Traitement du cancer : Les centres de radiothérapie sous pression

09/06/2022 mis à jour: 00:42
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Photo : D. R.

Le service de radiothérapie au Centre Pierre et Marie Curie (CPMC) travaille à plein régime. Trois équipes assurent, depuis une semaine, la prise en charge de 19h à minuit, en exploitant toutes les machines encore fonctionnelles pour assurer la continuité des soins aux patients en cours de traitement. Le risque de voir les autres appareils tomber en panne hante les esprits.

Une grosse panne d’un accélérateur sur trois machines que compte le CPMC a sérieusement perturbé le programme mis en place pour la prise en charge de 160 patients par jour, toutes localisation confondues. Le cancer du sein figure en tête de ce programme et constitue le plus gros problème de prise en charge dans les différents centres de radiothérapie du pays au vu du nombre de cas enregistrés chaque année, soit 15 000 nouveaux cas, dont 10 000 nécessitent une radiothérapie, dont les cures varient d’une malade à une autre avec une moyenne d’une vingtaine à une trentaine de séances.

Selon les dernières données du registre national des cancers, 4230 décès par cancer du sein ont été notifiés en 2020 en Algérie. «Le service de radiothérapie du CPMC couvre toutes les wilayas du pays et le nombre de patients augmente de plus en plus en raison des pannes récurrentes des appareils dans les centres de prise en charge, dont le nôtre, il y a une semaine. Ce n’est pas la première fois que nous rencontrons ce genre de problème de panne», a déclaré le Dr Mohamed Amine Rahou, chef de service par intérim de radiothérapie, tout en exprimant ses inquiétudes quant à la poursuite des soins, au risque de voir une autre machine tomber en panne.

«Le délai pour acheminer la pièce risque d’être long et les patients, notamment les patientes atteintes du cancer du sein, car la panne concerne un appareil qui leur est dédié, ne peuvent pas attendre. Nous ne pouvons pas interrompre les cures. Il fallait trouver une solution, et c’est en collaboration avec l’administration que nous avons pu mettre en place un nouveau créneau en plus de celui du matin et de l’après-midi. Les patientes sont donc programmées à partir de 19h sur les appareils destinés aux autres localisations jusqu’à minuit», a-t-il expliqué.

Et de préciser que «le programme journalier uniquement pour le cancer du sein concerne entre 50 à 60 patientes. En tout, nous avons 160 patients par jour à traiter pour toutes les localisations, avec trois accélérateurs et un quatrième, l’ancien appareil au cobalt, réservé aux urgences. Au total, le service de radiothérapie draine une moyenne de 2000 patients par an», tout en déplorant que les demandes de traitement soient de plus en plus importantes et l’offre reste très insuffisante en raison des problèmes rencontrés sur le terrain, notamment la maintenance des machines.

Le recours à la plateforme pour la prise de RDV au niveau des centres désignés, tels que les CAC d’El Oued, Béchar, Adrar, Annaba, Sétif, Batna, qui disposent de suffisamment de machines de radiothérapie, mise en place par le ministère de la Santé lorsque les CAC du centre du pays se trouvent saturés, tels que le CPMC à Alger, Blida, Tizi Ouzou, n’a malheureusement pas fonctionné.

Ces centres désignés, tels que les CAC d’El Oued, Béchar, Adrar, Annaba, Sétif, Batna, sont à l’arrêt pour les mêmes motifs. Le Dr Rahou regrette que les RDV soient aussi éloignés et s’étalent, parfois, sur une période allant de trois à six mois, une fois tout le processus thérapeutique finalisé, à savoir la chirurgie, la chimiothérapie, et jusqu’à une année pour certaines patientes. «Le problème se pose également pour la prise en charge des enfants. Il nous est très difficile de répondre à toutes les demandes», a-t-il ajouté, tout en espérant des procédures rapides pour l’acquisition par le CPMC du nouveau accélérateur, dont l’opération est en cours.

En plus des pannes récurrentes des machines, la spécialité souffre du manque de ressources humaines et tous les services de radiothérapie sont en déficit de spécialistes en radiothérapie, qui ont préféré rejoindre le secteur privé ou partir à l’étranger. La nouvelle instruction du ministère de la Santé interdisant l’affectation des médecins spécialistes de santé publique dans les services hospitalo-universitaires a compliqué davantage la situation.

Pour l’association El Amel d’aide aux patients atteints de cancer, au CPMC le problème de la radiothérapi s’accentue. «Nous n’avons pas arrêté d’alerter les autorités à propos de cette problématique qui dure. Nous avons saisi le ministère de la Santé, les députés et nous n’avons encore rien réglé. Pour pallier ces pannes récurrentes qui n’en finissent pas, nous avons à maintes reprises formulé des solutions», signale Hamida Kettab, secrétaire générale de l’Association.

