Les dirigeants universitaires auditionnés sur les manifestations anti-Israël : Le soutien estudiantin à Ghaza fait peur à l’establishment

23/04/2024 mis à jour: 16:03
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Des centaines d’étudiants de l’université de Columbia, à New York ont organisé un campement à l’intérieur du campus principal en solidarité avec les Palestiniens de Ghaza, et pour dénoncer la répression des manifestations pro-palestiniennes à l’école Ivy League de New York. 

Plusieurs groupes se sont mobilisés mercredi dernier pour soutenir leur action, dont Columbia University Apartheud Divest, Students for Justice in Palestine et Jewish Voice for Peace, au moment où la présidente de l’université, Minouche Shafik, était auditionnée, sur les manifestations estudiantines pro-palestiniennes et contre Israël, par le comité de la Chambre des représentants des Etats-Unis sur l’éducation et la main-d’œuvre. Les étudiants ont élevé d’un cran leur mouvement de solidarité avec la population de Ghaza, en obligeant les administrateurs de l’établissement universitaire à se désengager des entreprises et des institutions qui, selon eux, profitent à «l’apartheid, au génocide et à l’occupation» israéliens en Palestine. 

«Nous avons installé un campement d’une cinquantaine de tentes. Nous allons créer notre version de l’université, parce que nous ne reconnaissons plus notre université à cause de la répression et des graves atteintes à la liberté académique», a déclaré, à Middle East Eye, Maryam Alwan, étudiante et militante qui a rejoint le camp à l’université, ajoutant : «Nous ne quitterons pas notre position tant que notre école ne se sera pas désinvestie de tous les fonds destinés à ce génocide.» 

Pour l’université, les étudiants manifestants «enfreignent les politiques de l’université et ils doivent quitter l’établissement pour leur propre sécurité et le fonctionnement de l’université». Mais les étudiants expriment un autre avis. «Nous refusons un monde dans lequel la mort de plus de 30 000 Palestiniens est normale, acceptable ou rentable. Nous sommes totalement solidaires du Mouvement de libération palestinien, qui résiste avec résilience à des décennies d’occupation, d’apartheid et de génocide. Nous restons fermes dans notre engagement à voir une Palestine libre de notre vivant», ont déclaré certains étudiants à Middle East Eye. Vingt-quatre heures plus tard, soit jeudi dernier, de nombreux policiers de New York, en tenue antiémeute, ont violé la franchise de l’université et réprimé brutalement la manifestation pro-palestinienne. 

Des centaines d’étudiants ont été arrêtés et autant d’autres brutalisés et expulsés du campus. L’intervention a été décidée à la demande de la présidente de l’université, Minouche Nemat Shafik, au lendemain de son audition par une commission du Congrès sur les manifestations pro-palestiniennes assimilées à de l’antisémitisme. 

Dans sa réquisition adressée à la police et publiée par les médias, la présidente a écrit : «Tous les étudiants de l’université participant au campement ont été informés qu’ils étaient suspendus. A l’heure actuelle, les participants au campement ne sont pas autorisés à se trouver sur la propriété de l’université et commettent une violation de propriété.» 

Pour leur part, les étudiants ont expliqué «avoir reçu des courriels jeudi matin indiquant qu’ils étaient suspendus, y compris la fille de la représentante du Minnesota Ilhan Omar, Isra Hirsi. Cette décision fait suite à une vague d’expulsions et de suspensions d’étudiants dans les universités de la ville de New York, notamment à Columbia et à l’université de New York ». 


Biden : «L’antisémitisme n’aura pas de place dans les campus»

La mobilisation s’est renforcée et plus d’un millier d’étudiants et autant de militants se sont rassemblés autour de l’université, qui était déjà prise d’assaut par un dispositif policier imposant. Dans un communiqué diffusé dans la soirée de jeudi dernier, sur les réseaux sociaux, l’association estudiantine «Students for Justice in Palestine» (SJP, Etudiants pour la justice en Palestine) de Columbia a avancé le nombre de 120 étudiants arrêtés par la police. Les événements ont fait tache d’huile et suscité une cascade de réactions d’étudiants de nombreuses autres universités, mais aussi de militants de la cause palestinienne. 

Malgré la violence policière, le campement a été réinstallé et des dizaines d’étudiants sont revenus pour occuper les lieux dès dimanche dernier, alors qu’à l’extérieur des murs d’enceinte des milliers d’autres et de militants sont venus leur apporter leur soutien. En solidarité, des étudiants de la New School à New York ont également monté un campement pour protester contre ce qu’ils perçoivent comme la complaisance de l’enseignement supérieur dans le conflit israélo-palestinien. 

