Les leçons des lauréats

05/08/2023 mis à jour: 02:22
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Les autorités ont raison d’organiser les cérémonies de distinction des meilleurs lauréats au baccalauréat. Il y a beaucoup à apprendre, des éclairs de génie à capter chez des jeunes qui ont atteint l’excellence dans un monde où tout invite à la dissipation et conduit à l’atrophie des facultés humaines. 

D’une grande densité et d’une parfaite structuration, leurs propos remettent au centre des débats des questions essentielles et abrègent des polémiques qui agitent des cercles pourtant avisés au niveau national. Ambitionner d’étudier l’Intelligence artificielle à l’autre bout de l’Atlantique est une double option scientifique et linguistique. 

Le lauréat en question sera adroitement encouragé par le ministère de l’Enseignement supérieur à poursuivre ses études dans l’une des grandes écoles de notre pays, mais les signaux émis par ces jeunes esprits prêts à s’engager dans le monde de la créativité sous les meilleurs auspices sont à prendre en compte.

 Un autre bachelier qui a également atteint les cimes de la réussite dira pour sa part avoir pu parfaire ses connaissances grâce aux plateformes Internet. Le savoir est global et numérisé, il suffit de se donner les moyens d’y accéder, en parlant la même langue que l’ordinateur et les logiciels. Les cours de soutien laborieux dans des locaux désaffectés sont laissés aux soins des services en charge de la répression des activités illicites. Face aux appréhensions des spécialistes qui redoutent que l’actuelle démarche des autorités éducatives subisse le même sort que l’arabisation menée sans grand impact il y a plusieurs décennies, les jeunes étudiants aguerris aux e-sciences répondront simplement qu’il n’y a rien à «angliciser» dans les sciences expérimentales, elles le sont déjà. Pour les jeunes, le «butin», nécessairement scientifique, se conjugue au futur, pas au passé.

S’ils aident à clore certains débats qui connaissent régulièrement des rebondissements sur la scène nationale, les mots et les vœux des lauréats au Bac en ouvrent d’autres et ils sont d’une brûlante actualité dans les milieux intellectuels dans le monde. Deux sur trois parmi les meilleurs bacheliers distingués par les autorités disent opter pour des études sur l’Intelligence artificielle (IA). Une ambition qui vise à intégrer le gotha mondial de la recherche et qui interroge de plus en plus au sujet d’un virage possiblement fatidique que prend la créativité humaine. Le débat n’est plus de savoir dans quelle graphie et avec quelle langue l’être humain va entrer dans une phase le menaçant dans sa propre existence, mais avec quelle probabilité et espérance de survie. 

«On n’est pas très loin du dernier moment où il faudra fixer une limite à l’artificialisation du vivant», a dit récemment un célèbre intellectuel connu pour être conseiller de Présidents, ajoutant que, au bout de cette logique, «la vie reprendra ses droits sur la Terre. Sans nous». «C’est le destin de l’homme. 

Quelqu’un d’autre l’aurait fait», rétorquait au siècle dernier le «père» de la bombe atomique, interrogé sur sa terrible invention.
Toute attitude condescendante à l’égard des jeunes est quasiment proscrite au pays de Mohamed Belouizdad qui, à l’âge de 22 ans, posa les jalons du combat libérateur, en dépassant l’immobilisme naissant des aînés. Affranchis de toute vision idéologique et hors de portée des carcans politiques, les jeunes prodiges administrent des leçons inattendues, s’inscrivent en faux contre tous les ghettos, s’installent dans l’universalité, en partageant les ambitions, les rêves et le destin de l’humanité.                                       

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