’UE, a indiqué, après un échange avec Vladimir Poutine, que le président russe avait «confirmé sa volonté» d’éviter les frappes contre les civils et les axes routiers. Mais M. Poutine a, de son côté, réitéré une liste d’exigences à tout règlement du conflit, dont la reconnaissance de la souveraineté russe sur la Crimée, annexée par Moscou en 2014, et une «démilitarisation et dénazification» de l’Ukraine. 

Dans la capitale Kiev, la situation semblait plus calme hier après un week-end sous couvre-feu. Mais beaucoup se préparaient à un nouvel assaut russe. La ville était hérissée de barricades de fortune et des panneaux électroniques publics prévenaient les Russes qu’ils seraient accueillis «par des balles». L’armée russe a fait savoir que les civils pouvaient quitter «librement» Kiev et a accusé le pouvoir ukrainien de les utiliser comme «boucliers humains», laissant planer le spectre d’une attaque d’envergure. 

En l’absence jusqu’ici de victoire majeure de l’armée russe, Vladimir Poutine avait franchi dimanche un nouveau cap dans la menace d’élargir le conflit, dont beaucoup craignent qu’il devienne le plus grave en Europe depuis 1945. Il a déclaré dimanche avoir mis ses forces nucléaires en «état spécial d’alerte» face aux «déclarations belliqueuses de l’Otan» et aux sanctions «illégitimes» imposées à la Russie. 

Sanctions économiques

Durant le week-end, les Européens ont durci leurs sanctions économiques contre la Russie. Ils ont exclu plusieurs banques russes du système interbancaire international Swift, et interdit toute transaction avec la Banque centrale de Russie. Les Etats-Unis ont annoncé une mesure similaire hier, de sorte que la Banque centrale devrait voir tous ses actifs gelés dans l’UE et aux Etats-Unis. Les sanctions commencent à peser : la Banque centrale européenne a constaté la «faillite ou faillite probable» de la filiale européenne de la première banque russe, la Sberbank. 

Pour défendre l’économie et le rouble, tombé à des niveaux historiquement bas face à l’euro et au dollar hier, la Banque centrale russe a annoncé relever de 10,5 points, à 20%, son taux directeur. M. Poutine se concentrait sur ces problèmes économiques, selon son porte-parole. «Les sanctions sont lourdes, elles posent problème (...), mais la Russie a toutes les capacités nécessaires pour compenser les dégâts», a affirmé Dmitri Peskov. 

Les Européens ont aussi fermé leur espace aérien aux compagnies russes. La Russie a répliqué en fermant ses portes aux compagnies aériennes de 36 pays. L’ensemble des marchés mondiaux ont replongé hier, craignant que le conflit n’alimente la flambée des prix de l’énergie et la reprise de l’inflation. Si les pays européens sont pour la plupart membres de l’Alliance atlantique – qui a annoncé qu’elle n’enverrait pas de troupes en Ukraine – ils ont annoncé dimanche des mesures inédites de soutien militaire à Kiev : déblocage de 450 millions d’euros pour financer des livraisons d’armes et envoi d’avions de combat. 

Le conflit a jeté sur les routes des flots de réfugiés toujours plus nombreux. Depuis le début de l’invasion jeudi, plus de 500 000 Ukrainiens ont fui vers les pays voisins, a indiqué hier le Haut-Commissaire de l’ONU pour les réfugiés. L’UE a dit s’attendre à plus de sept millions de personnes déplacées. Une majorité se rend en Pologne.

 Mais Roumanie, Slovaquie et Hongrie – tous membres de l’Otan – sont aussi concernés. De longues files de voitures patientent aux points de passage frontaliers avec la Pologne. Le bilan de cinq jours de conflit reste incertain. L’ONU a indiqué hier avoir enregistré 102 civils tués et 304 blessés, mais a averti que les chiffres réels étaient «considérablement» plus élevés. 

L’Ukraine a fait état de 352 civils tués et 2040 blessés depuis jeudi. Elle affirme que plusieurs milliers de soldats russes ont péri. Les Russes, eux, n’ont donné aucun chiffre. 

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