Escapade dans le Fahs algérois / Mahelma ou l’histoire du haouch de la tribu des Ma-el-ma

05/07/2023 mis à jour: 02:58
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La poste de Mahelma à gauche de l'image et la place de la mairie à droite

On avance de nombreuses versions qui avaient été concoctées ces dernières années au sujet de la dénomination de Maelma(*). Celle-ci ne devait certainement pas s’orthographier Mahelma qui signifie pour d’aucuns l’endroit de l’eau ni même Maâlma qui sous-entend patrons. La réalité est qu’à l’origine, son toponyme réunissait deux mots ayant le même sens : Ma-el-ma, dont la traduction littérale en langue française est «l’eau, l’eau». Aussi, faut-il souligner que pour comprendre l’origine exacte de cette appellation, il faut se rappeler la fin d’un long voyage des membres de la tribu primitive qui étaient venus du sud du pays pour élire domicile dans un lieu qui allait perpétuer leur souvenir. On raconte que ceux-ci n’ayant jamais vu auparavant la mer, hurlèrent : Ma ! Elma ! Ma ! Elma ! Par ce cri légendaire, ces nomades donnèrent sans vraiment le vouloir, naissance au nom de Maelma (Ma-el-ma).

 

Maelma, une coquette petite localité implantée à 19 km au sud-ouest de la capitale et à 8 km de Douéra, dans une région autrefois vouée à l’agriculture et au pastoralisme qui se pratiquaient sur des terres fertiles arrosées de nombreuses fontaines. Son territoire est sillonné de multiples cours d’eau, grands et petits ; les plus connus  sont l’oued Laâgar, l’oued Essafsaf et l’oued Mazafran, littéralement le fleuve de l’eau de Safran. 

L’agglomération de Maelma fut placée dès sa fondation en 1844 sous la tutelle administrative de la commune de Douéra dans l’arrondissement d’Alger. Au temps de la Régence turque, son espace géographique dépendait d’Outane Ben khelil, lequel territoire s’étendait primitivement jusqu’à Bouinane, au nord, et Ouled Fayet, au sud. 

Ce dernier est une vaste contrée naguère gouvernée par l’une des plus puissantes peuplades de la région, anciennement composée d’une dizaine de ferkas, qu’on surnommait les Ben Khelil, installés alors dans la Mitidja près de Boufarik. Outane Ben Khelil était, à cette époque administré par des caïds qui se succédaient rapidement au gré des conflits qui les opposaient intérieurement. En 1834, El Arbi Ben Brahim succédait à Ali Boudchicha qui fut immédiatement remplacé par Ali Ben El Khaznadji. 

De nombreuses versions avaient été concoctées ces dernières années au sujet de la dénomination de Maelma. Celle-ci ne devait certainement pas s’orthographier Mahelma qui signifie pour d’aucuns l’endroit de l’eau ni même Maâlma qui sous-entend patrons. La réalité est qu’à l’origine, son toponyme réunissait deux mots ayant le même sens : Ma-el-ma, dont la traduction littérale en langue française est «l’eau, l’eau». Pour comprendre l’origine exacte de cette appellation, il faut se rappeler la fin d’un long voyage des membres de la tribu primitive qui étaient venus du sud du pays pour élire domicile dans un lieu qui allait perpétuer leur souvenir. 

On raconte que ceux-ci n’ayant jamais vu auparavant la mer, hurlèrent : Ma ! Elma ! Ma ! Elma ! Par ce cri légendaire, ces nomades donnèrent sans vraiment le vouloir, naissance au nom de Maelma (Ma-el-ma). Les visiteurs de passage dans cette charmante petite ville proche du littoral, qui conserve jusqu’à nos jours son aspect d’antan, peuvent aisément remarquer que dans bien d’endroits situés dans ses faubourgs, l’eau stagne naturellement à la surface du sol, parfois durant toute la saison hivernale. 

Après tout, ne dit-on pas souvent que Maelma est le lieu de l’eau par excellence ? Pour avoir le champ libre à la colonisation, l’administration en place à Alger oblige cette communauté autochtone à aller s’établir à un kilomètre plus loin de leur lieu de vie primitif, dans un douar qui est de notre temps  connu sous la désignation de Sidi Abdellah, du nom d’un illustre saint personnage des environs de la capitale. 

Sur le versant méridional d’où l’on peut découvrir la sublime Mitidja, se trouvait aussi le campement de l’ancienne tribu des Zaâtria. Leur hameau tout comme celui de la tribu sédentarisée à Sidi Abdellah disposait à cette époque d’une mosquée et d’un cimetière. Un autre saint appelé Sidi Abd-el-Moumen, avait sa coupole plantée dans la plaine en avant de Maelma. L’enceinte de ce marabout servit vers la fin du mois de novembre 1835 de base arrière des assauts menés contre les positions de l’armée française par les troupes de Sidi Mahieddine Esseghir Ben Ali M’barek. 

Le nouveau centre de population de Maelma fut érigé par les disciplinaires militaires à deux pas d’un vieux bordj abritant jadis une garnison de soldats turcs. Cette citadelle était érigée au point culminant du village, à proximité d’un grand puits dont il n’en subsiste actuellement aucune trace. Maelma était aussi le point central de la ligne de démarcation qui était représentée par le cours de l’oued Laâgar. 

