De capitulation en capitulation

21/03/2022 mis à jour: 03:39
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Sans surprise, l’Espagne a renié ses engagements politiques, moraux, humanitaires avec le peuple sahraoui. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, toute honte bue, a annoncé que son pays renonçait à tous ses engagements et au respect de la légalité internationale pour soutenir le plan d’autonomie proposait par Rabat au Sahara occidental. Cette volte-face n’est pas étonnante. 

Ce n’est pas la première fois que Madrid trahit le malheureux peuple sahraoui et viole le droit international, tout cela pour ne pas déplaire à la monarchie marocaine et pour obéir aux pressions de Paris, qui craignait alors pour son protectorat marocain, une position qui n’a pas changé d’un iota jusqu’à ce jour.
 

En novembre 1975, le général Franco est à l’agonie. Une année auparavant, il avait pris la décision de retirer l’Espagne du Sahara occidental. Le caudillo, qui ne portait pas les Marocains dans son cœur, a proposé à Boumediène de prendre le territoire. Ce dernier, respectueux des principes des non-alignés et de la charte de l’OuA, qui soutenait le respect des frontières héritées à l’indépendance, oppose un refus polis, rappelant la résolution 15-14 de l’ONU sur les territoires non autonomes. Le Conseil de sécurité se prononce en ce sens.
 

La maladie de Franco a créé un climat malsain, marqué par une sourde guerre de succession. C’est dans un tel contexte qu’ont lieu des négociations secrètes à Madrid entre l’Espagne, le Maroc et... la Mauritanie, dernier apprenti colonialiste arrivé sur la scène internationale.
 

Les Algériens apprennent incidemment qu’un complot est en cours dans la capitale espagnole en vue de dépecer le territoire sahraoui, un remake à petite échelle des Accords de Berlin de 1880. Boumediène dépêche en urgence Mohamed Benahmed Abdelghani, alors ministre de l’Intérieur, pour vérification. Pour cette mission, il avait remplacé Bouteflika qui soutenait alors la «marocanité» du Sahara et qui, pour protester contre la position algérienne – pourtant légitime et conforme au droit international – a pris sa valise et est allé s’installer pour deux mois à Rabat, vadrouiller quelques mois encore avant de rentrer en Algérie.
Aux questions de l’émissaire algérien, les Espagnols nient l’existence de négociations tripartites, alors que la trahison était en cours. Le 14 novembre, les trois pays signent les accords tripartites de Madrid qui octroient au Maroc le nord du Sahara occidental et la partie sud à la Mauritanie. 

L’hypocrisie et la malhonnêteté des Espagnols sont dévoilées au grand jour, comme c’est encore le cas aujourd’hui lorsqu’un membre du gouvernement espagnol a osé dire, selon l’AFP, que l’Algérie est un «partenaire stratégique, prioritaire et fiable». Comme dit un proverbe algérien, «il vole avec le voleur et pleure avec sa victime».
 

Dans cette histoire, Pedro Sanchez a poignardé dans le dos aussi bien le peuple sahraoui que les Algériens. Il s’est engagé dans une voie dangereuse, sachant très bien que le conflit moroco-sahraoui porte en lui les germes d’une conflagration régionale et qu’il déstabilise tout le Maghreb. Il a préféré jouer la carte de la tension et céder aux caprices de la monarchie marocaine pour laquelle sa survie passe par l’annexion du Sahara occidental. Une façon très légère et très peu diplomatique pour tenter de sortir du bourbier. Il sera très difficile aux Algériens de laisser sans suite cette seconde trahison.

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