Mali : L’armée se rapproche d’une ville stratégique du Nord

12/11/2023 mis à jour: 09:35
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L’armée malienne s’est rapprochée de Kidal (nord) et combat la rébellion dans la région

L’armée malienne s’est rapprochée de Kidal (nord) et a mené des combats, hier, contre la rébellion touareg, dans ce qui pourrait être le début de la bataille annoncée pour la ville, bastion des séparatistes et enjeu majeur de souveraineté pour l’Etat central, rapporte l’AFP, citant des sources locales.

 «Nous sommes à quelques dizaines de kilomètres de Kidal. Nous continuons notre progression pour sécuriser tout le territoire», a dit un officier malien. Deux élus ont fait état de combats, sous le couvert de l’anonymat, compte tenu de la sensibilité du sujet. 

Un autre officier basé à Gao, la grande ville du Nord, a évoqué des combats à proximité du camp récemment abandonné à Kidal par la mission de maintien de la paix des Nations unies au (Mali. «Les combats ont commencé (...), ça tire beaucoup», a dit un des élus. Il a assuré que du côté de l’armée, les mercenaires du groupe privé russe Wagner, appelé à la rescousse en 2021 par la junte au pouvoir, étaient plus nombreux que les soldats maliens.

 Les quelques dizaines de milliers d’habitants de la ville, foyer historique des insurrections indépendantistes et carrefour sur la route de l’Algérie, s’attendent à une confrontation depuis que la rébellion touareg, après s’être soulevée en 2012 et avoir accepté de cesser le feu en 2014, a repris les armes en août. «Les populations civiles sont en train de fuir la ville», a dit un autre élu. «Il faut s’attendre à un long conflit», a-t-il ajouté. 

L’armée a procédé au cours des derniers jours à des frappes aériennes à Kidal contre ce qu’elle a appelé des cibles «terroristes». Plusieurs civils, dont des enfants, ont été tués, selon des résidents et les rebelles, ce que l’armée a démenti. L’armée a annoncé, jeudi sur les réseaux sociaux, le début de «mouvements stratégiques dans le but de sécuriser et d’éradiquer toute menace terroriste dans la région de Kidal». Elle applique le terme de «terroristes» aussi bien aux séparatistes qu’aux jihadistes. Une importante colonne militaire stationnée depuis début octobre à Anéfis, à environ 110 km au sud, s’est mise en branle jeudi ou vendredi en direction de Kidal.
 

Des territoires convoités

Le nord du Mali est le théâtre, depuis août dernier, d’une escalade entre les acteurs présents (armée régulière, rebelles, jihadistes). Le retrait de la Mission de l’ONU, poussée vers la sortie par la junte, a déclenché une course pour le contrôle du territoire, les autorités centrales réclamant la restitution des camps, les rebelles s’y opposant et les jihadistes tâchant d’en profiter pour affermir leur emprise. L’évacuation par la Minusma de son camp de Kidal s’annonçait comme la plus inflammable. 

L’insoumission de Kidal et de sa région, où l’armée a subi d’humiliantes défaites entre 2012 et 2014, est un motif ancien d’irritation à Bamako, y compris pour les colonels qui ont pris le pouvoir par la force en 2020 et qui ont fait de la restauration de la souveraineté territoriale leur mantra. Le gouvernement a affirmé sa détermination à reprendre pied à Kidal où l’Etat central est absent. 

La Minusma, contrainte par la dégradation sécuritaire, a accéléré son désengagement et a quitté, la semaine passée, son camp de Kidal. La rébellion séparatiste en a aussitôt pris le contrôle. La précipitation du décrochage de la Minusma a irrité la junte qui voulait faire concorder ce départ avec l’arrivée sur place de l’armée. Les entraves mises par la junte à l’évacuation ont forcé la Minusma à détruire une partie de son matériel faute de pouvoir l’emporter, a dit la mission.

 Mercredi, Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU, a répété que le retrait accéléré des derniers 848 Casques bleus de Kidal (du Bangladesh, du Tchad, d’Egypte, de Guinée et du Népal) avait eu lieu dans des conditions dangereuses sur 350 km de route sans couverture aérienne, faute d’autorisation de vol de la part des autorités maliennes. 

Le convoi de 143 véhicules, parti le 31 octobre de Kidal et arrivé mardi soir à Gao (nord), a heurté six engins explosifs improvisés et 37 Casques bleus ont dû recevoir des soins, a-t-il dit dans un communiqué. La Minusma est censée être partie d’ici au 31 décembre. Elle a, à présent, quitté huit de ses treize camps. Elle devrait évacuer ses camps d’Ansongo (nord) et Mopti (centre) dans les prochaines semaines, a dit S. Dujarric. Trois dernières bases, à Gao, Tombouctou (nord) et Bamako serviront, après le 1er janvier, à «liquider» la mission, a-t-il rappelé. La Minusma, dont plus de 180 membres ont été tués dans des actes hostiles depuis son déploiement en 2013, a retiré la moitié de ses 13871 personnels, a-t-il dit. 

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