«Pourquoi ne pas assurer la prise en charge de ces patientes atteintes du cancer du sein, qui attendent depuis des mois leur traitement de radiothérapie, dans les centres privés qui sont au nombre de 12, répartis sur tout le territoire national. Cela permettra de soulager les malades et les services hospitaliers, puisque le cancer du sein représente la demande la plus importante. Ne serait-ce que pour un moment, le temps de réparer ces nombreuses machines en panne. Les malades ne pas peuvent attendre», s’est interrogé.

Et de rappeler que «pourtant, la Sécurité sociale rembourse bien les accouchements dans les cliniques privées. Pourquoi ce n’est pas le cas pour les femmes atteintes de cancer». A la question de savoir pourquoi la plateforme de prise de RDV n’a pas encore fonctionné, Mme Kettab explique : «Nous avons nous-mêmes proposé cette solution pour orienter des patients vers d’autres centres du pays, mais la majorité des centres désignés figurant sur cette plateforme pour recevoir des patients ont des problèmes de maintenance des accélérateurs.

Comment peut-on régler le problème alors que la situation sur le terrain est catastrophique ? Cette opération a été lancée sans s’assurer des bonnes conditions de soins au préalable et de la performance de ces centres.» L’inexistence de contrats de performance et de maintenance des accélérateurs de radiothérapie, la surexploitation des anciens équipements, dont certains ont atteint les délais pour leur renouvellement, retardent de manière significative la prise en charge des cancéreux, dont le nombre ne cesse d’augmenter chaque année. Les centres anticancer répartis sur le territoire national et qui disposent d’appareils de radiothérapie peinent à organiser la chaîne de soins dans les délais.

La prise en charge du cancer du sein, dont la demande dépasse de très loin les autres localisations, pose un sérieux problème au niveau des 14 centres du secteur public que compte le pays. Les pannes des machines sont récurrentes, les deux tiers sont de marque américaine Varian, représentée en Algérie par le centre algéro-américain de radiothérapie Varian Medical Systems Algeria – mis en place en 2015 dans le cadre d’un accord de partenariat avec Cialpharm, filiale du groupe privé algérien ETRHB. Les responsables des centres de radiothérapie livrés à eux-mêmes tentent tant bien que mal de trouver des solutions à tous ces dysfonctionnements alors que la liste des RDV s’allonge de jour en jour.

Les patientes en cours de traitement rencontrées au Centre Pierre et Marie Curie appréhendent une éventualité fâcheuse. «Pour le moment, tout se passe bien, pourvu que la machine ne tombe pas en panne», sont-elles unanimes à déclarer. «J’ai commencé le traitement il y a une semaine. Après ma deuxième cure, on m’apprend que l’appareil est tombé en panne. J’ai été alors programmée pour la soirée, c’est-à-dire, à partir de 19h. Je suis à ma troisième séance et tout se passe bien pour le moment.

Il y a une bonne organisation», signale une patiente. Une autre jeune malade, maman de deux enfant en bas âges, est, quant à elle, inquiète : «J’ai pu avoir mon RDV après des mois d’attente et là, à peine commencer les premières cures, l’appareil tombe en panne. J’ai perdu beaucoup de temps pour enchaîner le traitement après ma chirurgie et la chimiothérapie. J’espère que ce n’est pas trop tard pour moi. J’aurais aimé aller dans le privé, mais je n’ai pas les moyens. Mon salaire ne me suffira jamais pour les 25 cures», a-t-elle lancé désabusée.

Signature d’un accord de partenariat entre Biopharm et l’ESST

L’Ecole supérieure des sciences et technologies (ESST) organisera aujourd’hui, en partenariat avec les laboratoires Biopharm, le forum des métiers de l’industrie pharmaceutique, au niveau de l’école à Oued Romane, à Alger.

Plusieurs thèmes liés au développement des produits pharmaceutiques, tels que le développement galénique et transfert industriel des nouveaux produits, développement analytique et contrôle qualité des médicaments, production et maintenance en industrie pharmaceutique, hygiène et sécurité, les systèmes d’information des industries pharmaceutiques et planification de la production d’un médicament, seront présentés.

Par ailleurs, une convention de partenariat sera signée entre les deux parties. Il s’agit d’une coopération dans les activités de recherche scientifique dans le domaine de l’industrie pharmaceutique et les études scientifiques pour le développement de l’industrie pharmaceutique ainsi que dans le domaine des échanges scientifiques.

L’objectif de cette convention est de permettre aux étudiants de développer un savoir-faire dans les domaines de la pharmacie pour l’exercice de chaque métier, selon les normes et standards universels. «Il est question de développer les liens entre les institutions de savoir scientifiques et technologies, notamment les universités, et les acteurs industriels pour des formations de qualité afin de répondre aux besoins des ressources humaines qualifiées en qualité et en nombre», soutiennent les responsables des deux entités.

Et de signaler que cela s’inscrit dans une perspective de long terme vers la maîtrise des processus industriels, la recherche appliquée d’une part et la recherche et développement pour les entreprises d’autre part. Pour rappel, l’ESST est une école supérieure privée sous tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. 

Djamila K.

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