Perturbations des opérations de vol, inondations et pistes déformées : Aéroports et compagnies souffrent déjà du bouleversement climatique

04/06/2024 mis à jour: 04:58
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Aéroports inondés ou endommagés par la chaleur, vols déroutés par des incendies de forêt et des phénomènes météorologiques violents : engagé à réduire ses émissions, le transport aérien doit aussi s’adapter en urgence au dérèglement climatique dont les effets se multiplient. Singulier rappel pour les délégués de l’Iata (International Air Transport Association), la grande association mondiale des compagnies aériennes, réunis depuis dimanche à Dubaï : l’aéroport de l’émirat, emblématique de son développement exponentiel, a été envahi par les eaux à la mi-avril à la suite de pluies torrentielles.

 Plus de 2000 vols ont été annulés. Moins d’un mois plus tard, ce sont les pistes de l’aéroport de Porto Alegre qui ont subi les inondations sans précédent sur le sud du Brésil. Les aéroports parisiens de Roissy et Orly ont dû fermer quelques heures le 1er mai en raison de violents orages.


Pendant l’été 2022, une vague de chaleur inédite au Royaume-Uni avait perturbé les opérations de vol, le revêtement des pistes de certains aéroports s’étant déformé. «Les impacts du changement climatique sont déjà ressentis par de nombreux aéroports», explique à l’AFP Alexandre de Joybert, directeur du développement durable d’ACI Europe, qui fédère 500 aéroports du Vieux Continent et développe actuellement un cadre pour les aider à planifier leurs investissements en fonction des évolutions météorologiques à venir. L’association estime à 360 milliards d’euros les investissements nécessaires en Europe d’ici à 2040 pour progresser dans la décarbonation des activités au sol (alimentation des avions quand ils sont à l’accostage, véhicules de piste...), l’objectif étant zéro émission nette en 2050, mais aussi pour adapter les aéroports et les voies d’accès.
 
Turbulences mortelles

Parmi les chantiers possibles : des pistes surélevées en zone côtière, le déménagement d’équipements électriques situés en sous-sol, des systèmes d’évacuation des eaux pluviales recalibrés, des opérations d’élagage avant l’été, des revêtements pouvant mieux supporter des canicules... «Tout nouveau projet d’amélioration ou de modernisation intègre ces critères», selon M. de Joybert.  A Vinci Airports, dont l’aéroport de Kansai au Japon a subi d’importants dégâts en 2018 lors du typhon Jebi, la prise en compte de ces aléas est désormais systématique, explique cette entreprise gérant 70 installations dans le monde. Le groupe a développé un outil informatique prenant en compte «treize périls climatiques», dont «les vagues de chaleur, les inondations, les précipitations extrêmes, les feux de forêt, l’érosion, les typhons, la hausse du niveau des mers», pour analyser la capacité de résistance des installations, ce qui lui permettra de définir des plans d’action. 

«On est sur des concessions d’infrastructures de mobilité, donc sur du temps long. On a tout intérêt à s’intéresser à ce qui va se passer dans 10, 20, 30, 50 ans», remarque l’entreprise.  Dans l’immédiat, le réchauffement climatique, synonyme d’orages plus violents et de régimes de vents différents, ou encore d’incendies de forêt géants – comme au Canada en 2023 – peut avoir des effets sur la ponctualité des avions et leur capacité à effectuer des escales rapides, la clé de leur rentabilité. «Les perturbations des opérations de vol liées à la météo sont en train d’augmenter» en Europe, a noté l’Iata fin mars. En 2023, 30% des retards de vols du Vieux Continent étaient dus au mauvais temps, contre 11% en 2012, selon l’organisation. Fin mai, des turbulences extrêmes à haute altitude ont touché en l’espace d’une semaine deux gros porteurs, un de Singapore Airlines et un autre de Qatar Airways, faisant un mort et une centaine de blessés au total. 

Ces phénomènes «vraisemblablement dus au réchauffement» se sont multipliés au cours des dernières décennies au-dessus de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de l’Extrême-Orient, cette dernière région risquant le plus d’être affectée par leur augmentation à l’avenir, selon une étude à paraître de chercheurs de l’institut Cerfacs de Toulouse, associé à Météo-France. «Les turbulences constituent un sujet de sécurité, mais elles coûtent aussi des millions de dollars aux compagnies» en occasionnant des dégâts aux avions, selon des travaux antérieurs cités par ces scientifiques. 

Ce constat est partagé par l’Iata qui s’est dotée depuis 2018 de «Turbulence Aware», une base de données mondiale d’informations en temps réel sur ces phénomènes, alimentées par des capteurs sur les avions en vol. 
 

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