Achat de produits de l’étranger : Pourquoi les coûts logistiques demeurent élevés

08/02/2024 mis à jour: 02:06
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Les opérateurs algériens gagneraient à doter leurs entreprises d’un département Supply Chain - Photo : D. R.

Des experts estiment que l’Algérie est en train de payer des frais supplémentaires à des intermédiaires 
étrangers parce que la chaîne d’intervention est mal gérée.

En dépit des mécanismes mis en place et des mesures prises par les pouvoirs publics dans le secteur économique, de nombreuses contraintes se posent toujours en matière d’investissement, dont les conséquences se répercutent sur le citoyen.

Parmi les problèmes posés avec insistance, figure celui de la hausse des prix. La question a été évoquée, hier, par certains experts, lors du séminaire national sur l’investissement animé par l’Organisation du patronat algérien (OPA), à la salle Ahmed Bey du complexe Zénith de Constantine.

Dans son intervention, le Dr Fodil Tighilt, expert en gestion des entreprises, a évoqué l’absence de la gestion de la Supply Chain (la chaîne logistique) dans les entreprises algériennes. Cette dernière englobe l’ensemble des différentes étapes liées à l’approvisionnement, de l’achat des matières premières jusqu’à la livraison d’un produit ou un service au client.

«Chaque entreprise de services ou de production, qu’elle soit petite ou grande, doit être dotée d’un département ou une direction logistique Supply Chain, qui doit être responsable de la marge, à travers laquelle on peut baisser le prix de vente», a-t-il déclaré.

Il a ajouté qu’une étude menée en Algérie en 2022 sur deux types d’entreprises en électroménagers et en agroalimentaire a montré que les coûts logistiques sont très élevés. «Il y a le prix d’achat d’un produit de l’étranger et beaucoup de factures. Ces factures sont appelées les coûts logistiques», a-t-il expliqué.

En termes de chiffres, ces coûts sont estimés à 39%, alors que la norme au nord de l’Afrique est de 15%. Ce coût logistique est dix fois plus cher que celui de la Tunisie. Le Dr Tighilt a estimé que le coût est de 1000% plus élevé que dans ce pays voisin.

De ce fait et selon l’Office national des statistiques (ONS), un quart des entreprises ont connu, en 2022, des ruptures de stock en matière première et des semi-produits, qui ont provoqué un ralentissement, voire un arrêt momentané du processus de production.

De nombreuses contraintes ont été avancées par l’expert, dont la première concerne l’absence de la logistique Supply Chain dans les entreprises algériennes, qui la considère comme le camion qui transporte la marchandise au moment où sa conception est plus profonde.

L’intervenant a appelé à revoir le processus d’acquisition du produit, qui permettra de faire d’importantes économies et, par conséquent, faire baisser le prix.

Trop de gaspillage d’argent

Dans le même sillage, des contraintes et des problèmes de communication, et de rétention de l’information sont signalés dans les entreprises. Le Dr Fodil Tighilt a rappelé qu’en 2022, le coût de stockage en Algérie était vertigineux.

Il a été estimé à presque 50% de la valeur de la marchandise, contrairement à la norme mondiale de 25%. Le facteur de la négociation joue également un rôle important dans la mise à disposition de la marchandise.

Par exemple, un même fournisseur européen livre la marchandise à un Tunisien en 10 jours et à un Algérien en deux mois. De ce fait, l’intervenant a précisé qu’il faut négocier le délai de la mise à disposition au lieu de livraison.

Tous ces problèmes et obstacles doivent être pris dans le cadre de la Supply Chain. Car, parmi les points à améliorer pour des entreprises algériennes étudiées en 2022, le communicant a souligné «la gestion de la commande, puis celle des systèmes logistiques et la prévision de la demande.

Gestion des commandes, négociation de la mise à disposition, réduction des délais de réapprovisionnement de 30 jours».

Et pour une bonne répartition des coûts logistiques globaux, il convient d’améliorer la prévision de la demande, la planification des besoins, la gestion de la chaîne logistique et celle de la distribution, l’optimisation des niveaux de stock, la gestion d’entrepôt et des emplacements, la gestion des transports et celle des achats. Selon ses dires, la Supply Chain se veut comme un moteur de transformation économique en Algérie.

Pour sa part et en réponse à l’intervention du Dr Fodil Tighilt, Abdelmalek Mebarek Serrai, expert international en économie et président d’Algeria Consult, a estimé que l’Algérie est en train de payer des frais supplémentaires à des intermédiaires européens, notamment français, italiens et espagnols, au détriment du consommateur algérien. «Nous sommes en train de perdre.

C’est technique, il faut renégocier la méthode de vente, d’achat, la sortie de l’usine, les conditions de transport, les frais de transport pour réduire le coût.

Le consommateur algérien est en train de payer de l’argent pour les autres, parce que la chaîne d’intervention est mal gérée, depuis l’usine jusqu’à son arrivée ici», a-t-il déclaré à El Watan en marge de la rencontre.

Et d’insister qu’il est temps pour l’Algérie de retrouver la normalité économique. «Actuellement, nous ne sommes pas dans la normalité, nous sommes en train de gaspiller beaucoup d’argent.

Même dans les calculs, dans les coûts, quand on parle de croissance économique, certains chiffres ne sont pas réels. Nous ne sommes pas la vérité économique. Chaque sou dépensé doit être calculé. Il faut être sévère dans la gestion financière du pays», a-t-il indiqué.
 

 

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