Celui-ci constituant en ce temps-là une limite naturelle de l’espace soumis à l’administration française telle que fixée par les conditions de la convention de la Tafna de 1837. Ce point de référence changera au lendemain de l’occupation définitive de Koléa en 1838, puisque cette dernière en constituera la nouvelle frontière. En 1835, on aménagea un camp militaire avec chapelle en bois, à deux pas de l’ancien cimetière des zouaves, lequel dominait deux versants simultanément, l’un dans la direction du nord avec vue sur mer, et l’autre vers le sud avec un panorama fantastique sur la Mitidja. 

La vie durant les premières années, dans cette agglomération naissante était misérable, comme dans tous les bourgs voisins en voie de construction. Les villageois portaient des vêtements maintes fois rapiécés et marchaient pieds nus dans les rues. Les chaussées avaient été aménagées de sorte qu’elles soient praticables aux calèches et aux diligences qui traversaient de temps à autre la bourgade. 

Les rares vestiges de la civilisation romaine qu’on pouvait découvrir en ces lieux furent utilisés comme matériaux de réemploi pour bâtir les nouvelles habitations. Maelma comprenait primitivement quelques infrastructures et services d’utilité publique dont un bureau de poste, une brigade de gendarmerie, une auberge, une fontaine appelée Aïn Essafsaf (ex-fontaine Bugeaud), un lavoir, un abreuvoir et un foyer destiné aux personnes âgées et nécessiteux. 

Cette localité acquit à une certaine époque une réputation dans le domaine de l’artisanat de vannerie, grâce à des produits fabriqués à base d’une variété végétale, obtenue des feuilles et des tiges du palmier nain. Le tissu urbain de la ville est en perpétuelle métamorphose, de nombreuses extensions y ont été réalisées ces derniers temps. De par sa position stratégique dans le Sahel algérois, celle-ci avait été sélectionnée tout comme sa voisine, Rahmania (ex-Sainte Amélie) pour accueillir une technopole destinée aux technologies de l’information et de la communication. Dans le but d’alléger la saturation de la capitale, d’innombrables programmes immobiliers privés et publics y sont également en cours de réalisation.

Maelma a depuis longtemps tourné le dos à l’agriculture, seuls quelques rares irréductibles continuent à entretenir des micro-élevages familiaux et à travailler de petites parcelles isolées. Autrefois, on dénombrait dans le territoire de la commune de Maelma, quantité de fermes, au nombre desquelles figuraient Essaïdia, Guerouana, El Kadri, El Ouadjeb, Ettout, Benchaâbane, Khettab, Boudeleïet, Sidi Ali M’barek et haouch Khoudja Berry. Essaïdia était le plus important de tous ces domaines, son appellation sous-entend en dialecte local la communauté ou l’ensemble des individus qui portent le nom de famille Saïd. 

En 1933, un chemin empierré reliait cette vieille exploitation agricole au village de Maelma, sur un développement de 3000 m. Jusqu’en 1806, une partie du haouch des Essaïdia appartenait à Sid El Bachir El Djouani, tandis que l’autre moitié était la possession depuis 1827 de Yamina Bent Saïd. 

D’autre part, un acte passé devant cadi et notaire nous révèle que les héritiers de ces biens immobiliers parmi lesquels Sidi Tahar Ben Mohamed, le rétrocédaient en 1832, à un colon répondant au nom de Sagot.  Ce dernier personnage avait acquis par second acte auprès des vendeurs sidi M’barek, Ben Sidi Moussa et Tahar Ben El Kaïn diverses autres propriétés. 

A vrai dire, la ferme Essaïdia était elle-même constituée de trois sections de haouchs : Maârbia Essaïdia, Rebaïd Essaïdia et Djemaâ Essaïdia. La première parcelle avait des limites communes avec l’haouch Zaâtria et l’haouch Khoudja Berry ex-Malfa qui s’implantaient respectivement à l’ouest et au nord de la ville. La seconde partie se situait à la limite sud du douar Sidi Abdellah et à l’est des Zaâtria. La troisième partageait ses frontières avec les Zaâtria, qui avaient leur domaine quasiment entouré par les Essaïdia. Un autre haouch tout aussi renommé que les précédents portait le nom de Haouch Khoudja Berry, dont l’existence remonte vraisemblablement à la période ottomane. En 1834, la famille de Sidi M’hamed Khoudja Berry qui se composait de 21 personnes, résidait à Alger. 

Ce fut un domaine prospère qui réunissait dans le passé diverses infrastructures et installations agricoles telles que caves, dépendances, entrepôts de stockage, hangar, poulaillers et écuries. Bien plus tard, ce dernier sera exploité tour à tour par le docteur Paul Mares ainsi que Malfa dont le nom est resté longtemps attaché à cette ancienne exploitation agricole. 

Un autre vieux palais turc de Khoudja Berry dont l’agent de renseignement Boutin avait signalé dans ses plans en 1808 existait à l’emplacement de l’ancien souk el fellah, ex-marché du paysan de la ville de Chéraga. 
 

 

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