Le verdict est tombé tel un couperet : Ali Ghediri condamné à 4 ans de prison ferme

29/01/2022 mis à jour: 06:02
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L’ex-candidat à l’élection présidentielle annulée d’avril 2019, le général-major à la retraite Ali Ghediri, a été condamné à une peine de 4 ans de prison ferme, tandis que son coaccusé, Hocine Gouasmia, a écopé de 10 ans de réclusion criminelle. Le parquet a requis 20 ans de réclusion contre Hocine Gouasmia et 10 ans contre Ali Ghediri.

Accusé de «faux et usage de faux», «usurpation d’identité», «intelligence avec des parties étrangères» et «atteinte au moral des troupes», l’homme d’affaires Hocine Gouasmi, dont l’identité reste encore énigmatique, est le premier à passer devant la barre en affirmant d’emblée que son vrai nom est Hocine Guasmi, mais tout le monde l’appelait Hocine Gouasmia, son pseudonyme. Interrogé sur sa rencontre avec Ali Ghediri, il affirme qu’elle a eu lieu dans un restaurant à Alger. «Je l’ai félicité pour sa candidature à l’élection présidentielle. Nous avions échangé nos coordonnées. Je voulais l’aider à collecter les signatures.» 
 

Tout au long du procès, Ali Ghediri s’est défendu, ne laissant aucun doute sur ses intentions, lui qui a été poursuivi pour «participation en temps de paix à une entreprise de démoralisation de l’armée, dans le but de nuire à la défense nationale». 
 

La juge appelle Ali Ghediri. Très serein, il commence par contredire les propos de Gouasmia, en affirmant l’avoir connu au mois de septembre 2018. «Il m’avait contacté par téléphone et s’est présenté comme Hocine Gouasmia, président d’un parti. Il voulait me rencontrer. Nous nous sommes donné rendez-vous à Mohamadia, de là nous avons rejoint le siège de son parti où nous avions discuté de la politique. J’ai vu avec lui des généraux et des officiers aussi bien de l’armée que des services. J’étais rassuré. Il m’a offert son aide pour la collecte des signatures, j’ai accepté.» Ali Ghediri évoque l’entretien qui lui a valu une poursuite devant le tribunal criminel. «Je m’exprimais beaucoup sur le quotidien El Watan. J’ai publié trois articles avant cet entretien que j’assume dans le fond et dans la forme. Il comporte 15 questions, 10 sur la situation générale du pays, quatre sur Gaïd Salah et une seule sur l’Armée.» 

La juge : «Que voulez-vous dire par la lettre aux aînés ?» Ghediri : «Les aînés sont ceux qui font partie de la génération d’avant l’indépendance. Le régime s’est construit sur une légitimité révolutionnaire historique. C’est un groupe de personnes qui a participé à la guerre de Libération et constitué le système politique qui a dirigé le pays jusqu’en 2019.» La juge demande plus d’explications. Ali Ghediri répond : «Le régime reposait sur trois piliers : Bouteflika, le général Toufik et Gaïd Salah. Les deux premiers étaient hors service et ne restait que le troisième. Il y avait un déséquilibre. Dans l’entretien, j’ai dit que Gaïd Salah ne pouvait accepter les manœuvres d’aventuriers, qui voulaient enfreindre la Constitution. Il va remettre son costume d’ancien moudjahid pour sauver le pays. J’ai passé 42 ans au sein de l’Armée pour savoir comment m’adresser à mes anciens compagnons.» 
 

«On ne fait pas bouger une armée avec un appel…»
 

Il ajoute : «On ne fait pas bouger une armée avec un appel. On la fait bouger avec un ordre.» La juge : «Ne pensez-vous pas avoir impliqué l’armée dans la politique ?» Ghediri : «C’est le juge d’instruction qui a utilisé ce mot ‘‘impliquer’’ avec une sorte de pression. Mais ce n’est pas le cas.» La présidente : «Voulez-vous dire que c’est plus une implication morale ?» L’accusé : «Exactement. En prison, j’ai vu 21 ministres, quatre partis politiques, 9 walis, tous de l’ancien régime et le président du tribunal criminel de Dar El Beida me dit que j’implique l’armée. On n’implique pas l’Armée. Elle était déjà impliquée depuis l’indépendance. En 1962, le président Ben Bella venait de l’OS (Organisation secrète), qui a donné l’ALN, puis l’ANP. Son successeur, Houari Boumediene était de l’ALN, et Chadli Benjedid était de l’ALN, Mohamed Boudiaf, était de l’OS, Ali Kaffi était de l’ALN, Liamine Zeroual était de l’ALN…»

 La juge : «Que voulez-vous dire ?» L’accusé : «Que l’Etat algérien est né des entrailles de l’OS et de l’ALN. Cela n’est pas propre à l’Algérie. Les Etats sont l’incarnation de leur histoire, sauf que nous, nous n’avions pas été assez prévenants pour que les institutions démocratiques puissent survivre aux événements.» Ghediri tente d’expliquer à la présidente que Gaïd Salah avait la double casquette, celle du militaire, en tant que chef d’état-major de l’ANP, et celle du politique, en tant que vice-ministre de la Défense. Il lui rappelle son discours du 26 mars 2019, à partir de Djanet, où il avait parlé de la démission du Président. «N’est-ce pas de la politique ? 

La chambre d’accusation dit que j’ai impliqué l’armée, alors que Gaïd Salah l’a fait, et dans ce cas-là, il aurait dû être poursuivi lui aussi. Le 2 avril 2019, Gaïd Salah avait présenté la démission de Bouteflika, comme une initiative de l’armée afin de préserver la Constitution, notamment ses articles 7 et 8. Le président de l’ANIE (Autorité indépendante des élections), avait lui-même affirmé avoir été désigné par le chef d’état-major, lequel dit à un ministre de souveraineté, devant les caméras, allez-y jusqu’au bout, et l’autre lui répond : mille mercis. Je considère que l’article 75, sur la base duquel j’ai été poursuivi, ne repose sur rien. Avec qui j’ai participé à cette entreprise de démoralisation ? C’est une interview sur El Watan.» 
 

Il cède sa place au procureur général, qui va surprendre l’assistance en caressant Ghediri dans le sens du poil. «Il est vrai qu’il n’avait pas l’intention de porter atteinte à l’institution militaire et que lui-même l’a bien expliqué lors de son interrogatoire», déclare le magistrat en s’attardant plutôt sur Gouasmia, «dont l’identité a été usurpée, et qui avait des relations avec des diplomates, dont l’ambassadeur de France, Bernard Emié, Séphora Cohen, représentante de l’ambassade d’Israël, en France, et d’autres personnalités». Le collectif de la défense de Ghediri clame l’acquittement en parlant d’un «dossier vide», «d’affaire politique» et «de délit d’opinion». 

La défense de Gouasmia dénonce, quant à elle, «l’absence de preuves» dans le dossier et accuse, le général Wassini Bouazza «d’avoir fabriqué» ce dossier. 
 

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