Facture et fractures

30/01/2022 mis à jour: 04:44
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Le ministre de la Santé autorise les pharmaciens d’officine à vendre et à effectuer les tests de dépistage antigéniques. Une bonne nouvelle ? Oui, si l’on considère que la mesure permet aux citoyens une plus grande disponibilité des tests près de chez eux. Mais les riches seulement, car les smicards et même une bonne partie de la classe moyenne rient jaune devant les annonces triomphalistes du ministre. 
 

La couleuvre est bien grosse, car le test n’est pas gratuit comme dans de nombreux pays, et coûte entre 1000 et 1500 DA, non remboursables par la sécurité sociale. On s’attendait à un geste du gouvernement pour soulager les ménages et alléger leur facture Covid-19 par ces temps de contamination générale, au lieu de cela, il reste chiche et de marbre face à la saignée provoquée par le coût de la maladie chez les faibles revenus. Les assurés sociaux découvrent de leur côté l’obsolescence de la carte Chifa, et beaucoup sont contraints de se priver des prestations pourtant indispensables pour vaincre cette maladie mortelle. Une facture Covid-19 peut aller jusqu’à 30 000 DA par malade, comprenant un scanner thoracique, des analyses sérologiques et un traitement complet avec un anticoagulant. C’est dix fois le plafond autorisé par la carte Chifa, un SMIC et demi ! Quand ce sont deux ou trois membres de la famille qui en ont besoin, imaginez le désarroi des parents, et le choix douloureux qu’ils doivent faire. De quoi nourrir le sentiment des Algériens d’être livrés à eux-mêmes.
 

Certes, depuis deux ans, la pandémie du coronavirus a mis à mal toutes les économies mondiales. Certes, les pouvoirs publics en Algérie ont mis la main à la poche pour couvrir des semaines d’inactivité dans certains secteurs, ou encore payer des primes aux personnels de la santé, mais quoi de plus normal ? Y a-t-il un enjeu plus important que la santé des Algériens ? Leur survie ? 

La communication officielle à outrance autour de ce qui est accompli ne doit pas franchir l’immoral objectif de dissimuler ce qui manque, ce sur quoi on a failli. Et la pandémie en a révélé beaucoup de cette faillite de notre système de santé. La médecine publique n’est plus ce qu’elle était. Ses résultats en termes d’équité et d’accès aux soins sont mauvais. Les appareils de radios, scanners, et IRM sont en panne quand ils existent ; les analyses sont suspendues à défaut de réactifs ; idem pour les soins dentaires et ophtalmologiques, la CNAS qui disposait des meilleurs services a cédé à la tendance générale et la plupart de ses dentistes et radiologues se tournent les pouces faute de matériel et de consommable. Il va falloir que la CNAS nous explique où va l’argent des assurés si de fait la moitié de ces services n’existe plus. Il va falloir que l’Etat nous explique où va l’argent de la santé si le service public n’offre plus de services. Quant à nous vendre des tests, ça c’est le rôle des commerçants.

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