Escapade dans le Fahs algérois : Béni Messous ou la tribu de oued el Messous

30/05/2023 mis à jour: 02:58
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En 1830, le petit douar des Béni Messous qui était assis non loin d’un antique aqueduc romain sur la rive droite de l’oued éponyme, avait déjà sa petite mosquée, la première dans toute la contrée avec son amas de gourbis qui l’environnaient. Nombreux sont les saints personnages qui avaient à une certaine époque choisi la région comme lieu de retraite à l’instar de Sidi Ben Sellam, Sidi Saâdi, Sidi El Mekhfi ainsi que Sidi Ben Ali dont l’agent de renseignement Boutin avait fait Sidi Benedi dans ses plans qui avaient servi à l’invasion du pays en 1830.

 

Ce petit hameau sur collines verdoyantes du fahs algérois était à l’époque ottomane le lieu de vie primitif d’une ancienne tribu constituée de maures et de kouloughlis vivant au pied du massif de Bouzaréah, sur les berges du célèbre cours d’eau qui était à l’origine connu sous l’appellation de l’oued el Messous. Avec le temps, le nom un peu long de Béni el oued el Messous que cette peuplade avait hérité à cause de sa situation près dudit ruisseau, fut abrégé pour devenir Béni Messous.

D’aucuns historiens pensent que c’est la communauté autochtone dont nous parlons qui aurait pris le nom de la rivière et pas le contraire. Cet oued dont le cours était autrefois favorable à la baignade fut nommé ainsi en raison de ses eaux non salées, à l’inverse de l’oued el Maleh qui coule dans la commune voisine d’El Hammamet et dont l’appellation est sans doute inspirée de ses eaux salées.

Bien de localités implantées dans le Sahel algérois avaient été baptisées des noms combinés des tribus qui les peuplaient et des rivières qui les traversaient.

Il faut cependant signaler que ce long fleuve communément dénommé oued Béni Messous, est l’un des plus grands oueds d’Alger. Celui-ci reçoit sur sa rive droite trois cours d’eau : oued El Larendj, oued Chamekh et oued El Qarès. Sur sa rive gauche se jettent deux affluents : oued Eddefla traversant le domaine El Khaznadji, ex-haouch Eddiouazen et oued Baïnem, parcourant Haouch Mahmoud.

Une quantité considérable de constructions mégalithiques appelées dolmens se voyaient jadis à Béni Messous. Il y a fort longtemps, ces monuments de l’Antiquité abritant des sépultures étaient aménagés sous forme de dalles en roches brutes de grandes dimensions, plantées en partie dans le sol avec des pierres de recouvrement en guise de toitures. Au XIXe siècle, des restes appartenant aux hommes préhistoriques furent également découverts par des chercheurs en archéologie, aux abords de l’oued Béni Messous.

L’existence en Europe de dolmens plus anciens ayant une forme tout à fait analogue à ceux dont nous venons de parler est la preuve de l’avènement en Afrique du nord, via Gibraltar, d’un genre humain européen, aux cheveux blonds et aux yeux bleus. L’influence héréditaire de cette espèce humaine a été démontrée depuis des millénaires sur les populations nord-africaines. Les individus ayant des cheveux et des yeux noirs, les berbères entre autres, sont arrivés graduellement de l’Asie, de l’Orient, du golfe d’Aden et du royaume de Saba. 

Cette partie de la banlieue ouest d’Alger était dans le passé réputée non seulement pour ses dolmens préhistoriques comme nous venons de le voir, mais aussi pour ses vestiges romains, ses marabouts champêtres, ses nombreuses fontaines, ses rivières ainsi que ses fermes mauresques qui avaient à une époque donnée, acquis une grande renommée.
Haouch Mahmoud est l’un de ces domaines historiques qui ponctuaient le paysage de cette agglomération. Il eut pour propriétaire un Khoudja qui exerçait la fonction de secrétaire du dey d’Alger et se faisait par conséquent appeler Haouch Khoudja. Les bâtiments qui le composent avaient été réalisés grâce à des matériaux provenant d’antiques habitations romaines qui existaient sur place. Longtemps il fut connu sous la dénomination Vidal, du nom d’une famille de colons qui s’y était fixée depuis 1878.

