Entrée en application de la nouvelle constitution en Tunisie : Saïed confronté au manque de moyens et à l’obligation de résultats

24/08/2022 mis à jour: 02:25
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Photo : D. R.

Crise socioéconomique latente ; finances publiques au bord de l’effondrement ; absence de perspectives ; la Tunisie de Kais Saïed peine à concevoir, elle-aussi, un programme de véritable redressement, onze ans après la chute de Ben Ali et un an après l’éviction des islamistes du pouvoir.

Le président tunisien Kaïs Saïed a ratifié, le 17 août courant, la nouvelle Constitution, ouvrant ainsi la voie à l’application de sa propre conception de la gouvernance en Tunisie. Il a promis, lors de la cérémonie de ratification, d’installer rapidement la Cour constitutionnelle, afin d’assurer le contrôle d’application de la nouvelle Constitution.

Le président tunisien s’est muni de la logistique institutionnelle nécessaire pour asseoir son pouvoir. «Toutefois, il manque l’essentiel, l’autorité de l’Etat pour faire respecter les lois», remarque l’ancien député Mustapha Ben Ahmed, qui insiste sur le fait que «la Tunisie est devenue une aire de non-droit et rien n’a changé durant l’année écoulée avec Saïed détenant tous les pouvoirs».

L’homme d’affaires tunisien et dirigeant de la centrale patronale, Nafaâ Ennaifer, ne cesse depuis plusieurs années d’attirer l’attention sur la dégradation de l’environnement des affaires en Tunisie. «Les hommes d’affaires peinent à importer les matières premières et exporter les marchandises ; il faut systématiquement graisser la patte des réseaux dominant le circuit», explique-t-il, en précisant qu’un container «coûte entre 40 et 100 euros et tu as à tenir compte de cela dans les coûts de production».

Ennaifer ajoute que «l’investisseur étranger veut avoir des décomptes clairs des coûts de production, y compris la corruption, ce qui n’est plus le cas en Tunisie après 2011, et c’est ce qui explique le recul des IDE, qui préfèrent s’implanter au Maroc ou en Egypte». Ce n’est pas facile en Tunisie.

Par ailleurs, les étrangers reprochent à la Tunisie la lenteur de son administration et son manque d’efficience. Pourtant, avec 18,2% du PIB, l’administration publique coûte cher. Elle est également caractérisée par sa lenteur.

L’administration publique bloque plus qu’elle ne produit. Elle agit ainsi pour justifier son existence d’une part et ouvrir la voie à la corruption, d’autre part. L’administration publique tunisienne refuse la numérisation, lui préférant la «touche humaine de contrôle», avec ses dérives corrompues.

«Le Tunisien est submergé de paperasse et tout le monde te réclame divers imprimés, alors qu’il suffit de centraliser le réseau, pour que toutes les administrations puissent accéder aux divers trucs te concernant», assure l’étudiante Lamia, attendant son tour devant la mairie pour des copies conformes à ses diplômes réclamés pour un concours.

Ces tracas sont vécus par tout le monde, depuis la naissance jusqu’au décès, en passant par toutes les étapes de la vie. «Il s’agit d’un véritable défi pour le décollage de la Tunisie», pense Lamia, qui assure que «c’est compliqué».

Moyens limités

Quoi que l’on puisse dire de l’intégrité du président Saïed, l’Etat est un système complexe, qui met du temps pour se régler et se dérégler. Bourguiba a mis du temps pour généraliser l’éducation et faire parvenir la santé aux profondeurs de la Tunisie.

Ben Ali a maintenu le même système, ayant ressenti le poids de l’usure après 55 ans d’utilisation. «Toutefois, la révolution de 2011 n’a pas fait le bilan nécessaire pour préserver la bonne graine et arracher la mauvaise. Les nouveaux gouvernants ont plutôt procédé à l’éradication des normes ayant été à la base de ce qu’était la Tunisie d’alors et les résultats sont là», remarque le député Mustapha Ben Ahmed, qui regrette «ce qui est malheureusement arrivé à l’éducation et la santé, fierté de la Tunisie de Bourguiba». Par ailleurs, «l’administration qui a sauvé la Tunisie lors de la chute de Ben Ali, a perdu ses repères», remarque-t-il.

C’est donc un pays très amoindri par rapport à 2011 qui vient d’être hérité par le président Saïed. L’indiscipline règne dans les établissements publics et l’administration. Le secteur privé ne trouve plus l’environnement adéquat pour briller comme ce fut le cas par le passé.

Le syndicat ouvrier, qui jouait le rôle de catalyseur auparavant, essaie désormais d’arracher sa part du gâteau. L’Etat peine à imposer sa loi malgré toute la bonne volonté du président Saïed. La partie est donc loin d’être gagnée. «C’est plutôt à un nouveau clan politique de tenter leurs sauces et c’est aux Tunisiens de subir», selon le député Ben Ahmed, résigné aux nouveaux équilibres. 

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