L’écrivain et chroniqueur Youcef Merahi n’est plus : Disparition d’un poète au cœur généreux

30/03/2025 mis à jour: 12:44
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Photo : D. R.

Le défunt, qui a à son actif plusieurs livres, a été secrétaire général du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA). Un vibrant hommage lui a été rendu hier, à la maison de la culture Mouloud Mammeri, avant d’être inhumé dans son village natal, Sikh Oumeddour, dans la commune de Tizi Ouzou.

Il est décédé après avoir lutté contre une longue maladie, le poète, chroniqueur et écrivain Youcef Merahi s’est éteint, vendredi soir, à l’âge de 74 ans, à l’hôpital Nedir Mohamed de Tizi Ouzou, où il a été admis après la dégradation de son état de santé.

Sa disparition laisse un vide incommensurable dans le milieu culturel où il participe grandement dans des activités ayant trait particulièrement au monde du livre au niveau local. Il a toujours assisté à des rencontres dédicace organisées à la librairie Cheikh ou bien à la maison de la culture ou la bibliothèque principale de lecture publique.

Le défunt a également accompagné plusieurs auteurs dans les étapes ayant abouti à la publication de leurs ouvrages. Depuis sa retraite, il y a une décennie, Youcef Merahi s’est consacré à l’écriture, en éditant plusieurs livres en tamazight et en français. Il est connu pour son travail dans la production littéraire mais aussi à travers son parcours comme haut cadre de l’Etat pour avoir assuré des fonctions supérieures.

Diplômé de l’Ecole nationale d’administration, le défunt a été directeur de la réglementation et des affaires générales de la wilaya de Tizi Ouzou, et ce, avant d’être nommé secrétaire général du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) en 1999, un poste qu’il a occupé jusqu’à sa retraite. Ainsi, durant plus de 15 ans, il a toujours plaidé pour la promotion de tamazight et surtout la génération de l’enseignement de cette langue dans tous les établissements scolaires du pays.

Un parcours pour la promotion de tamazight

«L’enseignement de tamazight doit être obligatoire pour pouvoir promouvoir cette langue», a-t-il souvent souligné, tout en relevant toutefois que l’enseignement de tamazight a réalisé des progrès depuis son introduction dans les écoles en 1995.

Aujourd’hui, l’homme est parti mais son travail et son œuvre reste toujours comme des témoins incontournables de son itinéraire. Hier, un hommage lui a été rendu à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou pour une cérémonie de recueillement avant que sa dépouille ne soit acheminée vers son village natal, Sikh Oumeddour, à 7 kilomètres à l’est du chef-lieu de wilaya, où il a été inhumé en présence d’une foule nombreuse.

«C’est avec un cœur lourd et une immense tristesse que le Haut Commissariat à l’amazighité a reçu la nouvelle du décès de son ancien secrétaire général, Youcef Merahi», a réagi Si El Hachemi Assad, actuel secrétaire général du HCA. «En mon nom et au nom de l’ensemble du personnel et des cadres du HCA, je tiens à présenter mes sincères condoléances à la famille du défunt.

On se souvient de lui pour son parcours et sa carrière passée au HCA au service de la langue et des cultures amazighes, ainsi que pour ses contributions à la littérature algérienne en général, qui resteront un témoignage de son dévouement à l’administration algérienne.

En ces derniers jours du mois sacré du Ramadhan, nous prions Dieu Tout-Puissant de lui accorder son pardon et sa miséricorde, et d’accorder à sa famille et à ses proches patience et réconfort», a-t-il ajouté. D’autres cadres et fonctionnaires de la même institution, à l’image de Hamid Bilek, Abdenour Hadj Saïd et Mohand Ouramdane Abdenbi, actuellement à la retraite et qui ont travaillé également avec Merahi, ont apporté aussi des témoignages poignants sur le regretté. Des artistes, des écrivains et des universitaires, entre autres, ont également réagi au décès de Youcef Merahi.

«Et l’ombre assassine la lumière»

Ce dernier a, faut-il le rappeler, outre ses chroniques au quotidien Le Soir d’Algérie, à son actif plusieurs publications (romans, nouvelles et recueils de poésie), dont Bris de mémoire, Je brûlerai la mer, Utopies et désillusion, La pétaudière et Et l’ombre assassine la lumière. «Je l’ai peu côtoyé mais grandement connu, beaucoup lu et tant appris auprès de lui : l’humilité, la sagesse, la sensibilité, la tolérance, la gentillesse.

