Gaz naturel par canalisation : L’Algérie, acteur stratégique du marché européen et africain

05/02/2024 mis à jour: 01:36
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Le marché du gaz, contrairement au pétrole, est un marché mondial, actuellement segmenté géographiquement dû à la prépondérance des canalisations, ne pouvant donc pas répondre au jour le jour à l’offre et à la demande, ne pouvant donc être assimilable à l’OPEP, où la part du gaz naturel liquéfié représente en 2023 environ 35%, étant prévu 48% en 2030 

1. Le Centre international d’information sur le gaz naturel, Cedigaz, évalue les réserves mondiales de gaz naturel à 205 507 milliards de mètres cubes au 31 décembre 2022, quasiment stables (- 0,2%) sur un an. En 2022, les prix du gaz, le TTF, marché virtuel basé aux Pays-Bas, a été multiplié par 2,4, ressortant à 37,9 $/MBtu, alors que le prix spot du GNL au Japon augmentait de plus de 88%, à 34,1 $/MBtu et que le Henry Hub, référence aux Etats-Unis, progresse de 67%, à 6,5 MBtu. 

Entre mars et juin 2023, nous avons assisté à une stabilisation des prix du gaz naturel autour des 50 euros/MWh, le prix du gaz naturel étant prévu de 45,678€/MWh pour l’année de livraison 2024 et 43,058€ MWh pour 2025). Mais attention, les réserves se calculent par rapport au coût et à l’évolution du prix international, pouvant avoir des milliers de milliards de mètres cubes gazeux de réserves mais dont une fraction n’est pas rentable. 

La durée globale dépendra de plusieurs facteurs, à commencer par la consommation de gaz naturel dans le monde. De nombreux pays sont engagés dans un processus de transition énergétique. 

Conséquence : leur mix énergétique est amené à évoluer et le gaz naturel, comme les autres énergies «historiques», seront ramenées à cohabiter avec des énergies renouvelables. La potentielle découverte de nouveaux gisements est aussi susceptible de faire évoluer à la hausse cette moyenne. 

Les dernières statistiques réactualisées pour 2022 selon Sefe Energy.fr donnent par ordre pour les réserves commerciales de gaz : Russie 32 740 milliards de mètres cubes gazeux, l’Iran 32 100, le Qatar 24 700, le Turkménistan 13 600, les USA 12 300, la Chine 8400, le Venezuela 6300, l’Arabie Saoudite 6000, les Emiraties 5900, le Nigeria 5500, l’Irak 3500, l’Algérie 2500, étant classée à la 11e place mondiale pour les réserves prouvées de gaz naturel et le troisième réservoir mondial pour le pétrole et gaz de schiste 20 000 milliards de mètres cubes gazeux et le Canada 2400. Les réserves gazières sont très largement concentrées dans les pays du Proche-Orient (40%) et en Europe (33%), dont 23% pour la seule Russie. 

Au 31 décembre 2022, le ratio mondial des réserves sur la production commercialisée ressort à environ 50 années, au rythme de la production de l’année 2022. 

La production commercialisé Le demande mondiale de gaz devrait augmenter de façon constante dans les 20 prochaines années, dans un contexte de réserves abondantes et d’une utilisation accrue du gaz pour produire de l’énergie, selon Royal, une hausse de la demande mondiale de gaz d’au moins 2% par an, pendant plusieurs décennies, ce qui devrait porter cette demande à 4500 milliards de mètres cubes de gaz par an d’ici 2030 contre 3861 en 2020 et 4036 en 2021 et 4050 entre 2022/2023 où la part du GNL horizon 2030 est prévu 45% contre environ 35% actuellement. 

Par ailleurs, on ne doit pas confondre réserves de gaz avec la production : exemple pour l’Algérie, 15% devant être réinjectés dans les puits pour éviter leur assèchement, 55% étant les exportations et 45% la forte consommation intérieure, renvoyant dossier des subventions. 

Pour la production au niveau mondial en 2022, nous avons par ordre décroissant : USA 21 027 milliards de mètres cubes gazeux, la Russie 699, l’Iran 244, la Chine 219, le Canada 205, le Qatar 170, l’Australie 162, la Norvège 128, l’Arabie Saoudite 105, l’Algérie 102, mais possédant la troisième réserve mondiale de gaz de schiste environ 19 500 milliards de mètres cubes gazeux, la Malaisie 76 et l’Egypte 68.
 

