Gestion à vue

24/08/2022 mis à jour: 21:57
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Comment éviter la reproduction des scénarios catastrophes d’El Tarf et de Tizi Ouzou ? Il va falloir que les pouvoirs publics ouvrent ce dossier et agissent rapidement pour doter le pays d’un système efficace d’anticipation et de lutte contre les incendies.

A défaut de quoi il y aura à chaque fois des pertes humaines considérables, alors que la faune et la flore risquent d’être décimées, sachant que notre patrimoine forestier est menacé par les incendies, avec une moyenne de 30 000 ha ravagés par le feu chaque année, et des pics dépassant 100 000 ha comme c’était le cas en 2021 en Kabylie.

Nous ne pouvons pas nous contenter de réagir devant la catastrophe et de remplir la suite par la lecture des bilans, l’élan de solidarité et les décisions de dédommagement. Rien n’est mauvais dans tout cela, mais le mieux est d’éviter la catastrophe.

D’autant que nous savons désormais que ces phénomènes liés au dérèglement climatique vont s’accentuer avec des conséquences désastreuses. Les méga-feux reviendront. Ce n’est pas un oiseau de mauvais augure qui l’annonce, mais le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

Ces experts de l’ONU ont publié le 9 août dernier le premier volet du rapport d’évaluation (le sixième en huit ans), affirmant que les événements météorologiques extrêmes de cet été ne feront que s’amplifier, si rien n’est fait, notamment dans le pourtour méditerranéen où se situe notre pays.

Nous savions que l’Algérie est vulnérable face à ces risques majeurs à cause de la nature, de ses propres caractéristiques et de la main de l’homme. Et nous avons testé dramatiquement la nouvelle donne climatique extrême, ces deux derniers étés. Sommes-nous suffisamment préparés et outillés face à ces défis ? Manifestement non.

L’absence d’un système de veille et d’alerte et d’une stratégie nationale d’anticipation désarme littéralement les populations et l’Etat face à la puissance du feu. Des experts algériens ne cessent d’attirer l’attention sur ce trou béant dans la politique nationale face aux catastrophes naturelles.

Le président du Club des risques majeurs, le Pr Abdelkrim Chelghoum, a pointé maintes fois cette aberration incarnée, notamment, par la remise dans le tiroir de la loi n°04-20 du 25 décembre 2004, relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable.

Une loi dont les textes d’application n’ont, curieusement, jamais été publiés. Et notre professeur a raison de souligner qu’à défaut d’un système de veille et d’alerte et d’une stratégie nationale d’anticipation, notre sort repose sur une gestion à vue de ces catastrophes par les pouvoirs publics.

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