Fête de l’Aïd El Adha : Les prix des moutons flambent

07/07/2022 mis à jour: 03:22
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Photo : El Watan

L’envolée des prix des moutons règne sur la totalité des marchés de bétail du pays. A quelques jours de l’Aïd El Adha, les prix sont toujours élevés. Cette hausse inédite est due essentiellement au coût élevé de l’aliment du bétail, mais également aux spéculateurs et faux éleveurs sévissant dans le marché désormais incontrôlé.

Au marché à bestiaux du chef-lieu de wilaya de Bouira, des éleveurs, maquignons et citoyens venus de plusieurs régions, notamment du centre du pays, s’accordent à dire que cette envolée «exagérée» est le résultat de l’instabilité des prix des aliments, atteignant les 10 000 DA le quintal. Parfois plus. Au point de vente situé à la sortie de la ville de Bouira, les prix des moutons ont même dépassé les 100 000 DA, a-t-on constaté.

«Nous n’avons pas le choix que d’augmenter les prix. L’élevage nous a coûté énormément cher cette année, surtout que nous avons passé deux années difficiles en raison de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19», dit un éleveur venu de la wilaya d’El Bayadh, à l’est du pays. Une région connue pour son élevage de qualité de l’ovin. «L’Etat nous a complètement abandonnés. Aucune mesure n’a été décidée, ne serait ce que de stabiliser les prix des aliments», a-t-on déploré.

Pour la plupart des éleveurs et maquignons avec qui nous nous sommes entretenu hier, lors de notre déplacement au marché à bestiaux de Bouira, cette augmentation des prix enregistrée à la veille de la fête de l’Aïd n’est pas surprenante. «Les prix de la viande rouge ont également enregistrés une importance hausse, et ce, depuis des mois, donc c’est la continuité…», a estimé un autre.

Les coûts des aliments cédés dans un passé récent variant entre 4000 et 5000 DA, sont vendus à des prix hors de portée atteignant parfois les 11 000 DA, a-t-on expliqué.

Les éleveurs espèrent donc une hausse croissante de la demande en retour. «Nous avons résistés», disent-ils. Un quintal d’orge, un produit indispensable pour une bonne conduite de leurs activités, vendu auparavant à 3500 DA le quintal est cédé à 10 000 DA. Les acteurs de cette filière ne savent plus à quel saint se vouer.

Marchés incontrôlés, prix exagérés et publicité mensongère

A qui incombe donc cette instabilité des prix ? Ce sont désormais les intermédiaires qui raflent la mise et qui ont tiré profit de cette situation, alors que ce sont les éleveurs qui se sont occupés de leurs bêtes, en assurant le pâturage, la surveillance et la prise en charge sanitaire. L’instabilité des prix s’est répercutée directement sur les éleveurs mais aussi sur les citoyens.

Déjà fragilisés par la dégradation effrénée du pouvoir d’achat, menacés de partout, les citoyens à faible et moyen revenus, habitués au sacrifice du mouton de l’Aïd, seront obligés, cette année, de rompre avec cette tradition ancestrale. «Les prix sont hors de portée. Le mouton est au prix de veau», dit Ahmed, qui s’est déplacé depuis Sour El Ghozlane, obligé de revenir bredouille.

Au marché à bestiaux de Bouira et même au niveau de quelques points improvisés à travers la wilaya, le prix était hors de portée des petites et moyennes bourses. Cette année, les prix vont de 45 000 à 90 000 DA le mouton cornu de grande taille, attirant pourtant des acheteurs de plusieurs wilayas, comme en témoignent les plaques d’immatriculation des véhicules stationnés à proximité du marché à bestiaux.

«Depuis des années, le pouvoir d’achat du citoyen algérien ne s’améliore pas. Une catégorie flirte dangereusement avec le seuil de pauvreté», analyse un citoyen averti, estimant que derrière cette dégradation inquiétante, plusieurs causes sont à pointer du doigt.

Autre élément contribuant à la hausse effrénée des prix des moutons : le fait que les éleveurs ne se déplacent pas dans les grandes villes préférant vendre leurs cheptels au premier offrant. «Nous n’avons pas les moyens nécessaires pour déplacer notre cheptel. Ce sont des dépenses en plus», dit un maquignon, proposant des moutons achetés depuis la wilaya de Saida.

«Ce sont les intermédiaires qui interviennent dans ce circuit et effectuent des opérations commerciales incontrôlées qui fixent parfois les prix», dit un autre, déplorant au passage l’absence de mécanisme de contrôle de l’Etat. Cette hausse des prix alimente les débats des Algériens, qui dénoncent un marché hors contrôle.

Face à l’envolée des prix, le ministère du Commerce et de la Protection des exportations a décidé, fin mai dernier, l’ouverture et l’organisation de marchés de la Rahma. Dans la wilaya de Bouira, l’annonce faite en grande pompe par le ministère de Commerce, en collaboration avec les services agricoles relative, à l’ouverture de points de vente dits «marchés Errahma» n’a été finalement qu’une publicité mensongère. Aucun point de vente n’a été prévu alors que les services concernés ont annoncé l’ouverture de 49 points. 

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