Escapade dans le Fahs algérois : El Achour (*) ou l’histoire du haouch Laâchour

17/06/2023 mis à jour: 19:58
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Le nom de la ville lui vient d’une ancienne contribution qui était imposée à l’époque ottomane, appelée l’Aâchour, celle-ci correspondait au dixième de la récolte du blé ou de l’orge. L’usage de la contrainte pour la collecter était monnaie courante en ce temps-là. Le terme «L’Aâchour» trouve sa racine dans le mot âchra, qui désigne en langue arabe le nombre dix. El Achour ou mieux El Aâchour est une petite ville de l’Algérois entourée d’un magnifique paysage naturel, implantée à 13 km au sud-ouest de la capitale. Sa fondation résulte de la mise en œuvre d’un projet colonial datant de 1839, qui consistait à faire ériger autour d’Alger un obstacle formé de villages tous rapprochés les uns des autres.

 

L’emplacement du centre de peuplement initial obéissait sans doute à une stratégie sécuritaire qui visait à combler le vide alors existant entre Birkhadem, El Qûbba et Dély Ibrahim. Il fallait se protéger coûte que coûte contre les offensives répétées dirigées par les tribus révoltées. Sous l’ère coloniale, cette agglomération était réputée la plus petite commune d’Algérie, avec son territoire autrefois dominé d’immenses prairies naturelles propices à l’agriculture et l’élevage des animaux. 

La cité était également connue pour sa source ferrugineuse utilisée alors comme boisson naturelle. En 1865, cette fontaine, dont le débit avoisinait les 12 litres par minute, était encore sans emploi. Son eau était composée d’un mélange de peroxyde de fer à l’état de sulfate et de carbonate ou de sel organique. Le point où cette eau jaillissait en permanence était positionné à un niveau plus bas que la placette publique, autrement dit, à quelques peu de distance de celle-ci, au lieu-dit le bassin, en allusion à l’ancien abreuvoir qui s’y trouvait anciennement. 

A l’origine, l’espace géographique de cette commune du fahs algérois était très restreint, il ne dépassait guère les 123 ha. Un arrêté  du 12 avril 1842, reconnut le centre de population d’El Achour qui fut aussitôt rattaché, à titre provisoire, au village voisin de Dély Ibrahim. Cette petite bourgade décroche son statut de commune de plein exercice en 1876. En 1963, elle est annexée au département d’Alger, placée sous la tutelle de la commune de Draria. 

En 1984 elle rejoint la wilaya de Tipaza, conformément à la loi de 1984, portant réorganisation territoriale des communes. Elle était alors constituée de six localités : El Achour ville, Domaine Boudjemaâ Khelil, Oued Erromane, Haouch Chaouch, Domaine Deriouche, Mohamed en partie, Domaine Aïmeur Ahmed. Finalement, en 1997, la commune d’El Achour est distraite de la wilaya de Tipasa pour redevenir une banlieue de la wilaya d'Alger. 

Au mois de janvier 1874, on a découvert sur un terrain vague en périphérie du village d’El Achour une pierre avec facettes représentant des gravures associant des images d’animaux et des inscriptions à caractère grec. Le nom de la ville lui vient d’une ancienne contribution qui était imposée à l’époque ottomane, appelée l’Aâchour, celle-ci correspondait au dixième de la récolte du blé ou de l’orge. L’usage de la contrainte pour la collecter était monnaie courante en ce temps-là. 

Le terme «l’Aâchour» trouve sa racine dans le mot âchra, qui désigne en langue arabe le nombre dix. Les cheikhs ou les caïds el aâchours comme on les appelait autrefois chez la population autochtone, se chargeaient de constater les labours chaque fin d’année, afin d'asseoir le tribut à verser. Les évaluations se faisaient à la fois, selon l’étendue des terres cultivables, ainsi que la superficie de la parcelle que peuvent labourer deux bœufs sur une période de trois mois. 

Les natifs s’acquittaient de leur contribution en transportant la quantité de grains due dans le makhzen, qui est une sorte de magasin généralement tenu par un caïd spécialement désigné à cette tâche. Un établissement de ce genre existait autrefois à El Achour, il avait été placé sous séquestre par l’administration coloniale au tout début de la création du centre. 