2.-L’Algérie doit être attentive au marché européen son principal client où que l’Union européenne dépend de ses importations pour 55,5% de sa consommation d’énergie, bien qu’elle ait réduit sa dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes, ce pays s’orientant désormais vers l’Asie la Chine et l’Inde, en ramenant les importations de gaz de 155 milliards de mètres cubes en 2021 à environ 80 milliards de mètres cubes en 2022 et, selon les estimations, à une fourchette comprise entre 40 et 45 milliards de mètres cubes en 2023. 

La commission européenne se propose de réduire sa demande de gaz de plus de 18% par rapport aux cinq années précédentes, économisant quelque 53 milliards de mètres cubes de gaz, les objectifs législatifs ayant été fixés à une part minimale de 42,5 % d’énergies renouvelables dans l’UE d’ici à 2030, l’ambition étant d’atteindre une part de 45%. 

Les objectifs d’efficacité énergétique ont également été revus à la hausse, afin de réduire la consommation d’énergie finale de 11,7% d’ici à 2030. Dans ce contexte, l’Algérie s’est hissée au sommet en tant que premier exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) en Afrique pour la première fois depuis 2010, selon un rapport de l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP), reléguant ainsi le Nigeria à la deuxième place. 

Les exportations ont été de 13 millions de tonnes une croissance, avec 26% pour la Turquie première place 4,6 millions de tonnes, la France deuxième position avec 3,2 millions de tonnes, l’ Espagne 1,4 million de tonnes et la Chine 0,4 million de tonnes. 

Ainsi, l’Algérie est donc devenu un acteur majeur dans l’approvisionnement en gaz de l‘Europe avec 35 milliards de mètres cubes gazeux le Transmed dont la capacité est de 33 milliards de mètres cubes gazeux, exportation environ 24,5 milliards de mètres cubes gazeux, la plus grande canalisation d’une capacité de 33 milliards de mètres cubes gazeux vers l’Italie via la Tunisie fonctionnant en sous capacités et Medgaz Algérie Espagne début étude 2001 fin 2002/203 opérationnelle 01 mars 2011 pour 8,5 milliards de mètres cubes gazeux et depuis septembre 2021 est passé après extension à 10,5 milliards de mètres cubes gazeux, avec une augmentation significative de ses exportations de gaz liquéfié (GNL), selon le rapport mensuel du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF). 

Entre fin 2022 et fin 2023, nous avons la structure suivante de l’approvisionnement du marché européen par canalisation : Norvège 2022, 46,1% et fin 2023  54% - Russie 2022 17,4% et en 2023 à 17% - Algérie 2022 13,4% et en 2023 à 19%, l’Algérie courant près de de 40% de la consommation italienne et étant devenu pour l’Espagne fin 2023 le premier client avant les USA et la Russie. Pour le GNL, nous avons la structure suivante au 01 janvier 2023 : USA 40,2% ; Russie 13,2% ; Qatar 13,1% ; Algérie 6,7% ; Norvège 6,6%. Concernant l’Afrique, (source APS), l’Algérie a exporté en 2023 13 millions de tonnes de GNL contre 10,2 en 2022, occupant la première place en tant qu’exportateur de GNL pour la première fois depuis 2010, dépassant ainsi le Nigeria qui a détenu cette place depuis plus d’une décennie. 

Pour les exportations de GNL, la Turquie occupe la première place, avec plus de 4,3 millions de tonnes, chiffre qui dépasse les engagements convenus entre les deux partis fixés à 3,2 millions de tonnes par an, la France la deuxième place avec 3,2 millions de tonnes, l’Italie en troisième place avec un total de 1,8 million de tonnes, l’Espagne en quatrième place avec un total de 1,4 million de tonnes et la Chine avec un total de 0,4 million de tonnes. 

Pour accroître ses exportations, outre un partenariat gagnant-gagnant pour de nouvelles découvertes, l’Algérie mise sur deux projets : premièrement, sur le NIGAL gazoduc Nigeria - Niger - Algérie - Europe, d’une capacité de 33 milliards de mètres cubes gazeux, mais reste la résolution du conflit Nigeria/Niger qui ne veut pas approvisionner le Niger dans le cadre des sanctions de la CEDEAO. 

