L’Afrique et les Jeux olympiques : Un siècle de légende africaine (3e partie et fin )

10/07/2024 mis à jour: 10:52
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Photo : D. R.

Nous parlions hier de l’incroyable champion ougandais, John Akii Bua, médaille d’or au 400m haies aux Jeux de Munich en 1972, qui, au passage, pulvérisa le record du monde de la spécialité et qui disparut tragiquement en laissant un héritage incommensurable aux jeunes du continent.

Et la déferlante africaine s’en suivit

A Athènes en 2004, la Camerounaise Françoise Mbango Etone bat le record olympique  (15,39m) et remporte le titre en triple saut malgré l’habituelle domination des athlètes russes dans cette spécialité. Insatiable, la Camerounaise double la mise 4 ans plus tard aux Jeux de Pékin.

L’Afrique s’accommode décidément fort bien des doubles titres

A Atlanta en 1996, le Nigeria fait retentir les trompettes de la gloire. Chioma Ajunwa écrase toutes ses rivales au concours du saut en longueur. Pour la première fois de l’histoire, une Africaine grimpe sur le toit du monde dans cette discipline ! A ce même rendez-vous américain, on retrouve encore une invraisemblable médaille d’or en… football, mais oui !

A l’issue d’une finale à multiples rebondissements, le Nigeria bat sur le fil du but en or (alors appliqué par la FIFA) , l’Argentine 3-2 !
Dans les rangs des Super Eagles que des noms de stars internationales : Emmanuel Amunike (Ballon d’or africain), Viktor Ikpeba, Sunday Oliseh et la méga Star Nwankwo Kanu pilier de l’Inter Milan.

Cette première médaille d’or olympique du football africain, donnera des ailes vertigineuses aux Lions Indomptables du Cameroun en l’an 2000 lors des JO de Sydney. Sous la houlette d’un étourdissant Samuel Eto’o, les Camerounais arrachent la médaille d’Or.

Retour à l’Athlétisme avec la première femme  africaine à remporter une médaille d’or, la Marocaine Nawal El Moutawakil, aux 400m Haies. Nawal fera une exceptionnelle carrière de dirigeante politique et sportive (plusieurs fois ministre, et vice-présidente du CIO).

Une dizaine d’années après Nawal, est apparue sur les pistes la plus grande athlète mozambicaine de tous les temps :
Maria Mutola régna près de 20 ans sur les pistes, glanant pas moins de 21 titres internationaux, deux Médailles olympiques dont une en or (Sydney 2000) et 10 titres de championne du monde, un palmarès fabuleux.

Présentons aussi deux champions algériens hors du commun : le double recordman du monde du 1500m, Nourredine Morceli champion olympique à Atlanta en 1996 au terme d’une épreuve à montrer aux jeunes académiciens pour l’intelligence tactique, et l’éclectique Hassiba Boulmerka couverte d’or à Barcelone sur la même distance du 1500m.

C’est Lors de ce rendez-vous catalan, que la Française Marie Jo Perec fit une démonstration sur 200m puis réalisera un coup d’éclat ,4 ans plus tard,  à Atlanta en glanant deux médailles d’or sur 200m et 400m, un exploit exceptionnel.

Côté africain, évoquons encore 2 médaillés de bronze parfaitement connues avec le regretté boxeur camerounais Ndongo Ebanga à Los Angeles en 1984, et l’inoubliable Sénégalais Abdoulaye Seye étonnant 3e de l’épreuve reine du 100m à Rome en 1960.

Que de noms ! que d’exploits ! que d’attractions, que d’émotions !

Mais refaisons un court flash-back et retrouvons quelques-uns des plus grands moments olympiques de l’histoire, accomplis par des athlètes autres qu’africains car nous devons cette citation aux valeurs universelle des Jeux olympiques.

Est-il possible de ne pas évoquer la roumaine Nadia Comaneci auteur en gymnastique en 1976 à Montréal, d’une exhibition d’une perfection absolue qui lui a valu l’attribution de …7 notes de 10 , performance jamais atteinte, le plus grand exploit sportif de tous les temps pour une jeune femme de 14 ans !

Et en 1936 à Munich en plein régime nazi, que croyez-vous qu’Adolf Hitler eut comme réaction lorsqu’il vit un phénoménal athlète afro-américain, Jessie Owens, remporter 4 médailles d’or au nez et à la barbe de 90 000 spectateurs qui lui étaient unanimement hostiles en raison de la couleur noire de sa peau ?

Eh bien, l’horrible Hitler refusa de le saluer et de lui remettre ses médailles de vainqueur . Abominable posture que la terre entière condamna avec véhémence et outrage minable aux valeurs de l’olympisme.

Ainsi les Jeux olympiques ont traversé le temps avec les bonnes et moins joyeuses scènes accrochées à leurs basques. Faisons à présent une petite halte pour citer les athlètes de légendes de ces Jeux olympiques. 

Dans ce classement de prestige unique, 2 hommes exceptionnels et 2 femmes tout aussi exceptionnelles. La tête de pont est indiscutablement occupée par le nageur américain Michael Phelps et ses 28 médailles dont… 23 en or. La seconde place revient à la gymnaste russe Larissa latynina et ses 18 médailles dont 9 en or. Le demi-fondeur Paavo Nurmi dit le «Finlandais volant» arrive en 3e position avec ses 12 médailles dont 9 en or et, enfin, Mark Spitz, nageur américain, a conquis 11 médailles dont 7 en or.

