Culture du colza et du tournesol : Volontarisme de la tutelle et crainte des agriculteurs

11/09/2022 mis à jour: 08:29
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La culture du colza et du tournesol se veut comme le deuxième pari du gouvernement

Réduire les importations en encourageant la production locale, était la visée envisagée du gouvernement algérien pour l’émergence de l’économie nationale. Le secteur de l’agriculture est l’une des primordiales cibles du gouvernement sur lequel il a largement parié, surtout les produits alimentaires de base, dont l’huile de table. 

L’Etat algérien se lance dans la production du colza depuis deux ans à travers plusieurs wilayas du pays. Mohamed Lotfi Boubenider, architecte, multiplicateur de semences et membre du Conseil national interprofessionnel de la filière céréale (CNIF), affirme que la première expérience était caractérisée par un bon rendement orchestré par un sérieux encadrement de toutes les sections de ce créneau, notamment les négociations avec les transformateurs et les agriculteurs. 

Malheureusement, ce satisfecit général a été suivi d’une autre saison hantée par l’échec, la colère et la déception des agriculteurs. «Contrairement à la première saison, aujourd’hui nous sommes abandonnés à nous-mêmes, au moment où le président de la République et le ministère de l’Agriculture se sont portés garants pour nous convaincre de nous lancer dans le programme du colza.» Tel est le constat de plusieurs agriculteurs, optant depuis deux ans pour la culture du colza. De nombreux paysans affirment que ce programme avance vers l’échec, causant d’importants préjudices financiers pour eux. 
 

Ces voix se sont élevées encore une fois, lors du dernier passage du ministre de l’Agriculture, Mohamed Abdelhafid Henni, à Constantine, samedi 3 septembre. Ce dernier n’a pas hésité à exprimer son souhait de voir les agriculteurs du Nord se lancer dans le programme du tournesol, en évoquant à nouveau le non-respect de l’itinéraire technique de la culture du colza. 

La culture du tournesol se veut comme le deuxième pari de l’Etat, qui a été déjà lancé dans certaines wilayas notamment du Sud. Mais cela, sans que le premier programme soit honoré jusqu’au bout. A ce propos, nous avons abordé certains agriculteurs de l’une des wilayas concernée par un bon rendement du colza, en l’occurrence Guelma. Les témoignages étaient accablants ! 
 

De nombreux agriculteurs ont saisi le ministère et le président de la République Abdelmadjid Tebboune, pour dévoiler les deux volets de leurs «énormes pertes». 
 

La première correspondance, dont El Watan détient une copie, a été adressée aux autorités concernées en avril 2022, s’interrogeant sur «la qualité de la semence Lidea, une variété du colza, ou sur son inadaptation aux conditions climatiques de l’Algérie». Ils se sont interrogés également sur «la rapidité de sa commercialisation sans étude au préalable». 

Suite aux récentes déclarations du ministre, un nombre important d’agriculteurs refuse de se lancer dans la culture du tournesol, déplorant le refus des autorités d’endosser la responsabilité des pertes, sachant que la culture de cette variété du colza, à l’instar de la semence hybride InVigor, a été chapeautée par des ingénieurs de l’État

«Ce n’est pas logique ce qui a été avancé, surtout par la commission ministérielle. Les mêmes terres, les mêmes conditions, le même semoir et l’itinéraire ont été adoptés pour toutes les variétés. Mais seule Lidea n’a pas donné de résultats», a asséné Dr Mohammed Lakhdar Dahel médecin, multiplicateur de semences et vice- président du Cnif des céréales. 

Aujourd’hui, à Guelma, on parle de plus de 1000 ha semés en Lidea appartenant à une soixantaine d’agriculteurs, dont 300 ha de fermes pilotes. Pis encore, même les agriculteurs enregistrant de bons résultats pour les autres variétés du colza affirment n’avoir pas été payés jusqu’à présent par les transformateurs, qui ont imposé des conditions pénalisantes.

 Une lettre, dont El Watan détient une copie, a été adressée au président de la République et reste sans suite. D’importantes quantités du colza «sont jetées» dans des Big-Bag dans une température de plus de 40C° au sein des CCLS. 

Un agriculteur affirme avoir une récolte stockée à la CCLS estimée à environ un milliard de centimes. La valeur de la récolte de certains varie entre 40 millions et 600 millions de centimes, selon la superficie des semis. Où réside exactement le problème ? Quelle est la solution à proposer à ces agriculteurs ? Tant de questions taraudent ces paysans, mais ils n’ont pas de réponses. 
 

Pourquoi le tournesol ? 
 

Le ministre a expliqué que le tournesol ne nécessite pas tout un pacte technique spécifique. Sa production, d’après ses arguments, est «similaire à celle des céréales, avec les mêmes engrais de couverture, les mêmes engrais de fond et les mêmes pesticides et ça ne posera aucun problème». 

Un bon rendement a été enregistré au Sud et il souhaite à ce que les wilayas du Nord s’y lancent vu ses nombreux avantages, dixit le premier responsable du secteur lors du regroupement régional des agriculteurs à Constantine. 

Une déclaration qui ne suffit pas à lever le manque de confiance dans les programmes de l’Etat, exprimé par de nombreux agriculteurs du colza. «Pour une information, en Europe de l’Ouest, on s’investit dans le colza pour l’exportation.

 De l’autre côté, on importe le tourteau de tournesol de l’Est européen. En réfléchissant, il y a un acte commercial et une approche économique. Donc, nous allons pratiquer ici une approche économique, en posant les questions sur le bénéfice, pour le pays et pour l’agriculteur, ainsi sur le processus pour la production de l’huile de table et pour les tourteaux de tournesol pour les bétails», a tenté de convaincre M. Henni. 

Les derniers n’ont pas hésité à faire part de leur scepticisme quant aux perspectives de la culture du tournesol, d’autant que celle du colza ne semble pas donner les satisfactions attendues. 

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