Je ne pourrai pas parler au passé de Youcef Merahi. Son esprit continue en nous qui l’aimons et apprécions sa compagnie. Par sa simple présence, il gavait d’oxygène tous ceux qui l’approchaient, mais ces derniers temps, il en manquait tellement qu’il lui fallait une machine pour survivre.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, les coupures de courant récurrentes l’obligeaient à se débrouiller un groupe électrogène pour respirer. Ironie du sort, dirions-nous! Sauf que la vie est ainsi faite et parfois, elle est ingrate. Il a dirigé, dit, écrit en prose et en poèmes. Il a rendu hommage à de nombreuses personnes.

Youcef Merahi n’est plus, mais restera à jamais dans nos mémoires et dans nos cœurs. Toutes mes condoléances à sa famille et que son âme repose dans une éternelle paix», a souligné Salem Ait Ali Belkacem, homme de cinéma et membre de l’APW de Tizi Ouzou. Très émouvant. «Adieu mon ami ! Repose en paix ! Je suis très attristé par ta disparition», ajoute l’écrivain Mohamed Attaf, l’un des «complices» du défunt. «Je le connais depuis 40 ans, nous avons partagé durant quelques années le même immeuble.

Nous sommes restés amis. Il était ce que l’on peut appeler un gentil, il était affectueux, tendre. Je suis triste qu’il soit parti aussi tôt. Je partage la peine de sa femme et de ses enfants. Je leur présente, ainsi qu’à l’ensemble de sa famille, mes sincères condoléances», a précisé, de son côté, Mahmoud Boudarene, psychiatre et ancien député, qui est, lui aussi, auteur de plusieurs ouvrages. «On le savait très souffrant. Quand un être qu’on a côtoyé et connu nous quitte, il ne reste que les mots, les souvenirs.

Mais lesquels retenir ? Difficile de faire le tri avec Youcef qui s’en va en emportant un peu de nous», publie, sur sa page Facebook, le journaliste et écrivain Rachid Hammoudi. «Terrible nouvelle. Youcef Merahi n’est plus. Le poète, romancier et chroniqueur littéraire au long cours nous quitte en cette veille de l’Aid El Fitr. C’est une très grande perte pour la littérature et la culture et le journalisme d’une manière générale», ajoute, de son côté, Nabila Goumeziane, directrice de la culture et des arts de la wilaya de Tizi Ouzou.

«Il a lutté et combattu contre la maladie qui a eu raison de lui. Merahi brillant chroniqueur, écrivain majuscule et poète lumineux s’en va, il nous laisse un vide incommensurable», a souligné le neurochirurgien Mouloud Ounnoughene, qui a à son actif des livres qui traitent, notamment, des impacts et des effets de la musique sur le cerveau. Amine Zaoui a été affligé par la disparition de Merahi. «Adieu le poète complet ! Repose en paix ! Tu vas nous manquer et terriblement !» a-t-il publié sur les réseaux sociaux.

«Malgré sa maladie, il n’a pas cessé de lire et d’écrire»

En plus de son immense talent, tout le monde connaissait sa constante bonne humeur et sa grande bienveillance. «Il était toujours prêt à encourager les jeunes et les moins jeunes d’entre nous. Il n’a jamais hésité à me dire tout le bien qu’il pensait de mes écrits et à en parler dans ses chroniques ; il m’encourageait sans cesse à aller de l’avant, me prédisant un bel avenir littéraire», témoigne l’écrivaine et professeure d’université, Lynda Chouiten. Beaucoup de témoignages sur le défunt. Ses amis parlent de ce «poète au cœur généreux». «Je le savais malade depuis longtemps. On se voyait souvent, presque à chaque rencontre littéraire, à la librairie cheikh.

La dernière fois qu’on s’est vu, il portait un appareil respiratoire. Il ne pouvait plus monter l’escalier de la librairie, il s’est contenté de rester au rez-de-chaussée. Mais, malgré sa maladie, il n’a pas cessé de lire et d’écrire. Ne pouvant plus se déplacer, il m’a demandé de lui signer mon dernier livre Une si longue nuit. Sa dernière chronique date du mois de mars. Il voulait tellement participer au salon du livre du Djurdjura.

Dans ses derniers écrits sur Facebook, j’avoue que j’ai senti une sorte de poésie tumultueuse, une sorte d’agitation de l’âme et sincèrement, j’ai pensé à l’heure du départ. Il nous sera difficile de ne plus regarder son coin préféré à la librairie Cheikh», nous confie l’écrivain Lounès Ghezali. Aujourd’hui, Youcef Merahi est parti pour ne plus revenir mais, il a laissé une œuvre et des souvenirs intemporels. 

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