Affrontements armés en Sierra Leone : Les autorités évoquent une tentative de coup d’Etat

29/11/2023 mis à jour: 08:35
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La Sierra Leone a échappé de justesse à un putsh

Les autorités sierra-léonaises traitent les affrontements qui ont fait 21 morts dimanche dans la capitale Freetown,  selon un nouveau bilan, comme une «tentative avortée de coup d’Etat», ont déclaré des responsables hier devant la presse.

«Nous avons ouvert une enquête pour une tentative de coup d’Etat qui a échoué», a dit le chef de la police William Fayia Sellu. «Un groupe de gens ont tenté de renverser le pouvoir en place en utilisant la force», a-t-il soutenu. «Nous continuons à traquer ceux qui ont tenté de renverser par la force une autorité légitime», a-t-il ajouté. «Les services de sécurité me disent à présent que les événements du 26 novembre pourraient bien être une tentative avortée de coup d’Etat (...) Ces gens pourraient avoir eu l’intention d’attenter illégalement et de renverser le gouvernement démocratiquement élu de la Sierra Leone», a déclaré à ses côtés le ministre de l’Information Chernor Bah. Un peu plus tôt, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest était prête à déployer des «éléments » si nécessaire en Sierra, a dit un haut responsable de la Cédéao dans une vidéo diffusée hier par la Présidence.

La présidence sierra-léonaise a publié mardi sur les réseaux sociaux des images du président Julius Maada Bio recevant, la veille, une délégation de haut rang de la Cédéao et du Nigeria, poids lourd de la région qui assure actuellement la présidence de l’organisation. «Le président de l’autorité (...) nous a demandé de souligner que la Cédéao était prête et s’engageait à soutenir le peuple de la Sierra Leone dans ses efforts pour renforcer la sécurité nationale par tous les moyens, y compris en déployant en Sierra Leone des éléments régionaux si nécessaire», a dit dans la vidéo le président de la Commission de la Cédéao, Omar Alieu Touray, sans préciser de quels «éléments» il parlait. «La Cédéao et le Nigeria n’accepteront aucune interférence avec la démocratie, la paix, la sécurité et la stabilité en Sierra Leone», a affirmé le conseiller à la sécurité nationale du Nigeria, Malam Nuhu Ribadu.
 

Présidentielle contestée

Freetown a connu, dimanche, plusieurs heures de confrontation armée entre les forces de sécurité et des inconnus qui ont tenté de forcer une armurerie militaire. La prison centrale et d’autres établissements pénitentiaires ont été pris d’assaut et des dizaines de détenus semblent s’en être échappés. Ils ont été orchestrés par des militaires en activité ou à la retraite, a dit le porte-parole de l’armée. 
 

Les événements ont réveillé le spectre d’un nouveau coup d’Etat dans une Afrique de l’Ouest qui, depuis 2020, en a connu au Mali, au Burkina Faso, au Niger et en Guinée, tous des pays membres de la  Cédéao.
 

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, dont fait partie la Sierra Leone, a évoqué une tentative visant à «troubler la paix et l’ordre constitutionnel», langage communément employé pour les coups de force politiques. L’ambassade des Etats-Unis a dit soutenir «fermement le président Bio dans son appel à l’unité nationale», dans un message sur les réseaux sociaux.
 

Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, la situation politique est tendue suite à la réélection dès le premier tour en juin du président Julius Maada Bio, avec 56,17% des voix, selon les résultats publiés par la commission électorale. Mais la présidentielle et les élections générales qui l’ont accompagnée ont été contestées par l’opposition. Les observateurs étrangers ont dénoncé des incohérences et un manque de transparence dans le décompte, ainsi que des actes de violence et d’intimidation, et le pays a connu plusieurs mois de crise politique. En août, des manifestations antigouvernementales ont causé la mort de six officiers de police et d’au moins 21 civils.

 

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