Pour bâtir ce nouveau village le choix se porta sur l’haouch L’Aâchour qui était une vieille ferme beylicale, environnée d’autres propriétés élevées sur le versant d’une colline, juste à l’endroit où les sources gauches de l’oued El Karma prennent naissance. Il était de coutume en pareilles circonstances, que le gouvernement en place procède à la mise sous séquestre de tous les biens fonciers appartenant aux tribus locales pour accueillir les nouvelles colonies européennes. Le déclenchement de l’insurrection menée par l’Emir Abdelkader à l’automne 1839, a précipité la mise en place d’un système défensif autour de la plupart des nouveaux centres coloniaux érigés dans le Sahel algérois. 

Seulement, les moyens ne permettaient pas la protection de toutes les nouvelles agglomérations par des remparts flanqués aux extrémités de tourelles défensives ou de blockhaus. On se contentait alors de faire aménager pour certaines communes comme Chéraga, Ouled Fayet et El Achour, des fossés avec miradors.

Gardé par des fortins construits en pierre en forme de blockhaus, le fossé était creusé alentour des nouveaux quartiers. Sa profondeur atteignait deux mètres environ, difficile à franchir par l’homme ou l’animal. Trois ou quatre portes donnaient l’accès au bourg. La modeste église d’El Achour, qui n’existe plus depuis 2013, datait de 1864. Sa structure fragile couronnée d’une toiture à tuiles rouges servit longtemps de logement à quelques ménages. 

Cette dernière était elle-même élevée au sommet d’une colline sur les fondations d’un vieux blockhaus de défense, qui surplombait la bourgade dans le passé. A une époque donnée, le lieu de culte chrétien faisait face à une vaste nécropole dolménique datant du quatrième et cinquième siècle. Cette dernière accueillait au cours de cette période, plus d’un millier de sépultures qui s’étendaient sur deux mamelons autrefois visibles sur la droite de la route de l’Oued Erromane. 

La ville d’El Achour est accessible par l’antique route d’Alger, à l’écart de laquelle se trouve au reste, le noyau primitif. On peut également atteindre le centre-ville, en empruntant une route sinueuse tracée dans un merveilleux décor naturel sur le flanc de la colline qui sépare la localité du parc des Grands Vents. Cette dernière bordée de gigantesques eucalyptus et ficus, traverse un petit pont enjambant le fameux ruisseau de l’oued El Kerma. 

Au cœur de la ville, de quelque côté que l'on dirige son regard, on aperçoit une profusion urbaine dominée en divers endroits, par des immeubles colossaux aux proportions gigantesques. Cette situation a profondément modifié le paysage d’antan, au point qu’il serait presque impossible de reconnaître une rue, si on n’a pas visité les lieux depuis fort longtemps.

Exceptionnellement, au détour de ruelles dérobées on peut encore aujourd’hui, trouver de petits enclos d’élevage d’animaux accolés à de vieilles maisons coloniales. 

A proximité de ces modestes habitations subsistent jusqu’à présent de minuscules potagers, des bosquets d’orangers ou de citronniers qui nous rappellent davantage le passé à vocation agricole d’El Achour. Le lotissement de l’Oued Erromane est plus ancien que l’agglomération à laquelle il appartient. C’est dans cette partie de la commune que commença au départ l’urbanisation, étant donné que le hameau originel de l’Oued Erromane, fut fondé à l’époque ottomane. Ce célèbre quartier du fahs algérois, tire sa dénomination d’une large vallée, jadis peuplée de vergers de grenadiers. Oued Erromane est aussi le nom d’un typique petit oued qui sillonne les vallons et vallées du Sahel algérois. En 1960, Oued Erromane formait un petit douar niché dans les oliviers, comptant une population estimée à 4 000 âmes seulement. 

A l’époque, leurs maisons s’agglutinaient autour d’une petite mosquée et un marabout aménagé tout près de l’enceinte du cimetière de Sidi M’barek. Un petit muret d’enceinte couronné d’une grille en fer forgé entoure cette nécropole musulmane ombragée par des pins, des sapins, des eucalyptus, des lauriers et des oliviers. La partie la plus ancienne de ce site funéraire se caractérise par une forte concentration d’oliviers plusieurs fois centenaires. Non loin de là, dans un espace qui borde la route, se voit un second enclos distinct de forme carrée accueillant les sépultures des martyrs de la guerre d’indépendance. 

Une grande mosquée de construction moderne baptisée Masdjid feth el Kouloub, jouxte ce lieu sacré. Sidi M’barek est le nom d’un saint personnage qui a vécu entre 1552 et 1629. Arrivé de l’ouest de l’Algérie vers la fin du XVIe siècle, ce dernier décida de s’établir définitivement dans la ville de Koléa, où il fonda une zaouïa.


 

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