Abdelkader Ould Makhloufi : Reconnaissance et gratitude

01/06/2024 mis à jour: 04:05
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Après avoir vécu une période difficile qui a vu sa santé se décliner sérieusement au point d’être hospitalisé en urgence pendant plusieurs jours, suscitant beaucoup d’inquiétude, notre ancien champion Abdelkader Ould Mekhloufi s’en est sorti, Dieu merci, au grand bonheur de sa famille, de ses proches et de la grande  famille sportive. 

Rétabli, Kader a été très sensible et profondément touché par les marques de sympathie, de solidarité et de soutien témoignées lors de son séjour dans les hôpitaux de Boufarik et de Rouiba. Aussi, dans un message fort, il remercie vivement et sincèrement tous ceux et celles qui l’ont soutenu durant la dure épreuve qu’il a endurée en leur témoignant sa gratitude et sa reconnaissance. Il y a quelques mois, Kader avait difficilement traversé un épisode dramatique par la perte tragique de son fils qu’il a difficilement surmonté.

Rapide flash-back sur ce champion qui s’est distingué par son talent, son honnêteté, sa droiture et sa passion pour le sport, en général, et la boxe, en particulier.
 

Pépite du noble art algérien, Abdelkader a eu une enfance heureuse à Boufarik, son terroir, où il a entamé sa carrière pugilistique, gravissant studieusement et patiemment les échelons, en s’imposant comme un futur champion d’Algérie et d’Afrique, consécrations arrachées haut la main. Comme le costume lui était étroit, il décida d’embrasser une carrière pro. 

Pourquoi pas, du moment qu’il possédait la classe requise et une ambition justifiée de défier les étoiles. Alors, fort de ses convictions, Abdelkader affine son désir de percer dans le monde fabuleux de la boxe de haut niveau qu’il savait difficile, en raison de l’intrusion de bookmakers et autres marchands de muscles sans foi ni loi. Qu’à cela ne tienne, après un parcours amateur flamboyant, il fait ses bagages pour intégrer le Ring de Montreuil, un club pugilistique parisien de renom, au lendemain de l’indépendance, disputant 58 combats, dont 49 victoires, 1 nul et 8 défaites, ce qui lui ouvre les portes de la reconnaissance des grands managers. Il est désigné challenger du champion du monde de boxe japonais, Kuniaki Shibata qu’il a défié à Tokyo  en 1975. Un véritable championnat du monde qui relève de la célèbre WBC. Si la rencontre prestigieuse a de quoi faire miroiter des lendemains enchanteurs, il en est autrement du soutien nécessaire dévolu à ce genre de compétition que Kader n’a pas eu. 

Cette situation avait fait le lit d’une inévitable et douloureuse désillusion. Cette «aventure» nous rappelle aussi l’inopportunité de la bouleversante et triste confrontation de son ami et regretté Loucif Hamani face à Marvin Hagler, au fait de sa gloire, le 16 février 1980, qui ne pouvait aboutir qu’à la fin pathétique qu’elle connut, un KO au deuxième round. Kader avait, à l'époque, prévenu et averti son ami Loucif des fâcheuses conséquences, en vain. 

Dans son palmarès, Kader peut être fier d’étrenner le titre de premier champion africain, en précurseur, et se targuer d’une auréole africaine vaillamment obtenue face au Ghanéen Joe Teteh, en décembre 1973, à Alger, pour la couronne continentale, dans le cadre de l’ABU. Il gardera son titre durant quatre années, sans rival, puis abdiquera faute de soutien.

Pour ne pas trahir l’histoire, fait plutôt rarissime chez nos sportifs, Kader n’a pas hésité à écrire. Le parcours de notre champion a été précieusement consigné, il y a quelques années, dans un ouvrage autobiographique de 370 pages où tous ses exploits sont relatés dans le détail, photos à l’appui, depuis son initiation (1958/1962), de son passage à la compétition (1962/1965) et enfin professionnel (1966/1977). 

Ce livre a été intitulé Mémoires d’un boxeur algérien. Il y évoquera même son rôle en tant que cadre de l’Amicale des Algériens en Europe à Paris (1973 /1983), directeur technique sportif au WA Boufarik (1983/2004), avant d’être nommé directeur des équipes nationales en 1986, instructeur de boxe à la DJS de Blida puis entraîneur national et membre fédéral. Parmi ses déboires qu’il a d’ailleurs  évoqués dans son ouvrage, Abdelkader a révélé qu'il avait maille à partir avec une certaine presse qui l’avait présenté comme bénéficiaire d’une fantomatique naturalisation alors qu’il avait refusé catégoriquement la nationalité française, «en raison des souffrances endurées par mes compatriotes et tout ce que j’ai vu pendant la Guerre d’Algérie».


Après sa retraite, Abdelkader, aujourd’hui âgé de 80 ans, n’est pas resté les bras croisés. Il a intégré la Fédération où ses analyses d’expert ont constitué indéniablement un plus. «Je peux en témoigner pour avoir été membre élu de l'instance fédérale et œuvré à ses côtés.»

 Il reconnaît, objectivement, que la boxe algérienne connaît une régression, faute de stratégie et d’un programme de développement de cette discipline qui a besoin d’un travail en profondeur et surtout de compétition. La faiblesse des subventions accordées, souligne-t-il, constitue aussi un handicap. Il ne faut pas s’étonner des résultats obtenus depuis plusieurs années. Abdelkader est convaincu que la formation des techniciens est la clef de la réussite et d’ajouter : «Pour entraîner un boxeur, il faut impérativement avoir été boxeur.» 

La boxe est un échange de coups, pas de la théorie. Actuellement, il n’y a pas de stages de boxe en Algérie. Pourquoi ? Parce que la Fédération ne se distingue pas par ses exploits mais par son instabilité alors que la tutelle est soumise à des changements fréquents. 

Selon Abdelkader, il faut revoir aussi les textes et la composition des assemblées où les compétences sont rarement admises. «Moi, j’ai toujours voulu mettre mes compétences et mon expérience au service des jeunes.

Mais ils nous ont fermé les portes au nez. Vous vous rendez compte, je ne suis même pas membre de l'Assemblée générale !!!!. Cela veut tout dire». 

Par Hamid Tahri

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