Bessma Belbedjaoui. Organisatrice du Salon et chef d’entreprise West Management : L’économie circulaire peut doubler le chiffre d’affaires des entreprises

19/05/2022 mis à jour: 00:35
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Photo : D. R.

Elle tire la sonnette d’alarme quant à la gestion des déchets, surtout que nous avons un sérieux problème de foncier pour installer de nouveaux centres d’enfouissement. Il est nécessaire que l’économie circulaire soit encouragée par les autorités et aussi de changer radicalement le procédés adopté à ce jour dans la gestion des déchets, qui ont montré ses limites.

- Comment évaluez- vous cette nouvelle édition de Plast Alger et que portera comme opportunités à nos investisseurs locaux ?

La conférence tenue durant ce salon est la première de son genre dans un salon portant sur l’industrie du plastique. C’est l’industrie la plus puissante dans le monde, une des plus polluante en question de déchets particulièrement celui à usage unique.

L’Algérie consomme 500 milliards de sacs en plastique par an, 1,7 milliard de bouteilles d’eau et de jus consommées annuellement. La moitié de ces sacs est à usage unique, autrement dit, non recyclée mais peuvent être recyclables. Le taux de recyclage chez nous est de 10% seulement, ce qui pose problème.

Ce salon essaye de joindre cette économie puissante du plastique à l’économie circulaire et de faire en sorte que la situation soit boostée. L’idée est surtout de ramener le pollueur à devenir moins pollueur.

Comment ces entreprises peuvent aider à porter le changement souhaité. Sachant que le recyclage n’est pas la seule solution et le seul élément à prendre en considération si on veut lancer une économie circulaire. C’est un des éléments, il faudrait surtout faire de la sensibilisation, prévention et surtout la diminution des déchets à la source.

- Où réside la faille exactement, pourquoi nous n’arrivons toujours pas à faire démarrer cette économie circulaire ?

Pour faire du recyclage il faut d’abord apprendre à trier nos déchets. Ce qu’on nous devons savoir c’est que le mode de tri doit s’adapter à la société algérienne.

Le copier- coller des projets ne marche pas sans prendre en considération les caractéristiques de notre société. Notre approche de tri sélectif est basée sur un tri de deux fractions uniquement, humide et sec.

Le biodégradable ; humide et matière organique ne peuvent être mélangé à d’autres déchets comme emballage. Les déchets humides doivent être soit métallisés et produire de l’énergie renouvelable soit compostés. Et pour les autres déchets, ils seront transférés aux centres de tri où ils seront triés proprement.

Il aura un tri soit manuel ou avec des machines automatisés. Les déchets triés seront vendus à des prix étudiés, car, il est temps, à mon avis, de normaliser le prix des déchets et de lui donner une valeur commerciale.

Pour les déchets ultimes, qui ne peuvent pas être recyclés, ils sont automatiquement acheminés vers les centres d’enfouissement technique (CET). Quand nos déchets sont triés, nous pouvons passer au recyclage qui sera encore plus intéressant, avec moins de consommation d’eau, et de produit chimique avec un meilleur prix.

Il faut aussi soulever le souci de la taxe. Je trouve insensé que le produit soit taxé en deux fois ! Comment donc on veut encourager d’une part l’industrie de recyclage avec ces prix et d’une autre part l’absence d’une taxation et une fiscalité verte. C’est d’ailleurs ce qui explique le marché informel.

Les entreprises sont donc de facto informelles. Et dans toute économie et industrie, c’est l’offre et la demande qui régularisent le marché, or aujourd’hui, l’offre n’y est pas ! Beaucoup d’industriels disent ne pas trouver de déchets car ils sont tous enfouis. 90% de nos déchets sont enfouis, le reste récupéré et recyclé. Il existe à cet effet un déficit d’approvisionnement des déchets.

- Nous avons en effet une seule vision sur le traitement des déchets. Une erreur  ?

Il ne faut pas enfouir tous les déchets. Les CET sont faits pour les déchets ultimes. Nous avons malheureusement un seul procédé de traitement de déchets. Il ne doit en effet pas être l’unique.

C’est nécessaire de penser à d’autres procédés pour atteindre le pourcentage important de recyclage. Nous parlons d’atteindre 60% de recyclables d’ici cinq ans si une stratégie nécessaire est mise en place.

- La crise Covid-19 est passée par là et les rapports mondiaux évoquent la consommation et les déchets en plastique qui ont doublé. Où en sommes-nous ?

Un simple exemple pour mieux vous répondre : la wilaya de Blida, entre 20 à 30 % de ses déchets ne peuvent plus être enfouis à Blida, mais à Alger. Les CET de Blida devient de plus en plus plein, sachant qu’Alger qui a le plus grand centre du pays, situé à Magtaa Khira, reçoit les déchets des 58 communes, soit 500 tonnes/jour.

Nous ne pourrons jamais maintenir cette cadence au-delà de 5 ans. Le plus grand problème irrémédiable est celui du foncier. Si ces CET, pleins aujourd’hui à 150%, il n’y aura plus d’assiette foncière pour récupérer les déchets !

Plus de foncier pour s’installer. En plus de ce problème, il faut aussi signaler Lexiviat qui pénètre accidentellement les nappes phréatiques. Plusieurs nappes sont touchées et des études ont été faites sur cette problématique.

En plus de la pollution de la nappe, de l’air, il existe aussi le problème des gaz, considérés comme gaz à effet de serre qui rend le CET instable, autrement dit, menacés par des incendies qui peuvent être alimentés pendant deux à trois mois, et la mauvaise expérience italienne nous renseigne.

- Vous faites partie de ceux qui évoquent des vides juridiques et des textes de loi dépassés par les événements…

Nous n’avons même pas une loi sur l’économie circulaire. Ce concept n’est mentionné sur aucun texte. C’est vrai, l’Algérie a fait énormément d’efforts, mais des textes qui ne servent à plus rien aujourd’hui.

La première et dernière loi- cadre sur la gestion des déchets a été élaborée en 2001, depuis aucun rangement, ni modification n’ont été effectués, alors que le contexte et le mode de consommation et de vie ont changé ! Elle est extrêmement dépassée. Il ne faut pas mettre des lois qui peuvent freiner l’industrie.

L’économie circulaire peut doubler le chiffre d’affaires. On peut penser industriel et environnement au même temps. C’est une responsabilité sociétale qui doit être accompagné par des textes de loi.  

 

  

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