Attention à compléter ce panthéon des «monuments» du sport par encore 2 Américain, une femme et un homme véritables légendes vivantes : Carl Lewis le «monstre» du sprint et ses 10 médailles dont 9 en or et bien sûr la reine absolue de l’athlétisme mondial, au palmarès unique, Allyson Felix, septuple championne olympique et 14 fois championne du monde !

Il y a donc la citation de tous ces grands champions mais il restera pour l’éternité, le plus grand de tous, le plus prestigieux, le plus inégalé, le Jamaïcain Usain Bolt, une véritable foudre qui s’abat sur les couloirs du sprint mondial et qui fit voler en éclats tous les records du monde de la spécialité.

Celui que l’on a surnommé «la Foudre» pour ses éclairs insaisissables sur les courtes distances, triple champion olympique, a révolutionné tous les concepts de la vitesse, remporté tous les titres sur 100, 200 et 4x400m, tous assortis de records du monde , une légende vivante incomparable. D’autres noms, d’autres artistes, d’autres champions méritent une citation d’honneur, on ne peut dans ce cadre, tous les mentionner.

Heureusement qu’il y eut plus d’allégresse que de mélancolie

Comme à Mexico en 1968 et sa chaleur accablante, son incroyable taux d’humidité mais aussi les vertiges de son altitude (2240m), son fameux smog, et la rareté de l’oxygène pour les non-initiés mais aussi les tout premiers contrôles anti-dopages.  C’est pourtant dans de si fragiles conditions que Mexico 68 vécut trois faits d’une portée historiques majeure :

L’Américain Bob Beamon réussit le saut en longueur du siècle à… 8,90m, un saut ahurissant, presque inhumain, un saut éternel. Il faudra attendre un quart de siècle après (23 ans exactement) pour qu’il soit enfin égalé puis battu 2 fois dans la même soirée par une belle nuit étoilée à Tokyo.

Un illustre inconnu, Dick Fosbury, américain, fait sensation en attaquant la barre de saut en hauteur de… dos ! et avec cette technique révolutionnaire, jamais vue, s’adjuger la médaille d’or après d’interminables atermoiements des juges ne sachant si la validation était règlementaire ou non.

Là encore, l’image de ce saut étonnant a fait le tour du monde en quelques secondes ! Dick a fait sensation et enterré la technique dite du «ventral», aussitôt abandonnée par les athlètes et tous les coaches internationaux de la spécialité. Depuis, le Fosbury saut règne en maître absolu sur la discipline.

L’épreuve du 200m hommes Finale donna lieu à une empoignade héroïque entre les Américains Tommie Smith, vainqueur, et John Carlos, deuxième. Sur le podium de la cérémonie de remise des médailles, les deux Américains lèvent leurs mains gantées de noir pendant que retentissait l’hymne national des USA, The Star Splangled banner. La terre entière observa cet instantané de révolte contre le sort réservé aux Noirs américains.

Pour leur geste, ils furent sanctionnés, suspendus, puis radiés à vie de toute compétition par leur propre fédération. Ainsi donc vécut cet évènement olympique universel, bousculant les traditions, révolutionnant tous les concepts sportifs, bannissant les ors politiques au profit de la fameuse devise olympique ‘‘Citius, Altius, Fortuis’’ (plus vite, plus haut, plus fort) qui, d’ailleurs, pour la petite histoire, n’a jamais été inventée par le baron Pierre de Coubertin.

Elle est l’œuvre d’un prêtre apostolique français, Henri Didon, qui haranguait ses ouailles catholiques en pleine activités physiques et sportives au couvent de Randea, petit bourg grenoblois à la fin du XVIIIe siècle…
Pierre de Coubertin en fit la citation pour la première fois lors du fameux Congrès constitutif du CIO en 1894 à l’université française de la Sorbonne.

J’ai gardé pour la fin, pour les férus mais aussi les néophytes, la prestation hors norme du plus grand boxeur de tous les temps, Cassius Clay, alias Mohamed Ali qui, lui aussi, a écrit la première page de sa vertigineuse carrière dès 1960 aux Jeux olympiques de Rome en remportant la médaille d’or.

Il aura dormi avec, autour du cou, pendant les 48 heures qui suivirent son sacre et qui lui ouvriront, grandes, les portes de la gloire planétaire. Revenons au continent africain et son implication olympique.

Un seul chiffre rassure. A  Paris, les 54 pays qui le composent seront bel et bien présents et nul, aujourd’hui, ne peut supputer sur le nombre de médailles susceptibles d’être glanées mais on peut s’attendre à des engagements d’excellence, de bravoure et de surpassement, un triptyque ancestral des valeurs fondamentales de l’olympisme que  chaque athlète africain aura à l’esprit au moment de concourir.

Et, Paris 2024 dans le spectre du gigantisme fondé sur la réception de 16000 athlètes valides et paralympiques et… 5 millions de visiteurs ? Pour la grande histoire, Paris tâchera de réussir ses 3es Jeux olympiques afin d’effacer le fiasco de 1900 lorsque les JO avaient été totalement effacés, la même année, par l’inauguration de l’Exposition universelle et la révélation de la Tour Eiffel.

A nous tous, à présent, de chercher dans Paris 2024 l’idéal des valeurs que nous aimons, l’idéal de la civilisation contemporaine, la folle passion du sport, la beauté divine du geste d’une conquête de médaille et le rêve éveillé qui nous conduit à sublimer l’impact d’un exploit, d’une performance. Hédi Hamel 
actuellement président du Groupe de Télévision et Media SANDRIS/TV MediaSport 
 

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