Gouvernement bicéphale, effondrement économique et marasme social : Les Libyens peinent à sortir de l’impasse

20/08/2022 mis à jour: 11:59
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Rassemblent des Libyens pour exprimer leur ras-le-bol

Les rencontres internationales à propos de la Libye n’ont pas cessé durant toute la dernière décennie, spécialement après les élections de juin 2014, qui a vu la défaite des islamistes et le début des hostilités inter-libyennes. 

Deux accords parrainés par l’ONU ont été signés à Sekhirat le 17 décembre 2015 et à Genève le 5 février 2021. Et si le gouvernement Fayez Al Sarraj, issu de Sekhirat, n’a jamais eu l’accord du Parlement, celui de Abdelhamid Dbeyba a obtenu la confiance du corps législatif en mars 2021 dans une réunion à Syrte. Il n’empêche que toutes ces tentatives n’ont abouti à rien. La situation libyenne est encore au point mort, même s’il n’y a plus de guerre fratricide depuis le cessez-le-feu de septembre 2020. 
 

Les intervenants locaux et internationaux se répartissent la manne pétrolière alors que les citoyens subissent les retombées de la crise. On continue de faire miroiter des solutions.
 

Pas plus tard qu’hier, le Parlement libyen a tenu une assemblée générale à Tobrouk et a amendé certaines lois concernant la désignation et les attributions de la Cour suprême pour bloquer d’éventuelles décisions pouvant être prises concernant les prochaines élections ou le rôle des institutions. Il a également examiné le rapport de la dernière réunion en Egypte de la commission mixte entre des députés et des membres du Conseil de l’Etat à propos d’une base constitutionnelle consensuelle pour les élections. 

Cela fait déjà plusieurs années que le Parlement et le Conseil de l’Etat cherchent à s’entendre sur ce fameux support, poussant l’envoyée spéciale de l’ONU à leur rappeler, dans une interview au journal londonien Asharq Al Awsat, la longévité spéciale de leurs mandats. «Les membres du Conseil de l’Etat sont là depuis plus de dix ans, alors que ceux du Parlement depuis plus de huit ans», a-t-elle fait remarqué, estimant que «leurs mandats ont expiré et qu’il est grand temps de tenir des élections». 
 

Plusieurs observateurs ont régulièrement attiré l’attention sur cette situation et accusé ces élus de prolonger la crise pour préserver leurs intérêts. «Ces institutions sont des boîtes à échos de certains groupes d’influence dans toutes les régions libyennes et agissent pour servir ces intérêts, ainsi que les leurs», assure un juge libyen cherchant à garder l’anonymat. Et de souligner que «les salaires de ces parlementaires sont 20 fois supérieurs à l’écrasante majorité des autres employés de l’Etat». Le juge rappelle que «des dizaines de réunions se sont tenues depuis la réalisation de la version de Salala (Oman) du projet de la Constitution libyenne, sans parvenir à un accord, ce qui pose des interrogations légitimes sur leurs véritables intentions». 
 

Évaluation
 

Sur le terrain, cela fait deux ans que le cessez-le-feu de septembre 2020 est entré en application. Les belligérants libyens sont depuis convaincus de l’inutilité de la guerre fratricide. Ils ont donc conclu à observer la paix et faire perdurer la situation confuse. 

Par ailleurs, les groupes armés font toujours la loi en Libye à l’échelle locale, sans parler du poids des troupes étrangères sur l’équilibre général des forces entre l’Est et l’Ouest. Il y a surtout les troupes turques à la base aérienne de Watya, pas loin des frontières tunisiennes et algériennes, ainsi que les milices russes Wagner, dans le camp de Hafter. «Et tant que cette question des forces armées étrangères n’a pas été tranchée, il n’y aura pas de solution permanente en Libye», selon le juge. L’accord de Genève de février 2021 a parlé du départ des troupes étrangères. 

La ministre libyenne des Affaires étrangères, Najla Mangouch, a couramment appelé au départ de ces troupes. Mais, sur le terrain pratique, cette question n’a pas vraiment été posée. Elle a même été à l’origine d’un différend entre la commission militaire «5+5» et le chef du gouvernement Abdelhamid Dbeyba, lorsque les militaires ont demandé l’application de cette clause de l’accord. La question des groupes armés locaux demeure également complexe. Le dossier libyen reste ouvert. 
 

Tunis
De notre correspondant  Mourad Sellami

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