L’année 2025 sera marquée en Afrique par plusieurs scrutins : législatifs, municipaux et surtout présidentiels. Sachant qu’en certains pays, l’opposition ne cesse de remettre en cause ces consultations populaires qui, à leurs yeux, consacrent le pouvoir en place.
Au Togo, se tiendront le 15 février les premières élections sénatoriales. Initialement prévues le 2 février, elles ont été repoussées «en vue de permettre aux acteurs politiques de mieux s’organiser», selon un décret présidentiel. Ce scrutin est l’une des dernières étapes pour la mise en place de la nouvelle Constitution, vivement critiquée par l’opposition et la société civile. La campagne électorale pour ces sénatoriales sera ouverte le 30 janvier et prendra fin le 13 février.
Plusieurs partis de l’opposition togolais, dont l’Alliance nationale pour le changement (ANC), ont annoncé qu’ils allaient boycotter ces élections. Ils estiment qu’elles «s’inscrivent dans la continuité d’un processus de coup d’Etat constitutionnel en cours». Institué par une révision constitutionnelle en 2002, le Sénat n’a jamais été mis en place. Il sera composé de 61 membres au total, dont 41 seront élus par les conseillers régionaux et les conseillers municipaux. Les 20 restants seront désignés par le président du Conseil des ministres, selon une ordonnance publiée dans le Journal officiel le 3 décembre 2024. La nouvelle Constitution, qui abolit l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel et institue un régime parlementaire, est dénoncée par l’opposition et la société civile qui y voient un moyen pour le président Faure Gnassingbé de se maintenir indéfiniment au pouvoir.
En Guinée, le chef de la junte Mamadi Doumbouya a annoncé que 2025 sera «une année électorale cruciale pour parachever le retour à l’ordre constitutionnel». Il n’a pas donné de date précise pour le terme de la transition initialement prévu en fin 2024. Mamadi Doumbouya est à la tête d’une junte qui a renversé en septembre 2021 le président Alpha Condé. La junte s’est initialement engagée sous la pression internationale à céder la place d’ici à fin 2024 à des civils élus. Elle a fait savoir depuis qu’elle n’honorerait pas sa promesse. Elle s’est également engagée à organiser avant la fin de l’année 2024 un référendum constitutionnel, qui ne s’est pas tenu. «Dans le premier trimestre de l’année 2025, je signerai un décret fixant la date du scrutin pour le référendum (constitutionnel).
Après l’élaboration du code électoral, durant l’année 2025, nous nous emploierons tous ensemble à continuer à poser les jalons forts pour les élections générales», a dit le général Doumbouya dans son discours de Nouvel An. Les principaux partis d’opposition et organisations de la société civile ont appelé à des manifestations à Conakry à partir de demain pour «exiger le départ de la junte et la mise en place d’une transition civile». Ils dénoncent un exercice de plus en plus autoritaire du pouvoir et de multiples violations des droits.
Porté au pouvoir par la junte qui a renversé la «dynastie Bongo» le 30 août 2023, le général Brice Clotaire Oligui Nguema a promis de rendre le pouvoir aux civils au terme du processus de transition. La révision des listes électorales a commencé le 2 janvier en vue de la présidentielle de 2025. Opération qui prendra fin le 31 janvier «dans le cadre des travaux préparatoires à l’organisation du prochain scrutin», a déclaré le ministre de l’Intérieur, Hermann Immongault. Jusqu’à présent, le calendrier du Comité pour la transition et la restauration des institutions a été suivi, avec notamment l’adoption d’une nouvelle Constitution, votée par référendum le 16 novembre 2024. Il prévoyait ensuite de réformer le code électoral au premier trimestre 2025, puis de réviser les listes pour tenir en août les élections marquant la fin de la transition.
Du flou au Cameroun et en Côte d’Ivoire
En Côte d’Ivoire, les préparatifs pour l’élection présidentielle prévue en octobre se poursuivent. La révision des listes électorales s’est achevée le 17 novembre. Elle a abouti à l’inscription de plus de 940 000 nouveaux électeurs. Un chiffre inférieur à celui visé par la Commission électorale indépendante, qui envisageait d’enregistrer environ 4,5 millions de nouveaux requérants. L’opposition appelle à une nouvelle révision de cette liste avant la présidentielle. Dans son discours de fin d’année, le président Ouattara a évoqué ce scrutin prévu pour octobre 2025. Il a assuré que cette élection serait «apaisée, transparente et démocratique».
Le président ivoirien, âgé de 83 ans, ne s’est pas encore prononcé sur l’éventualité d’une candidature à un quatrième mandat. Au Cameroun, Elections Cameroon, l’organe chargé d’organiser les élections, a publié le 30 décembre 2024 les statistiques détaillées relatives à la liste électorale nationale définitive. Selon les chiffres d’Elecam, on compte pour l’heure 7,8 millions d’électeurs régulièrement inscrits. Les inscriptions sur ces listes ont repris le 1er janvier conformément à l’article 70 de la loi électorale. Elles iront jusqu’au 31 août, deux mois avant la présidentielle. Présidentielle pour laquelle l’éventuelle candidature de Paul Biya fait débat. Si au sein de son parti, le RDPC, il est présenté comme le «candidat naturel», pour l’opposition et une partie du clergé, Paul Biya devrait prendre sa retraite. Agé de 92 ans dont 42 au pouvoir, Paul Biya n’a pas encore clairement dit s’il briguera un huitième mandat. Cependant, le 31 décembre, lors de son discours à la nation, il a affirmé que sa «détermination à servir demeure intacte et se renforce au quotidien».
Au Ghana, le président élu John Mahama prêtera serment le 7 janvier. Il revient au pouvoir huit ans après l’avoir quitté. L’ancien président, âgé de 66 ans, a remporté l’élection présidentielle de décembre 2024 face à l’actuel vice-président Mahamudu Bawumia, candidat du New Patriotic Party, qui a reconnu sa défaite.
Les populations attendent beaucoup du nouveau président pour sortir l’économie du pays de la pire crise économique qu’elle a connue depuis des années. De son côté, la Commission de l’Union africaine procédera au renouvellement de sa direction lors du Sommet de l’organisation, prévu le 15 février à Addis-Abeba, en Ethiopie. Conformément au principe de rotation régionale, le successeur du Tchadien Moussa Faki sera issu de la région de l’Afrique de l’Est. Ce mandat, d’une durée de cinq ans, s’étendra jusqu’en 2029. L’élection repose sur une majorité des deux tiers des Etats membres disposant du droit de vote. Trois candidats sont en lice pour occuper le poste de président : Mahmoud Ali Youssouf, actuel ministre des Affaires étrangères de Djibouti, Raila Amolo Odinga, ancien Premier ministre du Kenya, et Richard Randriamandrato, ancien ministre des Affaires étrangères de Madagascar.