D’autres universités vont suivre, comme c’est le cas de celles du Connecticut. Et alors que les manifestations entamaient, dimanche, leur cinquième jour consécutif, le président américain, Joe Biden, a dénoncé «un antisémitisme dangereux» qui, selon lui, «n’aura pas sa place dans les campus». 

Dans un communiqué diffusé à la veille de la Pâque juive (prévue hier), le président Biden a écrit : «Ces derniers jours, nous avons été témoins de harcèlement et d’appels à la violence contre des juifs(…) Cet antisémitisme flagrant est répréhensible et dangereux, et il n’a absolument pas sa place sur les campus universitaires, ni nulle part dans notre pays.» 

Depuis le début de la guerre contre Ghaza, les débats sur la situation en Palestine ont pris le dessus avec une forte tendance contre la guerre à Ghaza, que les milieux pro-israéliens ont vite assimilé à de l’antisémitisme, poussant jusqu’à la convocation pour audition, de nombreux responsables d’universités de renom, par une commission parlementaire au mois de décembre dernier, suscitant la démission de deux présidentes de l’université de Pennsylvanie, Elizabeth Magill, et d’Harvard Claudine Gay. Mercredi dernier, soit quatre mois après, c’est leur collègue, à la tête de Columbia, Nemat Minouche Shafik, qui est convoquée pour s’expliquer sur la colère des étudiants contre Israël et la guerre à Ghaza, alors que 94 professeurs de l’établissement qu’elle dirige avaient signé une lettre contre l’installation d’une annexe de l’université à Tel-Aviv, arguant du fait, qu’une telle cette décision serait une caution pour la situation politique actuelle en Israël. 

A en croire le site américain bien informé Axios : «Les politiciens qui exercent une pression massive sur les universités à cause des manifestations, des efforts en faveur de la diversité et des programmes d’études ont commencé à pousser les administrateurs vers la droite. Le témoignage au Congrès des dirigeants de l’université de Columbia et la posture agressive de l’école à l’égard des manifestants étudiants cette semaine ont mis en lumière l’influence croissante des conservateurs sur les campus américains.»

 Repris par le même média, le directeur exécutif du Knight First Amendement Institute de Columbia, Jameel Jaffer, a rappelé : «Les règles de l’université stipulent que la police ne devrait être impliquée qu’en dernier recours, ce qui rend difficile la raison pour laquelle la police de New York a été appelée» à «une manifestation qui, selon tous les témoignages disponibles, était pacifique». 

Pour Axios, «il s’agit d’un tournant radical par rapport à il y a quelques années seulement, lorsque les collèges ont renforcé leurs programmes et leurs offres de cours en matière de diversité, d’équité et d’inclusion à la suite des manifestations de Black Lives Matter». 

 

 

Appel à une enquête sur l’utilisation de l’IA contre les civils

L’Observatoire euro-méditerranéen pour les droits de l’homme (Euro-Med Monitor) a appelé à une enquête sur le rôle des systèmes technologiques basés sur l’intelligence artificielle (IA) dans le meurtre de civils à Ghaza, théâtre d’une agression génocidaire sioniste depuis octobre 2023.» «Le rôle des grandes entreprises technologiques et des plateformes internationales de médias sociaux dans le meurtre de civils palestiniens pendant la guerre génocidaire (menée par l’armée sioniste) contre la bande de Ghaza, depuis le 7 octobre 2023, doit faire l’objet d’une enquête», a déclaré dimanche l’Observatoire sur son site. «Ces entreprises doivent être tenues responsables si elles sont jugées complices ou n’ont pas pris les précautions adéquates pour empêcher l’accès aux informations des utilisateurs et leur exploitation. Ils doivent veiller à ce que leurs services ne soient pas utilisés dans des zones de conflit et à ce que la vie privée de leurs utilisateurs soit respectée», a ajouté l’ONG basée à Genève. D’après l’organisation, «la stratégie secrète» de l’armée sioniste consistant à lancer des attaques aériennes et d’artillerie extrêmement dommageables «sur la base de données qui ne répondent pas aux normes minimales d’évaluation précise des cibles est profondément préoccupant». «L’incapacité (de l’entité sioniste) à faire preuve de diligence raisonnable et à prendre en compte les droits de l’homme lors de l’utilisation de l’intelligence artificielle à des fins militaires doit faire immédiatement l’objet d’une enquête, ainsi que son non-respect du droit international et du droit international humanitaire», a plaidé Euro-Med Monitor.

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