île de Taïwan : Huit avions militaires chinois s’approchent des eaux contrôlées par Taipei

25/06/2023 mis à jour: 06:51
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La Chine ne veut pas céder sur la question de Taïwan

Le ministère de la Défense taïwanais a affirmé, hier, que 19 avions, dont des chasseurs J-10 et J-16, ont été détectés autour de son territoire, rapporte l’AFP citant un communiqué. 

Huit de ces appareils ont franchi la «ligne médiane du détroit de Taïwan», une frontière invisible qui sépare l’île du continent, s’approchant jusqu’à 44 km des côtes taïwanaises, a-t-il indiqué dans un communiqué. «En outre, cinq navires de la marine chinoise ont effectué une patrouille de combat conjointe», a poursuivi le ministère qui a dit surveiller de près la situation et avoir déployé ses avions et navires de patrouille en réponse à cet incident. 

Taïwan vit sous la menace constante d’une invasion de la Chine, qui considère l’île comme une province qu’elle n’a pas encore réussi à réunifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. 

Et les relations entre Pékin et Taipei se sont dégradées ces dernières années et la Chine a multiplié les incursions aériennes dans la zone d’identification de défense aérienne (ADIZ) de Taïwan. 

Les franchissements de la ligne médiane sont généralement moins fréquents que les incursions dans l’ADIZ, une large zone définie unilatéralement par les pays et dans laquelle ils demandent que les aéronefs étrangers s’identifient pour des raisons de sécurité nationale, car considérés comme plus provocateurs. 

Début juin, plus de 30 avions de guerre chinois ont pénétré dans l’ADIZ de Taïwan en l’espace de six heures. Il ne s’agit pas du plus grand nombre d’incursions chinoises dans cette zone taïwanaise cette année, 45 avions chinois l’ont pénétrée le 9 avril. 

Séquelle de l’histoire

Le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclame l’avènement de la République populaire de Chine à Pékin. Réfugiés sur l’île de Taïwan, les nationalistes du Kouo-Min-Tang emmenés par Tchang Kaï-chek forment un gouvernement le 7 décembre et interdisent tout lien avec la Chine communiste. En 1950, Taïwan devient un allié des Etats-Unis en guerre contre la Chine, impliquée dans la guerre intercoréenne (1950-1953). 

En 1954, un conflit armé éclate entre la Chine et Taïwan. Pékin se saisit des îles Yijiangshan et des îles Tachen, qui sont situées à quelques encablures du continent. Un cessez-le-feu est mis en place en 1955. Comme est signé un traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les Etats-Unis et la Formose. Un nouveau conflit éclate au cours de l’été 1958. Pékin bombarde les îles de Kinmen et Matsu et tentent un débarquement amphibie sur l’île Dongding. 

Le 5 octobre 1971, le siège de la Chine à l’ONU, jusque-là occupé par Taïwan, est attribué à Pékin. En mars 1979, Washington rétablit ses relations diplomatiques avec Pékin. Depuis, comme l’ensemble de la communauté internationale, les Etats-Unis s’en tiennent à la politique d’une seule Chine, reconnaissant uniquement Pékin comme gouvernement légitime. 

Cependant, Washington entretient des relations étroites, économiques et militaires avec Taipei. En 1991, Taïwan abroge les dispositions instaurant l’Etat de guerre avec la Chine. Mais en juin 1995, Pékin suspend des négociations vers une normalisation pour protester contre un voyage du président Lee Teng-hui à Washington.

Le 14 mars 2005, Pékin a adopté une loi anti-sécession à l’encontre de Taïwan. Le 12 juin 2008, Pékin et Taipei reprennent le dialogue, après la victoire à l’élection présidentielle en mars du candidat du Kouo-Min-Tang, Ma Ying-jeou, partisan d’un rapprochement avec la Chine, qui sera réélu en 2012.

L’œil de Washington

Les relations entre Pékin et Taipei se sont envenimées depuis l’élection, en 2016, de la présidente taïwanaise  Tsai Ing-wen, qui refuse de reconnaître l’unité de principe de l’île et du continent, comme le réclame l’Empire du Milieu. La dirigeante indépendantiste du Parti démocrate progressiste (DPP) défend «l’identité nationale» de l’île et réclame un dialogue «d’égal à égal» avec la Chine. Pékin suspend toute communication avec l’île. 

De son côté, le président Donald Trump appelle au téléphone Tsai Ing-wen, un contact direct qui est une première depuis des décennies. Son administration accepte ensuite de vendre pour 1,4 milliard d’euros d’armement à Taïwan. Et début octobre 2021, Taipei et Washington ont confirmé la présence de soldats américains sur l’île. Le même mois, le ministre de la Défense taïwanais, Chiu Kuo-cheng, a prévenu que l’armée chinoise aurait la «pleine capacité» d’attaquer le pays en 2025. 

En mai 2022, le président Joe Biden a répondu par l’affirmative à la question de savoir si les Etats-Unis défendraient militairement Taïwan. Peu après, la Maison-Blanche a rapidement précisé que la position américaine sur Taïwan n’avait pas changé et a réitéré son engagement envers la politique d’«une seule Chine». 

En août de la même année, la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, a effectué une visite dans l’île.

 Une visite qui suscite des représailles chinoises, avec des manœuvres militaires de grande envergure, encerclant l’île le 4 août et des tirs de missiles une semaine durant. Dans les semaines qui suivent, les Etats-Unis envoient des navires de guerre dans le détroit et annoncent de nouvelles aides militaires. Réélue en 2020, Mme  Tsai Ing-wen a  rencontré le 5 avril dernier le successeur de Mme Pelosi, Kevin McCarthy à Los Angeles. 

Pékin menace de représailles. Le 8 avril, Pékin annonce trois jours d’exercices militaires autour de l’île.

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