Depuis deux ans, la propulsion nucléaire est revenue dans le calendrier des agences spatiales, comme la Nasa. Elle pourrait être mise au point dans les années 2030. Objectif principal : le voyage vers Mars.
Fin janvier 2025, l’industriel General Atomics et la Nasa ont testé la résistance à la chaleur d’un équipement de fusée assez particulier : un moteur nucléaire. L’idée serait de l’utiliser en remplacement du moteur chimique actuel. Il produirait une chaleur très intense, portant le carburant (de l’hydrogène) à des températures élevées et assurant une poussée bien plus efficace que celle des moteurs actuels. La rapidité pourrait être au rendez-vous : le moteur nucléaire permettrait de diviser le trajet vers Mars par 2, voire par 5. Soit un voyage de 45 jours au lieu d’environ 8 mois !...
Même s’il reste encore plusieurs obstacles à ce périple. Ces avantages ont poussé la Nasa à relancer son programme nommé Draco en 2023. L’ESA (Agence spatiale européenne) suit la même piste avec le projet RocketRoll : un démonstrateur de fusée à fission est attendu pour 2035.
La Nasa avait déjà travaillé sur un moteur nucléaire dans les années 50 avant de l’abandonner en raison de coupes budgétaires en 1972. «Mais le moteur NERVA avait déjà été testé plusieurs fois et n’était pas loin d’être opérationnel», souligne auprès Paul Wohrer, chercheur au programme Espace à l’IFRI. Bien sûr, la sécurité est au centre des projets.
Le moteur nucléaire serait emporté en complément d’un moteur chimique et activé seulement en orbite. Concernant les astronautes, des boucliers seraient mis en place pour protéger les habitacles. «Le choix a été fait de travailler avec de l’uranium faiblement enrichi, entre 5 et 20% pour une question de coût mais aussi de praticité.
L’uranium hautement enrichi ne permettrait pas d’avoir des acteurs commerciaux», pointe Amaury Dufay, chercheur doctorant à l’institut d’Etudes de Stratégie et de Défense. Ce retour en grâce du nucléaire dans l’exploration de l’espace s’explique aussi par le programme spatial du nouvel hôte de la Maison blanche et la montée en puissance des entreprises du New Space.
Une fusée pour aller sur Mars
Lors de son discours d’investiture, le 20 janvier 2025, le président américain a rappelé son ambition de planter le drapeau américain sur Mars, reprenant en cela le projet de son soutien Elon Musk, patron de SpaceX. «Pour Donald Trump, c’est une démonstration de puissance, Mars est devenu le centre d’une nouvelle course à l’espace», affirme Amaury Dufay.
Mais l’utilisation de la fusée à propulsion nucléaire n’est pas encore certaine pour les premiers trajets vers Mars. «Le Starship de SpaceX est pour l’instant le seul prototype de vaisseau martien conçu pour le vol habité. S’il continue de passer les tests avec succès, je pense que ce sera un moteur chimique qui enverra le premier humain sur la planète Rouge», analyse Amaury Dufay.