Il a été célébré par Aristote et fut considéré comme un animal sacré par Cléopâtre : Le ver de terre, maillon essentiel et menacé de la biodiversité

10/04/2023 mis à jour: 16:14
AFP
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Photo : D. R.

Célébré par Aristote, animal sacré pour Cléopâtre, étudié par Darwin, le ver de terre joue un rôle essentiel dans la santé des sols et de la biodiversité. Mais il voit aujourd’hui sa survie menacée notamment par l’agriculture intensive.

Les gens «sont sensibles à la condition animale des chiens et des chats. À la rigueur à celle des éléphants, des dauphins et des loups, parce que ça leur rappelle vaguement un dessin animé».

Mais le ver de terre, «comment pourraient-ils le connaître puisqu’ils vivent loin de la terre ?», s’interroge l’auteur et ancien agronome français Christophe Gatineau, qui publie en avril en France un deuxième ouvrage consacré à l’inverterbré. Sa fonction est pourtant primordiale.

«Ils sont ingénieurs, digesteurs, nourrisseurs, laboureurs, rajeunisseurs» des sols et sont ainsi à la source du cycle de la nutrition, énumère l’ex-agronome de 61 ans, dont le premier «Eloge du ver» paru en 2018 avait remporté un grand succès en librairie en France.

Fils d’agriculteurs devenu écrivain, M. Gatineau cultive aujourd’hui pour le plaisir son potager en Haute-Vienne, dans le centre de la France. Chaque jour, au bout de sa binette, il croise son animal préféré, sorti des profondeurs.

«On a eu un contact»

Mais, prévient-il, il y a vers de terre et vers de terre. En France, il en existe 150 espèces, et 6000 à 7000 dans le monde. Parmi les lombrics communs, il faut distinguer en surface les épigés, aussi appelés vers de compost, des endogés qui restent dans le sol, et, plus en profondeur, les anéciques. «Les stars du sol, ce sont eux.

A travers leurs galeries verticales, l’eau va pouvoir s’infiltrer, et donc ils ont un impact direct sur la porosité des sols. Ils participent aussi au recyclage des nutriments pour nourrir les plantes via leurs excréments», explique M. Gatineau.

Pour celui qui est «né au cul des vers de terre» dans la campagne vendéenne, dans l’ouest de la France, le déclic est intervenu à l’occasion d’une rencontre un peu particulière. «Je croise un matin un ver de terre, je remarque qu’il a un petit brin d’herbe dans la bouche.

Et bêtement, je tire pour lui enlever. Et là, ça dure 1/100e de seconde, on a eu un contact: quand j’ai voulu lui prendre, en ayant un petit mouvement de recul, il m’a dit ‘non’. Moi, j’ai basculé et à partir de ce moment-là, je me suis mis à écrire sur les vers de terre et à défendre leur cause». Depuis, Christophe Gatineau a endossé le rôle d’avocat des annélides. Blog, livres, lettres aux politiques, il ne ménage pas ses efforts.

Car l’heure est grave, souligne-t-il. «Quand j’étais plus jeune, il y avait de la vie dans les sols, dans l’eau, tout ça semblait éternel, établi. Et puis, un jour, il y a eu moins de vie et les vers de terre ont commencé à disparaître. En une génération, (...) toutes mes images d’enfance ont disparu».

En cause, selon lui, l’évolution des pratiques agricoles : «A partir du moment où des sols vont être labourés régulièrement, où la chimie va être employée, bien évidemment, ce n’est pas propice aux vers de terre». «Il y a un empoisonnement à long terme et ils meurent de faim. Pour donner un ordre de grandeur, dans les sols (cultivés), il y a 50/60 ans, on estimait les populations à une tonne d’animaux vifs (par hectare), aujourd’hui, on est à 200 kg, parfois moins».

Le réchauffement climatique joue également car «pour que les vers de terre puissent se nourrir et vivre correctement, il leur faut un certain taux d’humidité dans l’air et dans le sol».

Premier pas pour redonner ses lettres de noblesse et de meilleures chances de survie à l’invertébré: la création d’un statut juridique, estime l’agronome. «Le ver de terre n’existe pas au regard de la loi. (...) A partir du moment où la loi le reconnaîtra, on pourra peut-être faire évoluer les outils agricoles, évaluer les pesticides, etc. La base, c’est la reconnaissance. Sinon, vous n’existez pas», souligne M. Gatineau. 
 

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