Instantané / Nos ruminants transformés en… panivore

22/03/2023 mis à jour: 07:29
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Le phénomène du pain gaspillé, un problème tant ressassé, n’a de cesse de prendre de l’ampleur dans notre mégalopole. Il est rare de ne pas voir du pain rassis ou des baguettes de miche fraîches dans les coins de nos rues, que cela soit dans les zones urbaines ou suburbaines.

 A croire que le consommateur algérien aime acheter sa baguette ou sa couronne de pain pour balancer la moitié, sinon plus ! Cela fait partie désormais du décor de nos cités, qui, par endroits, ploient déjà sous les monticules d’ordures ménagères et autres immondices que les chargés de leur collecte ont du mal à débarrasser. Rien que pour l’année 2019, quelque 200 tonnes de pain ont été jetées, pour un coût évalué – tenez-vous bien – à plus de 340 millions de dollars et le chiffre est éligible, il va sans dire, à la croissance dans un pays qui demeure l’un des plus grands importateurs de blé au monde. 

Le gouvernement avait, depuis, dévoilé un plan de lutte contre cet énorme gâchis, basé sur la sensibilisation des consommateurs avec comme slogan «Je ne gaspille plus : rien ne se perd, tout se récupère». Soit. Mais quelle récupération et pour quelle destination ? Bien que des bacs à pain soient mis à la disposition de la ménagère, le bas de nos immeubles ne désemplit pas de cette denrée qui  reste ,faut-il dire, omniprésente au cœur de nos repas. 

On voit certains établissements privés consacrer une aire de leur magasin, où y est déposé du pain rassis avant qu’il ne soit refilé aux camionneurs collecteurs qui, à leur tour, le cèdent, comme aliment pas cher, aux aviculteurs et autres éleveurs de ruminants. 

A se demander, à ce train là, si nos poule et dinde, connues comme espèce omnivore et nos mouton et vache, réputés comme espèce herbivore, ne risquent-ils pas de se mouvoir en espèce… panivore. Oui, fini le temps, sommes-nous tenu de conclure, pour la nouvelle ménagère de recourir aux astuces gastronomiques de grand-mère…

 Ce n’est plus dans l’air du temps, aux nouveaux binômes, de souscrire à ce sens de l’épargne ou de non-perte : transformer le stock de pain rassis qui occupe le placard en pudding sucré ou salé, en sfiriya ou encore en tchekhtchoukha, comme dans le bon vieux temps…

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