Ce projet évalué en 2021 par la commission européenne d’environ 20 milliards de dollars avec un délai moins de 5 ans contre environ 10 milliards de dollars vers les années 2010 contre le projet passant par le Maroc d’un coût de 30 milliards de dollars et un délai de 10 ans de délai, ce gazoduc passant par le Sahara occidental. Toutefois, ce projet est tributaire de l’Europe principal client. Le deuxième projet est celui de Galsi, via la Sardaigne et la Corse, gelé depuis 2012 et qui annonçait alors une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux pour un investissement de 3 milliards de dollars, coût de 2012, devant être relié à la Corse (cf. conférence du Pr A.Mebtoul à la CCI de Corse et son déplacement en Sardaigne pour défendre ce projet) qui vient d’être remis à l’ordre du jour courant 2023. 
 

3. C’est face aux nouvelles mutations énergétiques mondiales, que l’Algérie accueillera, du 29 février au 2 mars 2024, le 7e Sommet du GECF, qui réunit les principaux pays exportateurs mondiaux de gaz, représentant ensemble 70% des réserves mondiales de gaz prouvées, plus de 40% de la production commercialisée, 47% des exportations par gazoducs et plus de la moitié de la commercialisation du GNL qui devraient définir la stratégie gazière entre 2024/2030/2040 où l’Algérie entend axer sa stratégie autour de trois axes dans le cadre de la transition énergétique qui se fera d’une manière progressive. 

Le premier axe sera d’améliorer l’efficacité énergétique qui constitue un gaspillage et développer l’investissement dans les hydrocarbures traditionnels dont le gaz énergie plus propre que le pétrole, qui constitueront encore pour longtemps la principale entrée en devises, accroître les prospections (50% de la superficie n’étant pas encore exploitée) pour découvrir de nouvelles réserves avec pour objectif tant pour courir la consommation intérieure qui approche les exportations actuelles. 

Le deuxième axe est le développement des énergies renouvelables, l’Algérie disposant d’abondantes sources d’énergies renouvelables, solaires (plus de 3000 heures de soleil par an) et éoliennes, qui lui permettent de devenir un leader mondial dans la production de l’énergie propre, pour la consommation locale (le ministère de l’Energie prévoyant horizon 2030/2040, environ 40% de la couverture du marché intérieur étant fin 2022 entre 1/2%) mais aussi pour l’exportation vers l’Europe. 

Le ministère de l’Energie s’est engagé à promouvoir les énergies renouvelables, ce qui consiste à installer une puissance d’origine renouvelable de l’ordre de 22 000 MW à l’horizon 2030, dont 12 000 MW pour le marché national algérien, et avec une possibilité d’exportation allant jusqu’à 10 000MW. Cependant, il reste à mobiliser un financement européen important du Fonds européen pour le développement durable, en coopération avec les banques de développement comme la Banque européenne d’investissement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. 

Le troisième axe est le développement de l’hydrogène vert dont il conviendra de déterminer le coût et le futur prix au niveau international. L’Algérie se propose, selon le ministère de l’Energie, d’investir de 20 à 25 milliards de dollars à l’horizon 2040 autour de l’hydrogène renouvelable, divisée en trois grandes phases : le démarrage via des projets pilotes (2023 à 2030), l’expansion et la création de marchés (2030 à 2040) et l’industrialisation et la compétitivité du marché (2040 à 2050). 

A horizon 2040, l’Algérie prévoit de produire et d’exporter 30 à 40 TWh d’hydrogène gazeux et liquide, avec un mix à la fois composé d’hydrogène bleu, produit à partir de gaz, et d’hydrogène vert fabriqué par électrolyse grâce aux importantes ressources solaires du pays, avec pour objectif de fournir à l’Europe 10% de ses besoins en hydrogène vert, d’ici à 2040. 

En conclusion l’Union européenne (UE), principal client, est prête à consolider et à développer davantage un partenariat énergétique avec l’Algérie, celle-ci ayant toujours été un fournisseur important et fiable de gaz naturel pour l’UE. 

D’une manière générale, les tensions géostratégiques, les nouvelles mutations économiques mondiales dont l’intelligence artificielle qui selon les rapports internationaux déclassera pour environ 60/70% les emplois traditionnels, les mutations énergétiques  le bouquet énergies renouvelables, hydrogène et gaz naturel devant représenter 70% du bouquet énergétique  entre 2040/2050, ce bouleversement mondial intimement lié aux impacts du réchauffement climatique (catastrophes naturelles, incendies, inondations, pénuries d’eau douce)  influe sur les méthodes de gestion des Etats, le monde s’orientant vers un monde fragmenté multipolaire, l’Algérie devant avoir une stratégie d’adaptation au sein des espaces euro-méditerranéen et africain son espace naturel.  
 

 

 Par Dr Abderrahmane Mebtoul , Professeur des universités  

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