Ambiance du ramadhan à Annaba : El Hattab, le marché impopulaire de la ville

12/04/2023 mis à jour: 00:00
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Les alentours sont bloqués de 9h à 18h

Depuis le début du Ramadhan, les alentours et l’intérieur du marché El Hattab de la ville de Annaba sont pratiquement bloqués de 9h à 18h. Ce ne sont pas les feux tricolores ni les agents de police qui interdisent la circulation sur cette principale artère de l’une des plus grandes villes d’Algérie, la plus dense et la plus agitée. Grouillante d’activité, la chaussée est devenue le souk le plus impopulaire de toute la région. 

Un mélange pittoresque de commerçants et de vendeurs à la sauvette offrant «l’affaire du jour» ou encore un bric-à-brac d’objets hétéroclites neufs ou vieillots, de la friperie et des produits textiles made in China. «Il ne s’agit pas d’un signe de prospérité», affirment des habitués du coin. 

C’est beaucoup plus une tacite volonté des animateurs de tenter d’activer localement une vie économique caractérisée par des augmentations faramineuses des prix des produits de première nécessité. «Pour casser les prix, il faut renouer avec le système employé par les passeurs de cabas des années 1980 sans pour autant renoncer aux aspirations socioéconomiques nationales», considère Abdelatif. Agé de 32 ans, universitaire, il s’est spécialisé dans le commerce des produits textiles «Made in China». Le marché local en est inondé. 

Les prix très abordables appliqués sont à la portée de toutes les bourses, notamment à la veille de l’Aïd El Fitr. Annaba, Ramadhan 2023, ce n’est plus les belles années d’apparente opulence où la wilaya comptabilisait dans ses murs 200 000 travailleurs tous secteurs confondus. 

Plusieurs milliers arrivaient de Guelma, Tarf et Souk Ahras. Ils rentraient en début d’après-midi, les bras chargés de victuailles des régions limitrophes. Hormis les 6400 travailleurs  de Sider El Hadjar, 500 employés à Fertial et quelques autres centaines activant dans des petites et moyennes entreprises publiques et privées, beaucoup occupent la voie publique qui au centre urbain, dans les quartiers et cités et qui dans les périphéries de la commune du chef-lieu dans la vente à la sauvette. 
 

Des policiers en tenue civile ou en uniforme leur font quotidiennement la traque tout autant qu’aux délinquants et repris de justice aux aguets, les yeux fureteurs à la recherche d’une poche, d’un sac ou d’un cellulaire «distrait» à voler. 

Chant et coran

En ce Ramadhan 2023, la plupart des habitants de la wilaya semblent se préoccuper plutôt de leur niveau de vie. Certes, la situation sociale continue d’imposer à la majorité l’austérité. Mais ça et là les chansons malouf, chaâbi, raï… et les récitateurs du Saint Coran font oublier les exigences de la vie. 

Des décibels qui, également, assourdissent les appels à l’aide matérielle et financière des personnes nécessiteuses qui par dizaines, Algériens, Syriens et Subsahariens, occupent les trottoirs et les abords des magasins d’alimentation, boulangeries, boucheries et autres. 

Rencontré alors qu’il s’apprêtait à entrer au marché El Hattab encombré de clients de tous les âges et sexes, Mourad, un fonctionnaire, admet : «Les gens sont fatigués. Cette fatigue est apparente durant le Ramadhan où la misère est plus perceptible.» 

A proximité du marché El Hattab, piétons et automobilistes n’arrivent pas à circuler. Pourtant très larges, le rond-point et les trottoirs des cinq rues adjacentes sont squattés par les camelots et les vendeurs à la sauvette. Initialement limité à la rue Ibn Khladoun, le commerce informel a conquis tous les espaces jusqu’au Cours de la Révolution. 

Du côté de la colonne, ce sont les alentours du cinéma Olympia et El Ghzala qui sont envahis par les charrettes à bras chargées de fruits et légumes. Et lorsqu’à l’approche de l’heure du ftour, les uns et les autres, commerçants, vendeurs à la sauvette et consommateurs, désertent les lieux, laissant derrière eux des amas de déchets, ordures et immondices un peu partout dans la commune du chef-lieu de la wilaya. 

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