Loin d’être un incident isolé, ce drame relance le débat sur la sécurité des chantiers dans la ville, notamment celui-ci, déjà pointé du doigt par les habitants de la cité 100 Logements de Kouba.
L’accident tragique survenu sur un chantier immobilier situé au boulevard Mohamed Seddik Benyahia, dans la cité Oued Kouba à Annaba, a coûté la vie à un ouvrier subsaharien en situation irrégulière, Awal Mohamed 21 ans, victime d’une chute mortelle depuis une grue.
Ce drame met en lumière les graves défaillances du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) dans la wilaya d’Annaba, notamment l’emploi illégal de travailleurs étrangers, le non-respect des normes de sécurité et le manque de contrôle administratif. Loin d’être faillible, la législation algérienne encadre strictement les conditions d’emploi des travailleurs, y compris les étrangers.
Selon l’article 08 de la loi n° 81-10 du 11 juillet 1981, «tout employeur doit s’assurer que ses employés étrangers disposent d’un permis de travail et d’une autorisation de séjour en règle». Le décret exécutif 09-93 du 22 février 2009 impose également une procédure stricte d’embauche sous peine de sanctions. «Employer un travailleur étranger sans respecter ces obligations expose l’employeur à des poursuites pénales et administratives», affirme Me Mamine, avocate au barreau d’Annaba.
Et d’abonder : «Si l’accident résulte d’un manquement aux règles de sécurité, l’article 05 de la loi 88-07 du 26 janvier 1988 impose à l’employeur une obligation stricte de protection des travailleurs. En cas de décès causé par une négligence en matière de sécurité, l’employeur peut être poursuivi pour homicide involontaire».
Loin d’être un incident isolé, ce drame relance le débat sur la sécurité des chantiers dans la ville, notamment celui-ci, déjà pointé du doigt par les habitants de la cité 100 Logements de Kouba. En effet, le 10 décembre 2024, les travaux de ce même projet immobilier avaient provoqué l’effondrement de la chaussée du boulevard Seddik Benyahia, l’un des principaux axes menant vers la corniche.
Cette catastrophe avait entraîné la fermeture prolongée de la moitié de la route jusqu’à hier et occasionné d’importants dégâts aux infrastructures d’Algérie Télécom, Sonelgaz, l’ADE et de l’APC Annaba, plongeant de nombreux habitants dans le désarroi.
La proximité de ce chantier – un immeuble de R+14 avec trois sous-sols – avec la cité Kouba et le CEM Babou Chérif, une grande école fréquentée par des centaines d’élèves, n’a fait qu’accentuer les craintes des riverains. Ces derniers, à travers des lettres ouvertes et des doléances adressées au wali d’Annaba, Abdelkader Djellaoui, et même au président de la République, Abdelmadjid Tebboune, ont dénoncé l’impunité du promoteur et les risques vitaux qu’ils encourent quotidiennement.
Le manque de contrôle des services de l’Inspection du travail et des autorités locales a permis à ce promoteur d’échapper aux obligations légales, notamment en matière de déclaration des employés et de couverture sociale particulièrement les subsahariens, dont le défunt Mohamed qui est actuellement placé à la morgue de l’hôpital Ibn Rochd.
L’exploitation des travailleurs migrants, combinée à l’absence d’application des normes de sécurité, est une bombe à retardement. Faudra-t-il attendre une catastrophe collective pour qu’enfin les autorités prennent les mesures qui s’imposent ? A suivre.