Cette grande ferme où la végétation abondait de tout côté, se particularisait jadis par des sources jaillissant naguère dans un espace parcouru en tous sens par des ruisseaux bucoliques au nombre desquels l’on citera l’oued Béni Messous, l’oued Baïnem, l’oued Djaâfar et le petit bras de rivière de Zouaoua.A l’autre bout de cette ancienne exploitation agricole existe une curiosité archéologique des plus attrayantes, qui remonte très probablement à la civilisation romaine. Il s’agit d’une portion d’aqueduc vétuste avoisinant un vieux bassin qui était anciennement affecté à l’agriculture et à l’industrie du crin végétal. 

Une allée bordée de vieux caroubiers nous conduit à cette partie du domaine qui, à vrai dire, constitue une simple section de Haouch Mahmoud, à laquelle on avait donné le nom de Haouch Ben Omar. Celui-ci a été créé sur un plateau faisant face à Aïn Benian, remarquable surtout par la présence d’immenses platanes, ainsi qu’une belle source donnant une eau pure et fraiche. Il y a plus d’un siècle, cette fontaine actionnait grâce à un dispositif hydraulique, un moulin à céréale qui arrosait une série de pépinières de diverses plantations. En réalité, mis à part Haouch Ben Omar que nous venons de mentionner, Haouch Mahmoud était formé de plusieurs autres sections de haouchs : Haouch Bendjaâfar, Haouch Ben Ali et Haouch Ben Khoudja.

Deux autres domaines distincts d’une certaine importance avoisinaient cette immense propriété, surnommés respectivement Haouch Aïn el Qalaâ, ferme de la fontaine de la citadelle et djenane el Khaznadji ou jardin du trésorier du dey d’Alger.  Ce dernier abrite jusqu’à l’heure actuelle un modeste vieux palais turc élevé près des berges de l’oued Béni Messous et son affluent l’oued Eddefla. Les habitations sommaires qui se trouvent disséminées au hasard alentour de cette ancienne villa de plaisance, ont complètement altéré le décor champêtre qui dominait anciennement les lieux.

Durant les premières années de l’occupation, quelques personnages richissimes originaires de pays lointains sont venus tenter leur chance dans un pays neuf qu’était l’Algérie. Ces fortunés sollicitaient au gouvernement colonial en place, des terrains de grandes étendues pour la création de villages nouveaux. Tel fut le cas de Brémontier, un colon résidant à Alger depuis 1832, qui s’engageait à aménager à ses frais des infrastructures, dont un village qui devait recevoir le nom d’Alençonville. Cette agglomération devait être créée de toutes pièces dans l’espace compris entre Béni Messous et Aïn Benian.

Deux contestations avaient mis fin à ce projet, l’une d’elles émanait du chef de la tribu des Béni Messous, le cheikh Mahmoud Bendjaâfar. Dans une protestation qu’il a adressée le 7 juin 1845 au conseil d’administration du gouvernement de Bugeaud, ce dernier revendiquait officiellement les terres convoitées. La seconde protestation provenait d’un certain Malboz, un grand propriétaire foncier qui possédait dans les environs de haouch Khoudja Berry ainsi que le jardin de djenane El Khaznadji. Les terrains qui dépendaient de sa propriété personnelle se chevauchaient naguère avec celles de la commune d’Aïn Benian.

Peu de temps avant le débarquement des troupes royales françaises, en 1830, Mahmoud Bendjaâfar qui serait vraisemblablement d’origine andalouse, avait été désigné par la Régence d’Alger à la tête d’un contingent regroupant tous les jeunes gens de Béni Messous en âge d’être enrôlés. 

La base à laquelle cette troupe fut affectée, se trouvait à Mars Eddebbane, le port-aux-mouches dans l’actuelle ville de Raïs Hamidou, Pointe Pescade lors de la colonisation. Ceux de Bordj Erriah ou Bouzaréah actuellement avaient été envoyés au bordj Qalaât el foul, à Raïs-ville de Bologhine.


 

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