Raréfaction du gaz russe : L’Allemagne sous pression

11/07/2022 mis à jour: 00:04
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L’eau chaude de la douche, la température des bureaux et pourquoi pas l’éclairage des feux de circulation. L’Allemagne craint la pénurie de gaz et le pays, des municipalités aux grandes entreprises, se prépare à toutes les restrictions.

Le gouvernement est sur le qui-vive à l’approche d’une échéance cruciale : l’arrêt total à partir d’aujourd’hui du gazoduc Nord Stream en raison d’une maintenance de routine. La pause doit durer dix jours, mais l’Allemagne craint que la Russie ne stoppe pour de bon les livraisons via ce pipeline qui fournit une part essentielle de son approvisionnement. «Aucun scénario ne peut être exclu», a prévenu le ministre de l’Economie, Robert Habeck, cité par l’AFP, et selon lequel Moscou utilise «l’arme du gaz» contre l’Europe pour tenter de saper le soutien à l’Ukraine. Le secteur industriel, les collectivités et administrations cherchent tous les moyens de réduire leur consommation énergétique.

«Il est possible que nous introduisions à nouveau plus de télétravail pour une durée limitée, comme lors de la pandémie. Mais cette fois-ci pour économiser de l’énergie dans l’intérêt national», a expliqué dans la presse Carsten Knobel, le patron du groupe Henkel, l’un des poids lourds de la Bourse de Francfort. Le spécialiste des lessives et adhésifs n’est pas le seul à s’inquiéter.

L’industrie chimique est particulièrement vulnérable, car dépendant fortement du gaz. L’organisation du secteur VCI dit se préparer «au scénario du pire». Le géant BASF, dont le site de Ludwigshafen (ouest) est une véritable ville dans la ville, réfléchit à mettre une partie des salariés en chômage partiel, en cas d’arrêt des livraisons de gaz russe qui font tourner ses turbines. Moscou, arguant d’un problème technique, a déjà réduit ces dernières semaines de 60% les livraisons de gaz via Nord Stream, une décision dénoncée comme «politique» par Berlin. Les réserves de gaz se remplissent donc difficilement.

A ce rythme, «nous courons à la pénurie de gaz», a prévenu M. Habeck, qui a vanté les mérites de ses douches plus courtes et plus froides. «Si nous ne recevons plus de gaz russe (...), les quantités actuellement stockées ne suffiront que pour un ou deux mois», alerte Klaus Müller, le président de l’Agence fédérale des réseaux, dont les déclarations ont été reprises par l’Agence française.

D’où l’appel à prendre les devants, car les consommateurs «seront choqués lorsqu’ils recevront un courrier de leur fournisseur d’énergie» avec un «triplement» de la facture à la clé, selon le responsable. Le vénérable Bundestag, où siègent les députés, a adopté jeudi un plan d’économie : plus de chauffage au-dessus de 20 degrés l’hiver et plus d’eau chaude dans les bureaux individuels.

De nombreuses villes ont déjà diminué la température de l’eau des piscines ou l’éclairage urbain. La municipalité d’Augsbourg, en Bavière, envisage même d’arrêter certains feux de circulation. Une coopérative immobilière près de Dresde, en Saxe (est), a décidé de couper l’eau chaude la nuit dans ses 600 logements, provoquant une polémique nationale.

Jeudi, c’est le premier groupe immobilier allemand, Vonovia, qui a annoncé son intention de limiter à 17 degrés la température du chauffage central la nuit dans son parc de 350 000 logements. L’Allemagne dépendait début juin à 35% du gaz russe pour ses importations, contre 55% avant la guerre en Ukraine. Le chauffage des foyers est toujours assuré à plus de 50% avec du gaz.

Ces mesures suffiront-elles à passer l’hiver ?, s’interroge la même source, selon laquelle Berlin prévoit un recours accru au charbon et achète des milliards d’euros de gaz naturel liquéfié auprès d’autres producteurs, comme le Qatar ou les Etats-Unis.

Mais si les livraisons de gaz russe s’arrêtent, l’Allemagne devra faire des «choix de société très difficiles», a prévenu le ministre de l’Economie. Le pays n’évitera pas une récession, avec une chute estimée de 6,5% du PIB entre 2022 et 2023, selon les principaux instituts économiques. Avec des conséquences en chaîne pour l’économie européenne : BASF produit, par exemple, des substances chimiques indispensables aux secteurs pharmaceutique, alimentaire, automobile.

L’Etat allemand s’apprête à débloquer des milliards pour renflouer le premier fournisseur de gaz du pays – et premier client de Gazprom : le groupe Uniper, qui doit acheter les quantités manquantes aux prix exorbitants du marché, a déposé vendredi sa demande de sauvetage par les pouvoirs publics.

Ces mesures s’accompagneront d’une «très, très grosse vague de hausse de prix pour les consommateurs allemands», a prévenu le PDG Klaus-Dieter Maubach. Secousse symbolique du séisme qui menace : la flambée des prix de l’énergie a provoqué en juin le premier déficit commercial mensuel du pays depuis des années. 

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